Le confinement et la balance bénéfice-risque

Scales BY John Reynolds (CC BY-NC-ND 2.0) — John Reynolds, CC-BY

En médecine, une proposition thérapeutique doit être évaluée en fonction de la balance bénéfice-risque. Que dire du confinement ?

Par Denis Dupuy.

En médecine, une proposition thérapeutique doit être évaluée en fonction de la balance bénéfice-risque. Sur les plateaux divers, des confrères au parcours enviable ou, à l’occasion, au cheminement plus exotique, se répandent, prétendant tout maîtriser, quand leurs vérités éternelles ont une demi-vie parfois inférieure à celle des émissions de télé. Ils ternissent notre image en se faisant juges ou policiers, le plus souvent sur des modes affreusement autoritaires.

Ailleurs, des experts de tout acabit se confrontent à des « amateurs » parfois hautement inspirés. Dès lors, je vous propose de remiser les titres au placard et de m’aider à déposer les items :

En faveur du confinement :

Les hôpitaux sont épargnés, leurs moyens préservés et leurs couloirs désertés, çà et là selon les régions de France. Mais ces structures ne sont-elles pas financées par le contribuable dans le but de l’assister ?

En défaveur :

  • Le virus se moque du confinement, sa circulation se poursuit : un simple benchmarking européen le confirme
  • L’économie est durablement impactée
  • Les patients évitent les centres de soins : des cancers sont négligés, des infarctus ou AVC traités tardivement. La fréquentation des urgences diminue (-20 % à Toulouse). La surmortalité induite viendra s’ajouter aux décès covid.
  • Les conséquences psychiatriques sont criantes : suicides, toxicomanie, pathologies chroniques déstabilisés, soins de support inaccessibles…
  • Les patients infectés contaminent plus aisément leurs proches dans des espaces clos
  • On observe un découragement de forces vives dont les acteurs s’installent, pour certains d’entre eux, dans le confort d’une vie entre parenthèses financée par l’État
  • L’erreur consistant à penser que l’État protège le citoyen est véhiculée jusque chez les plus jeunes qui seront confrontés à bien des drames qu’ils feraient mieux d’apprendre à affronter seuls
  • L’absence d’activité sportive nuit à la santé physique
  • L’absence d’activité culturelle nuit à la santé intellectuelle

Un des deux plateaux me semble légèrement déborder mais, une fois encore, peut-être m’aiderez-vous à mieux charger la balance.

Dans le système libéral auquel j’aspire, l’État fait confiance à ceux qui le nourrissent, établissant une relation équilibrée basée sur le droit. Ainsi, les malheureux restaurateurs…

L’État aurait pu dire : nous nous en remettons à vous pour appliquer les règles les plus adaptées afin que votre activité se poursuive sans exposer quiconque à des risques évitables. En cas d’abus, nous irons jusqu’à fermer au cas par cas les établissements réfractaires.

Les restaurateurs auraient appliqué les recommandations sans sourciller, habitués qu’ils sont à se soumettre, eux accablés de taxes et de réglementations comme tous les entrepreneurs de ce pays.

L’État français ne leur a pas accordé la moindre chance, décrétant unilatéralement qu’ils n’étaient pas dignes de confiance. Il a ruiné une corporation emblématique de notre pays, se fondant sur quelques pauvres études scientifiques dont les conclusions seront sans manquer remises en question.

De la même manière qu’il a initialement éloigné des établissements de santé privés, pourtant moins coûteux, des patients relevant de la réanimation. Les lits du privé et du public réunis permettaient parfaitement de faire face, sans confinement, dès lors que des professionnels de santé articulaient leur activité en évitant le parasitage administratif des ribambelles d’administrations, ARS en tête.

Et que dire de cette ignominie consistant à user de la peur ? Ainsi, en tant qu’urologue, je traite au quotidien des patients pour des calculs potentiellement mortels. Croyez-vous qu’à la manière de Véran et de son patient de 28 ans en réanimation (soit 1/10 000), j’agite le chiffon rouge de la mort afin de les mener vers quoi je souhaite ?

Cette crise a apporté la énième démonstration de la nuisance de nos administrations qui œuvrent, intentionnellement ou non, contre les intérêts des contribuables qui les financent grassement. Quant à la balance, je vous laisse peser…

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