Vaccins : la France manque d’ambition, selon Macron

Capture d'écran YouTube Le Parisien

Le chef de l’État nous a comparés à un diesel qui démarre lentement et va loin, en regrettant que la France et l’Europe aient manqué d’ambition et de folie sur le sujet des vaccins !

Par Loik Le Floch-Prigent.

Lors d’un entretien le 25 mars le chef de l’État nous a comparés à un diesel qui démarre lentement et va loin, en regrettant que la France et l’Europe aient manqué d’ambition et de folie sur le sujet des vaccins !

Cette façon de réécrire l’histoire est amusante. Mais si c’est une sorte d’acte de contrition, cela mérite action, la responsabilité principale d’un président de la République n’étant pas d’observer et d’analyser mais de se montrer efficace.

Tout d’abord remettre le moteur diesel à l’honneur

Il est moins gourmand (-25 %) que son homologue à essence, est essentiel pour navires et poids lourds et son démarrage est de mieux en mieux réglé pour être instantané. S’il connaît des problèmes pour la voiture individuelle, c’est qu’il y a eu mensonge sur les émissions de la part des constructeurs aussi bien que du côté des experts : tout le monde était conscient que le cycle de tests ne reflétait pas la réalité du fonctionnement sur route.

Ensuite son abandon progressif a été essentiellement politique pour s’offrir les bonnes grâces de l’écologie politique qui en a profité pour aller plus loin contre l’ensemble des moteurs thermiques. Le moteur diesel est un moteur économe, perfectible et qui va rester dans l’économie mondiale quoi qu’on en dise dans les palais de la République.

La comparaison est à poursuivre car c’est aussi un moteur increvable et associé au long terme. Si on parle de la France on aimerait bien que cela soit le cas.

Revenons à la politique vaccinale française

Mais il s’agit d’aborder la politique de santé, surtout vaccinale, et là la comparaison est moins amusante. Nous avons vécu depuis un an dans un système bureaucratique arrogant et inefficace et ce qui s’est passé jusqu’à présent sur les vaccins en a été le bouquet final.

Si nous devions qualifier ce qui s’est passé ces vingt dernières années dans le domaine pharmaceutique, plutôt que d’évoquer un manque d’ambition et de folie, il convient d’aborder le manque de « patriotisme industriel » ou une politique de cigale.

L’industrie des médicaments et des vaccins a été massacrée sur l’autel de la mondialisation, de la financiarisation, tandis que deux contraintes annexes ont accéléré la catastrophe : la politique de l’environnement et le principe de précaution mal digérés l’un et l’autre par une administration anti-industrie non contrôlée par des gouvernements complices.

Les défis refusés

Tout d’abord, la première société mondiale de vaccins, Sanofi (ex Pasteur/Mérieux Vaccins) n’a pas réussi à mettre en place un vaccin à temps, car elle n’a pas suffisamment travaillé sur la recherche et le développement pour conserver la première place en faisant l’impasse sur les travaux novateurs qui lui ont été présentés et dont elle n’a pas voulu.

Une entreprise industrielle ne se dirige pas avec uniquement des tableaux Excel, surtout dans le domaine de la santé. Des entreprises de biotech ont présenté des projets à Sanofi, puis à d’autres sociétés et ces dernières ont accepté les défis et ont réussi.

Tout le monde a d’ailleurs compris que Sanofi avait perdu la raison lorsqu’elle a cédé sa division vétérinaire au laboratoire allemand Boehringer car c’était sacrifier la moitié d’un domaine. Il s’agit donc d’une erreur stratégique majeure applaudie par les commentateurs et les politiques, et sans un geste du côté du gouvernement !

Des investissements qui coûtent plus cher qu’ailleurs

Dans le même temps la police de l’environnement traquait l’industrie chimique nationale – et cela n’a pas cessé depuis – au point que tout investissement nouveau coûtait en France deux fois plus cher que partout ailleurs, et en particulier en Asie.

Les gouvernements et leurs administrations ont donc favorisé les délocalisations de toutes les implantations et c’est ainsi par exemple, que le pays est devenu dépendant de plus de 80 % des principes actifs des médicaments au lieu de 20 % au départ.

À cet égard, puisque la bureaucratie européenne est accusée à juste titre, il faut savoir qu’en France l’interprétation des normes va toujours au-delà de celle de nos partenaires ; il faut toujours faire mieux et plus, ce qui n’a guère laissé d’autre choix que les délocalisations. Nos collègues européens ont eu davantage de chance !

L’introduction du principe de précaution

Enfin, la France a voulu prolonger le siècle des Lumières par l’introduction dans la Constitution du principe de précaution, terminologie ambiguë ou tarte à la crème. Entre les mains des ayatollahs de l’environnement ce principe est une bombe à retardement exceptionnelle. Il peut servir pour un grand nombre de situations en particulier dans les instances de conseil et d’avis sur la santé qui a conduit à des coûts et des retards insensés sur tous les produits susceptibles de prévenir ou soigner les maladies.

Pour mettre sur le marché une nouvelle molécule, inutile de vouloir effectuer les essais cliniques dans notre pays, c’est d’une part une loterie et d’autre part un gouffre financier… Encore une belle façon de tout délocaliser. Pour trouver des autotests Covid à la fiabilité certes discutable il faut franchir une frontière à l’heure où ce texte est écrit… et tout le monde s’en fout.

Alors lorsqu’il s’agit de vacciner une population on n’est pas surpris des hésitations, des atermoiements, des Hauts conseils bretelles et parapluies, des injonctions contradictoires… il n’y a pas eu de politique du médicament ni du vaccin, pas davantage de politique de santé, chacun ayant son opinion.

Un jour tout le monde peut vacciner, le lendemain il faut des vaccinodromes, chacun a son opinion à l’abri d’une bureaucratie de plus en plus incompétente et arrogante, incapable de mettre en place une logistique tout en revendiquant de vouloir en être l’unique responsable.

Ce ne sont pas les Français qui manquent d’ambition, mais les gouvernants !

Contrairement à ce qui a été dit, ce ne sont pas les Français qui manquent d’ambition, ils sont d’ailleurs encore à l’origine de beaucoup de vaccins et succès pharmaceutiques mais pour le compte de firmes ou de gouvernements étrangers.

Ce sont les gouvernants et les administrations nationales qui ont freiné l’innovation, ont fait partir les chercheurs, laboratoires, ateliers et usines par une combinaison d’idéologies destructrices, d’amateurisme, de lâchetés… et désormais par manque aussi d’argent car la France a poussé l’État providence au point que nous ne pouvons plus en trouver pour redevenir ambitieux.

Ce n’est pas le grain de folie qui nous fait alors défaut, c’est le grain à moudre.

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