La fuite des cerveaux : septième frein à l’entreprise

La fuite des cerveaux est un frein à l’entreprise : il s’agit de l’enfer fiscal et administratif qui incite les plus brillantes de nos élites à chercher ailleurs un paradis perdu par pure idéologie.

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La fuite des cerveaux : septième frein à l’entreprise

Publié le 23 mars 2021
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Par Claude Goudron.

Ce septième frein à l’entreprise est certainement le plus absurde à l’origine du décrochage industriel du pays. Il s’agit de l’enfer fiscal et administratif qui incite les plus brillantes de nos élites à chercher ailleurs un paradis perdu par pure idéologie.

La fuite des cerveaux : quelques chiffres

Aujourd’hui, on estime à 3 000 000 le nombre de Français expatriés.

Il ne s’agit heureusement pas toujours d’une fuite, mais d’un choix et un atout qui permet à la jeunesse de découvrir le monde autrement que par l’Éducation nationale et une information médiatique pas toujours objective.

La France ne se place pas parmi les meilleurs en ce qui concerne la part des scientifiques et ingénieurs de l’Union européenne : elle compte pour 13 % de la population européenne et ne dispose que de 10 % de scientifiques et d’ingénieurs, contre 19 % en Allemagne et en Angleterre (source eurostat).

Soit elle n’en forme pas assez, ce qui ne semble pas être le cas, soit les « cerveaux » s’expatrient. Et c’est malheureusement le constat qu’il convient de faire.

La France est le deuxième pays le plus touché au monde par la fuite de ses cerveaux, elle a un solde négatif de 130 000 alors que les Allemands ont un solde positif de 374 000 !

Le nombre de jeunes diplômés partant à l’étranger, estimés à 80 000 par an, a doublé ces dix dernières années !

Une balle dans le pied

Le coût de formation d’un ingénieur par l’Éducation nationale est estimé à 200 000 euros, soit 16 milliards d’euros par an pour ces exilés… financés directement ou indirectement par les seuls créateurs de richesse que sont nos entreprises.

Certains vont revenir en France après une dizaine d’années, mais la majorité restera dans son nouveau pays d’accueil, et va donc se mettre au service d’entreprises étrangères concurrentes.

Quelle belle opération, financer la formation d’une élite pour mieux enfoncer le pays qui, d’année en année, est de plus en plus déclassé !

Nous pourrions donc comparer la France à un pays sous-développé qui, faute de débouchés correctement rémunérés, inciterait ses ressortissants à émigrer sous de meilleurs cieux.

Ce qui est donc reproché aux pays du tiers monde à forte émigration se pratique en moindre volume mais à un coût astronomique !

À cette fuite des cerveaux peut également être associée l’évasion fiscale car beaucoup fuient le pays pour créer une entreprise à l’étranger.

Les raisons de cet exil

L’addiction française sans cesse réaffirmée à l’égalitarisme et à la dépense sociale oblige à trouver des financements supplémentaires qui pénalisent les entreprises en augmentant d’une façon inconsidérée leurs charges sociales. Et comme toujours en France on va s’en prendre aux plus riches.

Un salaire mensuel de 4000 euros, considéré comme un signe de richesse par François Hollande, est taxé socialement deux fois plus qu’en Allemagne ; et celui de 8000 euros trois fois plus !

Un cadre va donc souvent gagner deux fois plus à l’étranger tout en conservant une couverture sociale au retour dans son pays.

Le cas est encore plus flagrant pour un chercheur. Avec un niveau d’études pouvant atteindre Bac+12, et en plus des contraintes administratives subies, il va débuter sa carrière avec un salaire de 2200 euros, un des plus bas en Europe.

Il ne faut pas chercher plus loin les raisons de l’expatriation de nos savants et prix Nobel qui trouvent aux États-Unis, mais également en Allemagne, un environnement et une considération qu’ils n’on plus en France.

Les conséquences de la fuite des cerveaux

La situation de la France devient catastrophique et peut rappeler « la révocation de l’édit de Nantes » qui a eu pour conséquence l’exil d’une grande partie de l’élite protestante. Cet exil qui a nui à l’économie française bénéficie encore aujourd’hui aux pays d’accueil via sa descendance !

