Désir de Providence et servitude volontaire

Le besoin de croire à une puissance supérieure bienveillante, ce désir de Providence en quelque sorte, est acquis dès nos premières années et reste toute notre vie une composante de la nature humaine. Les politiques, ces candidats à leur remplacement, tentent donc de faire miroiter leur puissance et leur bienveillance.

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Désir de Providence et servitude volontaire

Publié le 7 avril 2012
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Le besoin de croire à une puissance supérieure bienveillante, ce désir de Providence en quelque sorte, est acquis dès nos premières années et reste toute notre vie une composante de la nature humaine. Les politiques, ces candidats à leur remplacement, tentent donc de faire miroiter leur puissance et leur bienveillance.

Par Gérard Dréan.
Article publié en collaboration avec l’Institut Turgot.

Comme tous les animaux supérieurs, chacun d’entre nous nait infiniment faible et totalement dépendant de ses parents, au moins jusqu’à son adolescence.

Au début, c’est instinctivement que nous nous en remettons à eux et que nous cherchons à attirer leur sollicitude.

Puis, au fur et à mesure que notre conscience s’éveille, nous prenons l’habitude de penser qu’ils sont là pour subvenir à tous nos besoins et résoudre tous nos problèmes. Et comme par définition ces problèmes nous dépassent, nous pensons qu’ils ont des pouvoirs que nous n’avons pas.

L’expérience venant confirmer et conforter ce sentiment, nous nous forgeons l’intime conviction qu’il existe quelqu’un qui est à la fois bienveillant à notre égard et doté de pouvoirs surnaturels. En contrepartie nous acceptons de nous plier à des décisions que nous ne comprenons pas, et nous cherchons désespérément à plaire à ceux dont nous attendons tant. C’est l’origine de notre tendance à la « servitude volontaire » que relevait Étienne de la Boétie dès 1549. Ce besoin de croire à une puissance supérieure toute-puissante et bienveillante, ce désir de Providence en quelque sorte, est acquis dès nos premières années et restera toute notre vie une composante de la nature humaine.

Mais nous grandissons. Et petit à petit, nous sommes confrontés à des problèmes qui échappent à la sphère familiale, ou dont nous préférons que nos parents ne se mêlent pas. Nous commençons alors à chercher à satisfaire notre besoin de Providence par d’autres moyens. Beaucoup vont alors nous proposer des parents de substitution : les chefs de bande nous promettent leur protection en échange de notre obéissance et de quelques menus services ; les prêtres nous garantissent l’existence d’un être tout-puissant et bienveillant, qu’ils appellent Dieu, et à qui nous devons nous soumettre.

En même temps, nous prenons conscience des limites de nos parents. Nous nous apercevons que ce sont des gens comme nous et que nous sommes comme eux, et nous mesurons nos propres limitations, notamment face aux attentes de nos propres enfants. Comprendre et accepter les limites des êtres humains que nous sommes, ça s’appelle devenir adulte. Mais il reste toujours quelque chose de cette croyance fondatrice dans le rôle protecteur de nos parents, à tel point que, quand ils finissent par disparaître, nous ressentons ce sentiment d’être désormais en première ligne, comme s’ils avaient de fait continué à nous protéger jusque-là.

Nous voilà maintenant adultes, sans la protection de nos parents. Mais plus nous sommes conscients de notre propre faiblesse, plus nous avons besoin de croire qu’une puissance supérieure viendra nous secourir en cas de besoin. Notre besoin de Providence reste bien ancré en nous, et les chefs de bande, les politiques, les gourous et les prêtres vont s’ingénier à l’exploiter pour acquérir, avec notre confiance et notre soumission, une position de domination.

Pour eux, la partie est plus difficile que pour nos parents, qui existaient avant nous et n’ont rien eu à faire pour que nous leur prêtions a priori notre confiance. Après l’avoir d’abord méritée, ils ne peuvent plus ensuite que la décevoir ou la décourager, ce qui à la fois nous fait devenir adultes et nous précipite vers les alternatives.

Les candidats à leur remplacement, eux, doivent faire miroiter leur puissance et leur bienveillance. Et comme ils sont en concurrence, ils vont utiliser des argumentaires différents. Puisque nous sommes de plus en plus conscients des limites de nos congénères, la stratégie initialement la plus sûre est d’exploiter directement notre besoin de croire en affirmant l’existence de puissances surnaturelles bienveillantes, ce qui a l’avantage d’être invérifiable. C’est ce que font les prêtres. Les prétendants au pouvoir temporel ont d’abord exploité cette même stratégie, puis se sont mis à la remorque des prétendants au pouvoir spirituel en se présentant comme les représentants de Dieu sur terre, en même temps que les religions prétendaient régir la totalité de notre vie.

