Infantilisation, le pamphlet qui annonce le tournant libéral de 2022

L’État doit tout faire pour que les individus restent le centre du jeu et des décisions qui y sont prises. Ainsi la route de la liberté peut se substituer à celle de la servitude.

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Infantilisation, le pamphlet qui annonce le tournant libéral de 2022

Publié le 2 février 2021
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Par Francis Pérani.

Il est rare de voir sortir un pamphlet libéral à succès en France. La mode est plutôt aux essais nationalistes ou égalitaristes, pavant la route de la servitude par la droite ou par la gauche. Les restrictions récentes et croissantes liées au Covid-19 sont l’occasion pour Mathieu Laine de décliner à nouveau son refus de l’infantilisation par un État qui nous veut du bien, au-delà de nous vouloir tous égaux.

Point de vue sur l’ouvrage

Pour tous ceux qui ne s’habituent pas aux documents à compléter à chaque sortie ou voyage, voyant bien que ce contrôle est mal conçu et qu’il n’a pas fait grand-chose pour freiner l’épidémie de Covid-19 comme beaucoup d’autres mesures absurdes et peu copiées par d’autres pays, l’ouvrage de Mathieu Laine est à recommander.

Cette frustration initiale que constituent les petites immixtions de l’État dans la vie privée à l’occasion de la pandémie, et pour notre bien suprême, est un bon point de départ pour se rappeler que la liberté n’est pas un acquis irréversible et que la propension de l’État a faire le bien n’a de limite que celle que chaque citoyen veut bien lui accorder.

Ce livre pointe du doigt notre tendance générale à l’infantilisation, c’est-à-dire le besoin d’État sur tous les sujets nous apportant protection et précaution en temps de paix et a fortiori en temps de guerre, l’épidémie actuelle étant assimilée à une guerre. L’État, constitué d’hommes, ne pouvant répondre à toutes nos exigences en sort d’autant plus affaibli qu’il se disperse dans le détail, le micro, les contrôles plutôt que l’essentiel régalien qui le légitime pour promouvoir nos libertés.

Ce livre dénonce l’acceptation de moindres libertés, sorte de servitude volontaire moderne. Il évoque au passage l’impact de la pandémie sur la dette de la France, déjà en tête des prélèvements obligatoires et de l’interventionnisme social rapporté au PIB.

On peut imaginer ainsi l’enjeu des élections de 2022, ce qui requiert un prochain livre : en sortie de crise, espérons-le, comment devrons-nous à la fois reprendre l’habitude de nos libertés mises en veilleuse pendant la crise sanitaire tout en soldant nos comptes pour payer cette crise, non pas par davantage d’impôts mais par davantage de libertés économiques et de concurrence des domaines de l’État. Vaste programme. Libéral.

La pandémie a réveillé notre besoin de maternage jusqu’à l’absurde

Au nom de la sauvegarde de la santé publique en période de pandémie, l’État s’est mis à réguler les repas de Noël, les déplacements dans la rue et même les motifs de déplacement ainsi que les distances parcourues, les biens de consommation tantôt essentiels tantôt proscrits comme non essentiels (dont les livres).

Il est naturel que la régulation augmente en période de crise extrême. Les citoyens sont demandeurs de ce durcissement des normes et contrôles afin de se prémunir d’un risque inconnu au point que les libertés peuvent même passer au second plan. Tel est le piège dont il faut attirer l’attention dès maintenant et encore plus en sortie de crise.

L’infantilisation rampante ne date pas d’aujourd’hui. Elle était déjà à l’œuvre pour nous protéger de nous-mêmes au sujet de la nourriture, des addictions ou de l’environnement. Avec la pandémie de Covid-19, elle est tout aussi visible dans les autres pays à des degrés divers.

L’infantilisation en progression constante a progressé encore plus à l’occasion de la crise sanitaire

Un nouveau mouvement intellectuel de troisième voie entre libéralisme et socialisme, le nudge (paternalisme libéral), a été mis en avant par Obama, Cameron et la France n’a pas mis longtemps à se l’approprier. Il s’agit de promouvoir les bonnes décisions à la place des individus qui ne sont pas si rationnels que cela, non par la contrainte mais l’incitation.

