La fuite des cerveaux : septième frein à l’entreprise

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La fuite des cerveaux est un frein à l’entreprise : il s’agit de l’enfer fiscal et administratif qui incite les plus brillantes de nos élites à chercher ailleurs un paradis perdu par pure idéologie.

Par Claude Goudron.

Ce septième frein à l’entreprise est certainement le plus absurde à l’origine du décrochage industriel du pays. Il s’agit de l’enfer fiscal et administratif qui incite les plus brillantes de nos élites à chercher ailleurs un paradis perdu par pure idéologie.

La fuite des cerveaux : quelques chiffres

Aujourd’hui, on estime à 3 000 000 le nombre de Français expatriés.

Il ne s’agit heureusement pas toujours d’une fuite, mais d’un choix et un atout qui permet à la jeunesse de découvrir le monde autrement que par l’Éducation nationale et une information médiatique pas toujours objective.

La France ne se place pas parmi les meilleurs en ce qui concerne la part des scientifiques et ingénieurs de l’Union européenne : elle compte pour 13 % de la population européenne et ne dispose que de 10 % de scientifiques et d’ingénieurs, contre 19 % en Allemagne et en Angleterre (source eurostat).

Soit elle n’en forme pas assez, ce qui ne semble pas être le cas, soit les « cerveaux » s’expatrient. Et c’est malheureusement le constat qu’il convient de faire.

La France est le deuxième pays le plus touché au monde par la fuite de ses cerveaux, elle a un solde négatif de 130 000 alors que les Allemands ont un solde positif de 374 000 !

Le nombre de jeunes diplômés partant à l’étranger, estimés à 80 000 par an, a doublé ces dix dernières années !

Une balle dans le pied

Le coût de formation d’un ingénieur par l’Éducation nationale est estimé à 200 000 euros, soit 16 milliards d’euros par an pour ces exilés… financés directement ou indirectement par les seuls créateurs de richesse que sont nos entreprises.

Certains vont revenir en France après une dizaine d’années, mais la majorité restera dans son nouveau pays d’accueil, et va donc se mettre au service d’entreprises étrangères concurrentes.

Quelle belle opération, financer la formation d’une élite pour mieux enfoncer le pays qui, d’année en année, est de plus en plus déclassé !

Nous pourrions donc comparer la France à un pays sous-développé qui, faute de débouchés correctement rémunérés, inciterait ses ressortissants à émigrer sous de meilleurs cieux.

Ce qui est donc reproché aux pays du tiers monde à forte émigration se pratique en moindre volume mais à un coût astronomique !

À cette fuite des cerveaux peut également être associée l’évasion fiscale car beaucoup fuient le pays pour créer une entreprise à l’étranger.

Les raisons de cet exil

L’addiction française sans cesse réaffirmée à l’égalitarisme et à la dépense sociale oblige à trouver des financements supplémentaires qui pénalisent les entreprises en augmentant d’une façon inconsidérée leurs charges sociales. Et comme toujours en France on va s’en prendre aux plus riches.

Un salaire mensuel de 4000 euros, considéré comme un signe de richesse par François Hollande, est taxé socialement deux fois plus qu’en Allemagne ; et celui de 8000 euros trois fois plus !

Un cadre va donc souvent gagner deux fois plus à l’étranger tout en conservant une couverture sociale au retour dans son pays.

Le cas est encore plus flagrant pour un chercheur. Avec un niveau d’études pouvant atteindre Bac+12, et en plus des contraintes administratives subies, il va débuter sa carrière avec un salaire de 2200 euros, un des plus bas en Europe.

Il ne faut pas chercher plus loin les raisons de l’expatriation de nos savants et prix Nobel qui trouvent aux États-Unis, mais également en Allemagne, un environnement et une considération qu’ils n’on plus en France.

Les conséquences de la fuite des cerveaux

La situation de la France devient catastrophique et peut rappeler « la révocation de l’édit de Nantes » qui a eu pour conséquence l’exil d’une grande partie de l’élite protestante. Cet exil qui a nui à l’économie française bénéficie encore aujourd’hui aux pays d’accueil via sa descendance !

La France était à la pointe de la recherche mondiale dans de nombreux domaines. Pour ne citer que les principaux :

La santé, inventeur du vaccin avec Louis Pasteur, le pays n’a pas su développer un vaccin anti-Covid !

La filière énergie d’Alstom cédée à General Electric qui devient responsable de l’entretien des centrales françaises et fournit les pièces d’entretien du porte-avions Charles De Gaulle.

Les télécommunications qui ont vu Alcatel être avalé par Nokia qui démantèle une par une les unités implantées en France.

L’automobile dont la production française a été divisée par deux en 15 ans.

Le transport ferroviaire, encore bien-portant a donné toutes les clefs à la Chine pour nous détrôner à terme à l’export.

Le nucléaire, avec la Chine devenue rapidement le maître avec la mise en route de plusieurs EPR tandis que celui de Flamanville accuse un énorme retard.

Nous avons offert notre élite et notre savoir-faire à ceux qui aujourd’hui sont devenus les maîtres du monde.

Conclusion

Faut-il encore une fois dénoncer cette administration française qui décourage toute évolution et ambition créative !

Faut-il encore une fois dénoncer l’hyper-social français qui tue le pays à petit feu !

Faut-il encore clamer haut et fort qu’une entreprise ne peut perdurer qu’avec des contraintes égales à celles de ses concurrentes étrangères !

Tant que les Français et les hommes politiques qu’ils ont élu ne le comprendront pas il ne faudra pas s’attendre à des miracles !

Sauf peut-être concernant la fuite des cerveaux qui peut aussi se tarir, le système éducatif ne parvenant plus à former cette élite, compte tenu de la vitesse à laquelle il se dégrade… Ce sera le sujet de mon prochain article.

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