Économie française : la grande glaciation

Il est urgent de rectifier le tir en faisant quelque chose que nos administrations détestent faire par-dessus tout : évaluer l’efficacité des dispositifs qu’elles ont imposés à tous.

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Économie française : la grande glaciation

Publié le 18 janvier 2021
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Par Pierre Robert.

Il n’y a pas que les doses de vaccin que l’on stocke dans des congélateurs. On y a aussi mis notre économie qui s’y engourdit dangereusement et, en France plus qu’ailleurs, risque d’avoir bien du mal à en sortir.

Le 14 janvier 2021, les annonces de Jean Castex ont encore fait descendre la température de quelques degrés.

 

Il n’y a pas que les personnes en surpoids qui sont affectées par la Covid. Elle frappe aussi nos administrations obèses en révélant une fois de plus leur prodigieuse inefficience. La crise a agi comme un scanner montrant que des pans entiers de l’action publique sont défaillants, minés par un excès de bureaucratie, « ce mécanisme par lequel une personne est confortablement coupée des conséquences de ces actes » selon la définition de Nassim Nicholas Taieb (Jouer sa peau, éd. Les Belles Lettres, 2017).

Ce qui est désormais en jeu, c’est la survie même de notre économie qu’un empilement de décisions administratives prises sur la base d’une erreur initiale d’appréciation a plongé dans un état de plus en plus préoccupant.

Un étrange mimétisme

À la fin de l’hiver dernier, une époque qui parait déjà si lointaine, le surgissement de l’épidémie a fait entrer le monde dans une période de radicale incertitude. L’avenir proche est devenu subitement illisible pour ceux qui doivent prendre des décisions. La théorie économique montre que dans ce cas le plus sûr est d’observer ce que font les autres et de les copier.

Conformément à ce schéma la plupart des gouvernements ont adopté une stratégie de confinement, poussés par les conclusions alarmistes d’une étude menée au sein de l’Imperial College de Londres par l’équipe du professeur Neil Ferguson estimant que le virus pourrait infecter 80 % de la population et tuer entre 2 et 3 % des personnes contaminées

À cela s’ajoute le fait qu’en France plus encore qu’ailleurs sévit le principe de précaution dont les retombées judiciaires poussent les décideurs à privilégier le scénario le plus pessimiste. C’est ce que s’est empressé de faire le Conseil scientifique mis en place par notre gouvernement pour éclairer ses décisions. Il craignait que le virus ne provoque rapidement une hécatombe hexagonale faisant de 300 000 à 500 000 morts.

Une stratégie mortifère

Toute la stratégie adoptée découle de cette analyse initiale. Elle n’est dictée que par un seul objectif, éviter l’engorgement de notre fragile système de soins, elle ne se réfère en dernier ressort qu’à un seul indicateur, le nombre de décès directement dus au virus.

Tout a donc été subordonné aux impératifs sanitaires sans prendre en compte les dommages collatéraux engendrés. Or ceux-ci sont énormes, en France plus qu’ailleurs pour des raisons spécifiques à notre pays et tenant à l’inefficience de ses administrations et à la spécialisation de son économie dans des secteurs très vulnérables à la propagation du virus (tourisme, automobile, aéronautique).

Ce qui rend la situation plus tragique encore est qu’on a réagi à l’excès sur la base de données erronées et qu’en dépit des dégâts provoqués par cette stratégie, la logique que suit le gouvernement le conduit à ne pas la remettre en question.

Le maître du désastre

C’est ainsi que certains de ses collègues épidémiologistes ont surnommé le professeur Neil Ferguson.

En 2002, son modèle annonçait qu’au Royaume- Uni 150 000 personnes pourraient mourir de la maladie de la vache folle ; il y en a eu 177.

En 2005, il prévoyait que la grippe aviaire pourrait faire jusqu’à 150 millions de morts dans le monde ; il y en a eu 282.

Selon les spécialistes le modèle dont sont issues ses prévisions de 2020 est basé sur un code non divulgué de sorte que d’autres scientifiques n’ont pu à l’époque en vérifier les résultats.

Pour la Suède il envisageait qu’en juin 2020 100 000 personnes seraient mortes du SARS-CoV-2 ; à ce jour on y a enregistré 9834 décès.

Les limites manifestes de cette modélisation sont qu’elle se fonde sur des hypothèses exagérément alarmantes. Avant d’atteindre l’immunité collective qui limitera la transmission, ce sont entre 20 et 40 % de la population, et non 80 %, qui devraient être contaminés avec un taux moyen de mortalité par infection d’environ 0,25 %, dix fois inférieur à ce qui était annoncé.