La France était à la pointe de la recherche mondiale dans de nombreux domaines. Pour ne citer que les principaux :

La santé, inventeur du vaccin avec Louis Pasteur, le pays n’a pas su développer un vaccin anti-Covid !

La filière énergie d’Alstom cédée à General Electric qui devient responsable de l’entretien des centrales françaises et fournit les pièces d’entretien du porte-avions Charles De Gaulle.

Les télécommunications qui ont vu Alcatel être avalé par Nokia qui démantèle une par une les unités implantées en France.

L’automobile dont la production française a été divisée par deux en 15 ans.

Le transport ferroviaire, encore bien-portant a donné toutes les clefs à la Chine pour nous détrôner à terme à l’export.

Le nucléaire, avec la Chine devenue rapidement le maître avec la mise en route de plusieurs EPR tandis que celui de Flamanville accuse un énorme retard.

Nous avons offert notre élite et notre savoir-faire à ceux qui aujourd’hui sont devenus les maîtres du monde.

Conclusion

Faut-il encore une fois dénoncer cette administration française qui décourage toute évolution et ambition créative !

Faut-il encore une fois dénoncer l’hyper-social français qui tue le pays à petit feu !

Faut-il encore clamer haut et fort qu’une entreprise ne peut perdurer qu’avec des contraintes égales à celles de ses concurrentes étrangères !

Tant que les Français et les hommes politiques qu’ils ont élu ne le comprendront pas il ne faudra pas s’attendre à des miracles !

Sauf peut-être concernant la fuite des cerveaux qui peut aussi se tarir, le système éducatif ne parvenant plus à former cette élite, compte tenu de la vitesse à laquelle il se dégrade… Ce sera le sujet de mon prochain article.

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Créer un compte Tous les commentaires (28)
  • Heureusement, l’Education Nationale a trouvé la solution : pour que les pays étrangers ne veuillent pas engager nos cerveaux bien formés, il suffit de moins bien les former ( voir le déclin des résultats aux test PISA )

    • Ceux qui partent ont, le plus souvent, été formés par nos grandes écoles, qui, heureusement, ont gardé un bon niveau grâce aux concours d’entrée et à un certain élitisme. Pour le moment (et malgré les tentatives avortées d’une folle au nom berbère) le ministère de la décadence n’a pas encore réussi à saboter ces grandes écoles comme il l’a fait pour les lycées et les universités. Pour combien de temps encore?

  • Ces migrants vont vers des destinations ou le libéralisme économique est de mise

  • Difficile de réformer notre pays. Diminuer les impôts est compliqué car le social fait vivre énormément de personnes (retraités, chômeurs, associations…).
    Accepter de réformer, c’est accepter de mettre à court-terme encore plus de misère.
    Mais s’il faut passer par là pour retrouver notre liberté…

    • Et puis c’est une question de mentalité: en France, on aime bien taper sur ceux qui gagnent bien leur vie parce qu’ils ont réussi. Tant que la mentalité sera celle-là, il m’apparaît impossible un changement politique pour favoriser économiquement et inciter à rester, puis à venir en France, ceux qui réussissent.

    • « retraités, chômeurs, associations »
      Désolé, mais j’ai du mal à considérer le financement des retraites comme du social, vu que les retraités n’ont pas eu le choix du système, et que ce système leur est largement DEFAVORABLE contrairement à ce qu’en pensent les jeunes d’aujourd’hui!

    • Avant même de faire des réfoemes strucrurelles qui dérangent, ne pourrait-on pas au moins baisser des trois quarts les dépenses totalement inutiles comme de servir des retraites à des algériens imaginaires de 120 ans et plus? De supprimer les millions de cartes Vital supérieures au nombre de français? De supprimer tous les impôts qui coûtent plus cher à lever qu’ils ne rapportent?
      Après, il faudra supprimer 95% du Code du travail, baisser les impôts des entreprises, plafonner les prélèvements sociaux et les nombreuses réformes de structure qui remettrait ce pays sur les rails.

    • et pléthore de fonctionnaires pour gérer tout ça !