C’est ainsi que l’État est devenu maternel, incitant préventivement à manger mieux, épargner plus, consommer moins d’énergie. Ni centralisateur ni naïf quant à la rationalité individuelle, ce mouvement prétend avoir trouvé l’optimum social qui pourrait un jour se transformer en société de contrôle.

Mais l’homme d’État obsédé par sa réélection ou le fonctionnaire inamovible sont irresponsables des décisions prises. Ils ne sont pas les mieux placés pour nous conseiller sur nos choix individuels quotidiens. Leurs décisions sont biaisées et pleines d’effets pervers inconnus et rarement analysés.

Les citoyens ont la tentation de l’addiction à l’État nounou. C’est là le cœur de l’infantilisation, régression volontaire des citoyens adultes acceptant leur dépendance multiple à l’État en échange de toutes ses promesses de protection et préventions. La peur alimentée par l’épidémie alimente cette tendance à l’infantilisation et au principe de précaution, néfaste pour la prise de risque nécessaire à une société innovante.

L’épidémie a libéré la machine bureaucratique française prompte aux contrôles en tout genre, y compris les plus loufoques. Aux restrictions déjà à l’œuvre pour protéger l’environnement ou la santé, les limites à la circulation des personnes sont venues renforcer cette tendance à tout surveiller. L’économie a ainsi été sacrifiée au confinement, négation de l’interaction sociale et de l’échange.

En réaction à ces excès, les citoyens perdent confiance en l’État qui s’empêtre dans le micro-contrôle sans pouvoir garantir l’essentiel comme la sécurité. De même, le bilan économique de l’infantilisation ne pourra être reporté puisque son coût a explosé avec la pandémie d’une manière inédite depuis la Seconde Guerre mondiale. En attendant la dette française est désormais à 120 % du PIB et sa résolution par plus d’impôts devient un nouveau piège à éviter, au même titre que la propension naturelle de l’État à croître sans limite.

La tyrannie est une route qui se déploie au nom du Bien, la liberté individuelle est une route alternative que nous devons protéger

Sécurité, santé, pureté, bonheur, égalité sont les valeurs au nom desquelles le despotisme peut réapparaître à tout moment remettant en cause la conquête des libertés jamais acquises pour toujours et donc toujours à défendre.

La tyrannie du Bien est un danger à bien des égards pour la liberté individuelle. Les extrémismes s’en délectent pour progresser, surfant sur la déception inévitable envers l’État maternant ne tenant pas ses promesses, jetant en pâture les libertés fondamentales à une foule prête à y renoncer pour davantage de sécurité ou de morale.

L’ordre spontané est toujours menacé par l’ordre construit des hommes politiques qui, tout surhommes qu’ils se projettent, ne sont pas en mesure d’appréhender toute la complexité humaine et sociale pour prendre les bonnes décisions à la place des acteurs eux-mêmes, les mieux placés pour juger de ce qui est bon pour eux.

Les individus ne sont pas les pions d’un échiquier que seuls les hommes de l’État peuvent gérer rationnellement et centralement. Au contraire, l’État doit tout faire pour que les individus restent le centre du jeu et des décisions qui y sont prises. Ainsi la route de la liberté peut se substituer à celle de la servitude.

Remettre l’État à sa place en sortie de crise

En référence à des théories récentes américaines (Daron Acemoglu, James Robinson, Tyler Cowen), il est recommandé de limiter le pouvoir de l’État vis-à-vis des libertés individuelles dans un esprit de laissez-faire tout en évitant le chaos d’une absence de régulation et d’intervention pour promouvoir l’égalité des chances par l’éducation, le marché libre, la concurrence, l’innovation, les infrastructures structurantes.

Le programme est donc tout trouvé : réduire le fardeau des règlements bureaucratiques ubuesques, contractualiser les missions sociales de l’État avec obligation de résultats plutôt que de moyens, déployer des programmes en responsabilisant directement les citoyens, mettre en concurrence les administrations publiques avec des services privés.

Faire le pari de la personne humaine, de son autonomie de décision doit évidemment être le programme de sortie de crise, de retour à la normale accompagné du reflux de la dépendance à l’État non seulement du point de vue sanitaire mais aussi du point de vue économique.

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    Bravo.