Dans une atmosphère de panique générale, cette étude n’en a pas moins eu un impact considérable sur les décisions prises. De fait, elle était en phase avec les angoisses et les peurs du moment et par effet de rétroaction les a puissamment catalysées. Au printemps dernier, c’est le scénario le plus pessimiste qui a paru le plus crédible et qui l’a emporté en provoquant d’énormes dommages collatéraux.

Des dommages collatéraux très importants

Par décisions administratives, nous ne pouvons plus depuis des mois aller ni au restaurant, ni au café, ni au cinéma, ni au théâtre, ni au concert, ni au musée, ni dans les salles de sports ; les voyages prévus ont dû être annulés, les mariages ont dû être reportés, les enterrements se font à la sauvette.

Les fontaines à gel hydro alcoolique sont partout, les files d’attente s’allongent devant les magasins quand ils sont ouverts et nous ne croisons plus dans l’espace public que des personnes masquées. Dans cet environnement anxiogène on ne peut plus faire de projets, ce qui est un handicap majeur pour les chefs d’entreprise quand ils peuvent encore exercer leur activité.

Outre le coût social très lourd qu’elle engendre la situation a un impact de plus en plus violent sur notre économie. Privée d’oxygène, elle fonctionne au ralenti avec des performances encore plus mauvaises en France qu’ailleurs.

En 2020 le PIB est en recul de 4,2 % dans le monde, de 7,5 % dans la zone euro mais de plus de 9% en France selon l’OCDE. En 2021 des emplois y seront détruits en grand nombre, l’avenir des secteurs les plus touchés par les mesures de confinement et de couvre-feu paraitra de plus en plus incertain et les nuages s’accumuleront sur les étudiants en formation dont l’employabilité ne peut que se dégrader s’ils restent trop longtemps éloignés du marché du travail.

En revanche, la victoire de l’économie de plateforme (celle que régissent Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft ou encore Zoom et autres Netflix,) est écrasante alors que les acteurs européens et singulièrement français en sont dramatiquement absents. De cette économie digitale dont les maîtres deviennent plus influents que les États nous ne détenons pas les clés.

Nous devrons donc en subir la domination, faute d’avoir investi à temps dans les secteurs d’avenir. Reste seulement à espérer ne pas rater la prochaine révolution technologique, celle qui avec la 5G et les objets connectés devrait s’ordonner autour de la santé, de l’éducation, de la culture et de l’environnement. Mais pour y parvenir notre pays cumule des handicaps aggravés par la crise sanitaire.

Quand on en verra la fin, son économie en sortira écrasée par la dette publique, une dette qui depuis 40 ans finance non des investissements porteurs d’avenir mais les dépenses courantes. En 2020 elle a servi à compenser les pertes de revenus des agents empêchés d’exercer par décision administrative. Elle a donc financé la chute du niveau de vie et l’appauvrissement du pays. Une fois l’épidémie jugulée, pour le malade le risque est désormais de mourir guéri.

Réévaluer le dispositif

Ce qui se passe depuis le printemps dernier est entièrement subordonné à des mécanismes politiques. La viabilité des firmes est directement conditionnée par des mesures administratives les autorisant ou non à fonctionner normalement. Leur multiplication a plongé notre économie dans une sorte de coma.

Il est urgent de rectifier le tir en faisant quelque chose que nos administrations détestent faire par-dessus tout : évaluer l’efficacité des dispositifs qu’elles ont imposés à tous. Le bon sens voudrait pourtant que soit dressé le plus vite possible un bilan de leurs coûts et de leurs avantages. D’ores et déjà on peut en prédire la seule conclusion raisonnable : les dégâts de toute nature provoqués par cette stratégie de verrouillage sont infiniment supérieurs à ses avantages.

Il ne s’agit pas pour autant de ne rien faire mais de cibler les mesures de protection, qui par définition ont un aspect coercitif, sur les 10 à 12 millions de personnes vulnérables face au virus en raison de leur âge, de leur poids ou de certaines pathologies. Cela permettrait de délivrer les 55 millions d’autres du carcan qui les étouffe sans pour autant les exposer à un risque significatif.

Quant à la couverture vaccinale, il faut l’établir de la manière la plus large et la plus rapide que possible, ce que la France a les moyens de faire si on parvient à neutraliser les excès de sa bureaucratie.

Remonter la pente ?

Selon Robert Boyer se référant aux enseignements de l’histoire il faut beaucoup de temps pour effacer les traces d’une grande pandémie (Les capitalismes à l’épreuve de la pandémie, Ed. La Découverte, 2020). Mais ce délai varie selon les pays en fonction du degré plus ou moins élevé de réactivité de leur appareil industriel. À cet égard on retrouve le vieux clivage entre le nord et le sud de l’Europe. En passant du sixième au 26ème rang pour ce qui est du revenu par habitant, notre pays a depuis 40 ans dangereusement tendance à basculer du mauvais côté.