  • ben déjà , il faudrait que l’on est des cerveaux à la tête de notre pays ; et là , c’est pas gagné …..

    • Les élites dont parle l’article ne sont pas celles issues de l’ENA je pense, mais plutôt celles issues des grandes écoles d’ingénieur, de commerce, les médecins, les chercheurs (en science principalement).

  • Y a pas que les cerveaux (dans le sens bac+12), n’importe quel chaudronnier ou soudeur (des bras avec un cerveau) se voit offrir un pont d’or en Suisse ou en Allemagne…

    TOUS les copains ( et aussi ceux qu’il a côtoyé au CFA) carrossiers ou mécanos de mon fils bossent en Suisse, TOUS !

    Même ceux qui ne parlent pas allemand, il y a assez de collègues français qui traduisent, le temps qu’ils assimilent les bases…

    D’accord, il en reste chez nous, mais la plupart viennent d’outre-Vosges ou Méditerranée.

    • Je plussoie. Encore pas plus qu’il y a deux jours il y avait un article dans l’Est Republicain ou le Republicain Lorrain pour se plaindre que les infirmières à peine formés partent au Luxembourg plutôt que d’exercer en Lorraine à cause du salaire mais aussi des conditions de travail proposées.

      En fait, à partir du moment où le salaire est correct, tout le monde préfère voir ailleurs et malheureusement en province et même à Paris il est au ras des pâquerettes.

  • Enfin cet article. Je pourrais ajouter que quand vous êtes ingénieur en France, non seulement vous gagnez beaucoup moins qu’à l’étranger, mais aussi les français, jaloux comme pas deux pour la majorité, vous considèrent comme riche et parfois même rarement exigent que vous régliez tous leurs problèmes techniques/technologiques dans la seconde (alors que ce n’est pas du tout votre domaine de compétence). J’ajoute que, malgré la très bonne formation des grandes écoles, celles-ci sont isolées géographiquement (et donc socialement) des étudiants d’autres filières et les étudiants ingénieur (en classe prépa par manque temps, puis en école par isolement géographique) se retrouvent statistiquement entre hommes seulement. Bonjour la vie sentimentale.

  • Excellent article ! Sans vouloir me vanter, je pense être dans la catégorie des « cerveaux » qui ont fui le pays. Ingénieur de formation (école privée), avec 15 ans d’expérience, l’hyper-taxation et la gestion française de la crise du Covid m’ont finalement décidé à aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte (et elle l’est!).

    En novembre 2020, j’ai donc décidé d’aller m’installer aux Pays-Bas, un des pays les plus libéraux en Europe. Pour l’instant tout se passe bien (malgré les restrictions de liberté, qui sont quand même plus vivables qu’en France).

    Depuis quelques mois, je ne suis plus matraqué fiscalement et peux enfin me constituer un patrimoine… quelle libération !

    J’encourage tous ceux qui le peuvent à aussi quitter le pays. La faillite du système est hélas la seule solution pour former un changement de politique et d’idéologie en France.

  • Sous hollande, entre 50 et 80 bac+8 quittaient la France chaque semaine dont une majorité travaillaient dans la High Tech. Si vous allez dans la Silicon Valley vous ne serez pas surpris d’entendre parler français dans la plupart des magasins. Il en est de même dans le cluster High Tech proche de New York. Par contre, à la même époque, nous avions des milliers de bac-8 qui arrivaient en France chaque semaine !!! Je rappelle que si vous créez votre propre start-up en Californie, l’administration américaine vous fiche la paix pendant 5 ans. En France, même si vous n’avez pas généré un cent de CA on vous taxe et vous êtes obligé de brûler du cash pour alimenter les caisses de l’état qui nourrissent des fonctionnaires qui vous emm.. à longueur de journée. Non seulement on vous taxe mais en plus on vous vole votre temps pour remplir des tonnes de paperasse.