    • S’il s’agissait uniquement de socialisme, l’affaire serait vite réglée. D’une part parce que celui-ci est mort en France et d’autre part parce que le parti censé le représenter n’a plus aucune chance d’arriver au pouvoir.
      En réalité, il s’agit d’étatisme, et la demande collective pour un Etat qui soit à la fois Maman Nounou et Père Fouettard est toujours aussi forte. On l’a encore vu avec la crise sanitaire où une partie importante de la population réclame le confinement, souvent pour les autres d’ailleurs… Et cela n’a rien à voir avec le socialisme…
      Ne nous trompons pas de cible pour bien désigner notre véritable problème.

    • Avec 11 millions de salariés dépendant du secteur public et seulement 14 entreprises du CAC 40 n’ayant pas de lien avec l’état, la liberté a peu de chances.

  • « Sécurité, santé, pureté, bonheur, égalité sont les valeurs au nom desquelles le despotisme peut réapparaître à tout moment »

    Bien d’accord sur tous ces points. Mais il en est un qui doit être ajouté et qu’on peut considérer comme le péché capital de cet anti-libéralisme : l’envie ou la jalousie ou le besoin frénétique de se mêler de ce qui ne nous regarde pas, de la vie des autres…
    C’est cela qui conduit nos dirigeants et l’Etat à vouloir influer en permanence sur nos vies et à répondre aussi vite présent à toutes les demandes des citoyens ou des assoces qui veulent faire de même…

  • Égalité des chances = socialisme dit modéré, social-démocratie avec comme emblème les sociétés scandinaves.
    Une horreur puisque les libertés n’existent plus que dans la mesure où elles sont utiles pour le pouvoir en place.
    En plus, les individus sont profondément inégaux car différents dans leurs aptitudes, leurs personnalités.
    Vouloir corriger ces différences, si l’on est sérieux, est non seulement impossible mais conduit à une société totalitaire
    « La différence entre un État providence et un État totalitaire est une question de temps » Ayn Rand

    • « La différence entre un État providence et un État totalitaire est une question de temps »
      Dans quel sens, la flèche du temps ?

  • la mise en concurrence de l’administration avec le privé : souhaitable et indispensable mais utopique dans notre société déjà très soviétisée !!!! l’exemple le plus frappant étant le refus têtu de faire appel aux hôpitaux et cliniques privés durant le premier confinement ce qui aurait pu démontrer une efficacité de la libre entreprise face au socialisme assez peu triomphant !!! nos technocrates plus ou moins gauchistes veillent au grain mais surtout l’armée de nos fonctionnaires qui n’ont pas du tout envie d’être comparés et éventuellement remerciés !!!!

    • Vous n’avez pas tort sur la réticence de nos fonctionnaires à faire appel au privé ce qui aurait été reconnaître en partie les déficiences du public.

      Mais ce qui a aussi et principalement limité les choses est que l’hôpital transférant des patients dans le privé aurait dû payer ce privé pour cela.
      Cela implique donc une négociation du prix de l’occupation de la chambre. Donc la réunion d’une commission d’évaluation puis de négociation (dont il faut choisir les membres). Après s’être mis d’accord sur le tarif, il faut obtenir l’accord des instances et de la partie comptable de l’hôpital soumise à des contrôles. Enfin quand tout est ok sur ces différents processus, il faut prendre la décision, ce qui implique pour le ou les décisionnaires d’en référer à plus haut pour avoir un minimum de certitude qu’on ne le leur reprochera pas…etc
      In fine, quand tout le processus est validé 5 à 6 semaines se sont écoulées (les transferts vers le privé ont commencé a être effectifs mi/fin avril). Les français auront le temps de crever 10 fois mais le fonctionnaire se sera couvert et aura eu la sensation d’avoir œuvré efficacement pour tous!

      « Pour les fonctionnaires, le résultat n’est rien mais la procédure est tout »
      Georges Courteline (1858-1929)
      Cette phrase date d’il y a une 100aine d’années mais est tjrs (voire encore plus ) d’actualité. Ce problème est inhérent à l’administration et au statut intouchable et déresponsabilisant du fonctionnaire.

  • Une bonne occasion d’un peu d’autopromotion avec cet article de 2012 qui complète le livre de Mathieu Laine
    https://www.contrepoints.org/2012/04/07/76448-desir-de-providence-et-servitude-volontaire-2

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