La crise sanitaire peut être l’occasion de corriger le tir en rectifiant ce qui ne fonctionne pas ou mal.

Cela veut dire réduire les dépenses publiques qui financent des administrations qui ont fait une fois de plus la preuve de leur inefficience. La France consacre à ses dépenses publiques l’équivalent de 56 % de son PIB, douze points de plus que l’Allemagne dont la population est pourtant plutôt mieux administrée, mieux soignée et mieux éduquée. Rien ne justifie un tel écart.

Cela veut dire aussi stimuler l’investissement productif privé par des mesures fiscales d’allègement et non en les subordonnant aux oukases d’une superposition de comités Théodule qui tels le canard sans tête n’ont ni boussole ni direction.

Le mieux que puisse faire aujourd’hui l’État c’est de favoriser et d’accélérer le plus tôt possible le retour du marché. Le danger fatal serait qu’il prétende réparer lui-même ce qu’il a détruit. Ce sont au contraire les forces du marché qu’il faut réactiver après qu’elles ont été trop longtemps étouffées.

Pierre Robert est l’auteur de Fâché comme un Français avec l’économie, ed. Larousse, 2019.

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  • « Réduire la dépense publique »? Personne n’y pense au sein de l’état et de fonction publique! Une telle idée les ferait beaucoup rire!
    « Le danger fatal serait qu’il prétende réparer lui-même ce qu’il a détruit. » C’est pourtant ce qui va se passer. Avec les résultats que nous savons tous…

    • Est ce que pour tous ces hauts fonctionnaires l’appauvrissement du secteur privé ne serait il pas une aubaine pour etouffer toute forme de contrepouvoir et ainsi controler un peuple pauvre. « Ne mords pas la main qui te nourrit. »

      • Il y a probablement de ça pour les plus cyniques d’entre eux. Mais je pense sincèrement que vous les sur estimez. Ils sont juste mégalos. Ils pensent qu’en fait c’est EUX qui vont sauver le pays. Ils pensent qu’ils sont bien plus malins que le marché. Ils pensent que leur fulgurante intelligence mêlée d’une incommensurable compétence va propulser la France devant les USA parce que que EUX, ils sont bons. Et EUX ils veulent le bien alors que le secteur privé est rempli de gens mesquins qui n’ont aucune vision.

        Les médiocres mégalos narcissiques sont légion dans la haute fonction publique. C’est ça qui nous dirige parce que c’est ça qu’il faut avoir comme qualité pour arriver au sommet.

    • je ne sais plus qui a dit sur ce sujet : on a tout essayé, SAUF la liberté

      • et réduire le périmètre de la f(p)onction publique jusqu’à une peau de chagrin ?

        • C’est un peu la même chose en fait… Mais au final leur rigueur sur la dépense ils l’auront: Quand il n’y aura plus rien à prendre et que nous serons les esclaves d’une puissance étrangère. Quand un esclavagiste est sur la paille, il vend ses esclaves. les français seront vendus par les élites à la Chine .

  • Réduire les dépenses publiques…. Comment est ce possible avec l’emploi à vie des fonctionnaires ?
    Ce n’est vraiment pas l’urgence. ^^
    D’ailleurs la seule urgence du gvt actuel est de faire trainer la situation le plus longtemps possible. Et cela va traîner puisque la vaccination ne fera jamais disparaître les morts ni le virus.

  • Evaluer l’action publique ? Facile :
    1- création d’une commission indépendante, avec la nomination d’un éminent spécialiste/copain à sa tête, des locaux flambants neufs, du personnel à foison et un budget conséquent ;
    2- mise en place d’une convention citoyenne, composée d’anonymes tirés au sort dans la liste des adhérents LREM et cornaqués par des amis sûrs ;
    3- enterrement du tout par un « Lille » de la fonction publique.

    Je n’ai pas réussi à caser le coup du numéro vert, si une bonne âme veut bien m’aider …

    Sinon, pour la vie réelle, consultez https://www.transformation.gouv.fr/

  • il y a rien a attendre du gouvernement

  • Article tout à fait pertinent, mais encore un vœu pieux. Plus le temps passe, plus je me dis que la méthode de gouvernance c’est :
    « Jusqu’ici tout va bien » bien que le sol se rapproche.
    Il est fait exactement l’inverse de ce que le bon sens indique. Si les solutions étatistes ne marchent pas, bah c’est que l’on n’a pas assez essayé…

  • Pas assez essayé ou mal essayé?Il y a presque 30 ans Mitterrand disait déjà « on a tout essayé contre le chômage »,on a surtout essayé tout ce qui ne marche pas comme dans les autres domaines.