    • EXACT
      dans leurs études bidons sur la pression fiscale, qui sont déja très peu relayees, on oublie le TEMPS monstrueux consacré à gérér ce genre de truc et l’énergie incroyable que cela consomme. Si ce n’est du temps ou de l’énergie, on doit payer un salaire pour que quelqu’un le fasse, ou encore on le paye sur sa santé ou sa vie familiale. Qui aurait des chiffres la dessus? en équivalent temps plein par exemple, avec comparaison internationale?

      • un patron qui n’est plus obligé de s’user le mental avec ça ne sera t il pas plus créatif ou audacieux?

      • Dans la dernière start-up que j’ai créée je passais environ 15 heures par semaine pour remplir de la paperasse. Je me suis fait même remonté les bretelles parce que l’administration avait égaré un de mes dossiers !!! Même avec des preuves irréfutables il m’a fallu me les coltiner pendant 15 jours car, bien évidemment, il était impossible pour eux d’avoir perdu un dossier. J’ai appris, plus tard, qu’il trainait sur le bureau d’une employée qui était absente pour cause de maladie (burn-out!!! Oui, cela existe même dans l’administration!!!).

  • Et encore, l’auteur ne cite que ceux qui partent une fois leurs études terminées. Ils sont relativement plus faciles à « tracer ».

    Une autre catégorie monte en nombre: ce sont les jeunes qui partent pour carrément faire la totalité de leurs études à l’étranger. Ils y gagnent un diplôme souvent plus reconnu au niveau international, une meilleure intégration dans les systèmes professionnels étrangers. Il y a en encore moins qui reviennent en France. Ils sont difficiles à tracer car disparaissant des statistiques dès la fin de la terminale.

    Je ne sais pas pour l’enseignement publique mais plusieurs lycées privés parisiens constatent le phénomène. L’un d’entre eux que je connais mieux a du engager une secrétaire trilingue à temps plein pour s’occuper des dossiers d’inscriptions à l’étranger (Universités US ou UK ou autres…), ces dossiers étant nettement plus difficiles et consistants (relevés de notes traduites, lettres de motivation et de recommandation de profs, entretiens, certification de la maitrise du langage, voire épreuves d’évaluations préalables dans le domaine demandé) que le dossier d’inscription d’une université française ou d’une classe prépa.
    Le nombre de ces élèves a été multiplié par 4 en 6 ans et ne fait qu’augmenter.

    • Peut être qu’en analysant les résultats toeic ou toefl ou le nombre de candidatures on aurait un élément de réponse

      • il suffisait que j ‘en parle et bim, je reçois un mail des impôts qui me demande une déclaration de loyer obligatoire de mon entreprise à des fins statistiques et non taxatoires (mon oeil), dans un sabir incroyable avec moult annexes explicatives..
        Les tarés.. je la remplis pas.. faut arêter les conneries à un moment donné. Mon temps sert à gagner ma vie

      • Le toeic excusez-moi mais c’est une vaste blague. Le toefl c’est vraiment le minimum en test d’anglais, puis viennent les Cambridge, IELTS et autres.

  • Cela n’arrivera jamais: il faudrait obtenir environ 250 accords fiscaux, dont plusieurs se retourneraient contre nous. Un impôt sur la nationalité revient à lever des taxes directement sur un sol étranger; donc bonne chance pour aller taxer au hasard des pays comme la Russie, la Chine, etc. Sans compter tous ceux qui n’en n’ont strictement rien à foutre de nous, et ils sont beaucoup plus nombreux que vous ne le croyez. De plus, la France est très loin d’avoir la puissance des USA.

    Laissez donc cette idée ridicule aux farfelus.

    • « Laissez donc cette idée ridicule aux farfelus ». Peut-être et en attendant, je conseille à ceux qui y auraient intérêt à prendre dès que possible une ou deux autres nationalités (ça s’achète, par exemple à Malte…) et dès son obtention à renier la nationalité française. Les américains sont de plus en plus nombreux à procéder de la sorte. Je dis ça, je dis rien…

  • On exporte des bac +7 et on importe des bac -7 !
    Forcément ça va bien se passer !

    • Et encore, si ces bac-7 voulaient s’intégrer par le travail et le respect des lois, ça irait (voir le Canada qui a une vraie culture de méritocratie par le travail).
      Mais ce n’est pas forcément le cas.

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