Mais dans nos sociétés, Dieu est moins populaire qu’il l’a été, beaucoup ont commencé à douter de son existence et la religion est devenue une affaire privée. Mais tous ou presque ont reporté leur besoin de Providence sur l’État en le parant de ces vertus de toute-puissance et de bienveillance. Après Dieu le Père, voici la Mère Patrie et le Père des peuples.

Les politiciens essaient de nous convaincre que, pour que l’État par définition bienveillant soit aussi tout-puissant, nous devons lui accorder des pouvoirs supérieurs aux nôtres, ce que nous sommes a priori conditionnés pour accepter. À l’autorité parentale ou à la volonté divine, ils substituent l’intérêt général et la volonté générale. C’est ainsi que la majorité d’entre nous croit en la nécessité d’un pouvoir fort. Nous avons commencé par croire que nos parents pouvaient guérir nos bobos en soufflant dessus, puis que les prêtres avaient le pouvoir de nous laver de nos fautes, et que les rois guérissaient les maladies par simple contact en « touchant les écrouelles ». Voilà maintenant que nous croyons les États capables de résoudre les problèmes de la société en manipulant la monnaie et le crédit.

Et puis nous commençons à entrevoir, comme nous l’avons fait pour nos parents, qu’ils n’ont pas ces pouvoirs, et qu’ils échouent plus souvent qu’ils ne réussissent. La plupart d’entre nous s’en accommodent, ne voyant pas de substitut à leur rêve d’un être omnipotent et bienveillant, et ne pouvant pas supporter l’idée qu’ils ne peuvent compter sur personne d’autre qu’eux-mêmes et leurs proches, mais que ces derniers, quelle que soit leur bienveillance, n’ont pas d’autres pouvoirs que nous. Quand l’État ne répond pas à nos attentes, nous croyons naïvement qu’il suffit de changer de titulaires actuels du pouvoir.

Beaucoup en restent là, et reportent jusqu’au bout sur l’État leur besoin infantile de Providence. Quelques-uns finissent quand même par devenir enfin adultes en politique, c’est-à-dire libéraux.

Mais il arrive à certains de retomber en enfance…

Sur le web

Gérard Dréan (X54) a fait carrière dans l’industrie informatique, puis s’est tourné vers la réflexion économique. Il est l’auteur d’un « Abrégé de L’Action Humaine » de Ludwig von Mises.

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  • J’ai du mal à saisir la fin de votre propos: en clair pour devenir adulte en politique il faudrait limiter voire éradiquer l’Etat-Providence ? Je me demande alors si nous sommes vraiment fait pour grandir car ce même Etat-Providence qui nous coûte si cher m’apparait pour autant primordial afin de ne pas condamner les couches populaires à une vie qui n’en est pas vraiment une , une « survie » en quelque sorte . Pourriez-vous m’éclairez sur ce point s’il vous plait !

    • Non! l’Etat-providence n’est PAS la solution pour les pauvres. Certes, personne ici ne professe que le pauvres devraient être laissés pour compte à crever dans le caniveau. Mais convenez qu’entre l’Etat-providence actuel et ce qu’on pourrait faire avec moins d’Etat, il y a une marge … pour le pauvres également! Car voyez-vous, le problème crucial porte un nom: l’assistanat! Et ça, ce n’est pas de l’empathie pour les pauvres, c’est du clientélisme de belle facture et ça nous ruine.

    • Vous remarquerez que le sujet de mon article n’est pas l’Etat-providence lui-même; mais les naîfs qui croient en lui et les escrocs qui profitent de cette croyance.
      Les justes limites de l’Etat, c’est une autre question, mais qu’on ne peut traiter que quand on s’est d’abord défait de la croyance aveugle en un Etat omnipotent et bienveillant.

    • « Ne pas condamner les couches populaires à une vie qui n’en est pas vraiment une » : bien au contraire, les « couches populaires », pour reprendre votre terminologie (je préfère l’expression « classes moyennes »), sont les véritables victimes de l’Etat-providence.

  • Vous utilisez les réflexions de Marx -la religion est l’opium du peuple- pour justifier le libéralisme, c’est paradoxale.

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