  • La dette achète surtout la paix sociale.

    Une coquille : Taleb, pas Taieb.

    • A propos de Taleb, je n’aime pas du tout la traduction française de « Skin in the game ». Cette expression américaine fort connue signifie plutôt « avoir mis des billes dans tel ou tel projet » ou « risquer, non pas sa peau, mais son job, sa fortune ou autre chose à laquelle on tient particulièrement ».

  • « On peut remarquer que l’énarque est un produit qui ne s’exporte pas. Il n’a pas une grande valeur marchande. »

    • Si on achetait un énarque à sa valeur réelle et le revendait à la valeur qu’il estime avoir, on pourrait se faire un sac de pognon…

      On peut toujours rêver ?

      • D’autant plus que sa valeur réelle est extrêmement négative, vu les dégâts montrueux engendrés par ces IYI.

      • Je la connaissais dans la version colportée par les Belges à propos des Français : « Comment gagner de l’argent avec un Français? Tu l’achètes au prix qu’il vaut et tu le revends au prix auquel il s’estime ».

  • « L’Etat moderne est inefficace et nuisible. Puisqu’il est inefficace on pourrait se passer de lui ; puisqu’il est nuisible on devrait le faire » – Murray N. Rothbard – Man, Economy, and State- Princeton – 1962

  • La covid est l’allié inespéré des collectivistes qui ont le pouvoir en France.
    En mettant à bas l’économie de marché et en empêchant les initiatives de tout ce qui ne vient pas du pouvoir central, ils se créent un boulevard pour nationaliser à tour de bras et mettre au pas leurs concitoyens.
    L’URSS est morte, pas sa petite soeur!

  • « Nous n’avons point d’Etat. Nous avons des administrations. Ce que nous appelons la raison d’Etat, c’est la raison des bureaux. On nous dit qu’elle est auguste. En fait, elle permet à l’administration de cacher ses fautes et de les aggraver. » – Anatole France – L’Anneau d’améthyste – 1899

  • Dans le domaine économique, notre administration est la fille du gouvernement de Vichy. (…)
    La rage du contrôle était née de la pénurie des années 1940-1944. S’y ajoutait, à l’époque, la méfiance maurrassienne contre l’économie libérale.
    Or, parallèlement, la Résistance sous sa forme administrative et politique se pénétrait de la même méfiance en partant d’une idéologie différente mais de réactions analogues.
    Depuis la fin de la guerre, des générations de fonctionnaires ont été formées dans l’esprit que l’intérêt général se confond non pas seulement avec la primauté de l’Etat mais avec l’interventionnisme étatique et la défiance à l’égard de l’entreprise privée.

    Georges Pompidou, Le nœud gordien, 1974

    • qu’a-t-il fait comme président pour supprimer l’ENA, casser les grands monopoles étatiques, introduire de la concurrence partout où c’est possible, privatiser la sécu…

  • non, ce que les administrations et les politiques détestent : reconnaître qu’ils se sont trompés et changer de mode d’action.

    quant au vaccin à ARNm, beaucoup trop d’incertitudes pour un virus qui n’est pas la variole et pour lequel il existe déjà des traitements qui ont fait leur preuve et qui sont connus depuis des décennies.

  • « évaluer l’efficacité des dispositifs qu’elles ont imposés à tous »
    Moi je veux bien ! Mais pour ça, il faudrait embaucher plus de fonctionnaires !
    ?

  • Réévaluer le dispositif? Avec les mêmes sinistres guignols qui nous ont mis dans la merde?
    Parcequ’honnêtement, je ne vois pas les bonnes personnes faire ces audits. Il y aura des comités théodules qui reconnaîtront du bout des lèvres qu’on aurait pu fair mieux et le rapport finira à caler un pied de table.

  • Ce constat est malheureusement exact et rien dans les annonces gouvernementales ne permet d’espérer une amélioration de l’efficacité de notre administration puisqu’elles remerciées chaleureusement par notre premier ministre à chacune de ses interventions.
    Pour l’instant rien ne permet de dire la vaccination vaincra le virus, il suffit de constater l’aggravation sanitaire dans les pays qui vaccinent le plus.
    Si cette vaccination est un échec, nous devrons exiger du gouvernement qu’il nous rende notre liberté et la responsabilité de notre propre santé.

  • Les électeurs ont élu un Président qui a été incapable de s’entourer de compétences. Le pays est détruit pas ses politiques qui vivent toute leur vie confortablement sur nos impôts sans réussir à résoudre les problèmes. Ils ne savent que diviser toujours plus pour profiter toujours plus. Le pays est détruit pas cette bureaucratie qui nous écrase toujours plus.

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