Cliniques privées et ARS : une mésentente typiquement française

Balayer toute la poussière administrative, introduire un peu plus de liberté et faire une part plus belle au privé, voilà la clef du monde hospitalier de demain.

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Médecine (Crédits : Adrian Clark, licence CC-BY-ND 2.0)

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Cliniques privées et ARS : une mésentente typiquement française

Publié le 24 avril 2020
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Par Aymeric Belaud.
Un article de l’Iref-Europe

Le 22 mars, la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) lançait un appel : « Faites appel à nous ! ».

Les hôpitaux privés comptaient au début de la crise près de 4000 lits de réanimation, tandis que les hôpitaux publics en avaient 5018 avant la crise contre environ 8000 actuellement.

Les soignants des cliniques privées ont dénoncé le fait que leurs établissements ont été, dans un premier temps, sous-utilisés.

Le 23 mars la FHP déclarait dans un communiqué :

Dans plusieurs régions y compris parmi les plus touchées par le coronavirus, des lits de réanimation et de soins critiques libérés dans les cliniques restent vides ou sous-occupés. Les médecins et anesthésistes libéraux des établissements privés sont peu sollicités.

Si la coopération semblait correcte en Île-de-France, ce n’était pas réellement le cas dans les autres régions métropolitaines.

Courant mars, dans le Grand-Est, région la plus touchée, plusieurs patients atteints du Covid-19 ont été évacués vers Marseille, Bordeaux, voire en Allemagne et en Suisse, par TGV médicalisé et par hélicoptère. Alors que dans la région, 70 places de réanimation avaient été libérées mais non sollicitées dans les cliniques…

De même, Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF (premier syndicat de médecins libéraux, généralistes et spécialistes) s’indignait le 26 mars de la situation perpignanaise. L’hôpital public était surchargé alors que la clinique privée de la ville avait, selon les dires du médecin catalan, un étage vide, neuf respirateurs et 40 lits inutilisés. En outre, plutôt que de lui confier des patients, l’hôpital lui demandait des respirateurs… ! La clinique a même dû inciter certains soignants à prendre des jours de congés.

Une absence de coordination entre établissements privés et publics qui laisse perplexe. Fort heureusement, le problème semble à l’heure actuelle résolu. Pour Marie-Sophie Desaulle, présidente de la FEHAP (Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne), il y a eu un certain retard à l’allumage mais les lits des hôpitaux privés commencent à recevoir des patients en nombre important.

Une situation actuelle plus coordonnée

La Fédération des hôpitaux privés a indiqué fin mars que « les différents acteurs travaillent désormais main dans la main après avoir su mettre en place une action coordonnée et efficace sous l’égide des Agences régionales de santé ».

Lamine Gharbi, président de la FHP, s’est réjoui de voir les établissements privés « pleinement mobilisés », et s’est félicité de la « complémentarité » avec le secteur public, notamment « sur les échanges de disponibilités et de matériel en fonction des situations locales ».

Les établissements privés étaient peut-être sous-utilisés en mars, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Selon la FHP, début avril, 500 cliniques de court séjour ainsi que 300 établissements privés de soins prolongés étaient désormais pleinement opérationnels. Son président révélait le 3 avril dans une tribune au journal Le Figaro que 1500 patients étaient hospitalisés dans des cliniques privées en Île-de-France. Le privé représentait 14 % des hospitalisations pour raison de coronavirus. Dans le même temps, environ 50 lits étaient libérés par établissement, afin de répondre à la demande des malades contaminés.

Alors que les hôpitaux privés se plaignaient de n’être pas assez sollicités, la Direction générale de la Santé indiquait cependant n’avoir pas eu écho de problèmes particuliers. Elle concédait bien une petite période de flottement au moment de la mise en place du dispositif, mais rien de plus.

Le manque de complémentarité entre public et privé était néanmoins indéniable. La raison ? Administrative.

Plan Blanc et ARS : le privé en dernier

Les ARS, agences régionales de santé, centralisent dans chaque région la demande et l’offre de soins, établissement par établissement. La cellule de crise mise en place dans les ARS, spécialement pour le Covid-19, a dû trouver des solutions alternatives. Et ces solutions suivent à la lettre le plan Blanc de gestion de crise sanitaire, qui donne la priorité au public quitte à délaisser le privé.

Ce plan établit une hiérarchie entre les hôpitaux. Les hôpitaux publics disposent d’un service d’urgences et d’un siège au Samu, ce qui leur donne un avantage sur les hôpitaux privés. Ils possèdent aussi des moyens plus importants. C’est pourquoi ils ont largement la priorité dans les procédures du plan Blanc.

Voilà pourquoi aussi le plan préconise de surcharger les hôpitaux publics avant d’orienter les malades vers les cliniques privées.

La sous-utilisation des cliniques, la mauvaise coordination entre public et privé, ont bien évidemment causé des dommages, contribuant à accroître la fatigue du personnel soignant et à amoindrir, peut-être, la qualité des soins. Le problème est en partie résolu, mais pas entièrement : le privé souffre toujours du manque de matériel de protection, masques, gants, surblouses. Le président demande aussi le dépistage de toutes les familles des soignants, particulièrement exposées elles aussi. Enfin, nous attendons toujours les tests de dépistage pour l’ensemble de la population.

Comparé à celui d’autres pays proches, notre système de santé ne brille guère par son efficacité. Il est évident qu’il doit être réformé. Balayer toute la poussière administrative, introduire un peu plus de liberté et faire une part plus belle au privé, voilà la clef du monde hospitalier de demain.

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  • Déjà en temps « normal » la facturation en unité de soins continus est disons…très inégale entre le privé et le public :
    – Privé : un peu plus de 280 euros/j (370 euros/j avec les honoraires des médecins anesthésistes-réanimateurs)
    – Public : entre 3.000 & 3.500 euros/j (honoraires des médecins compris)

    La réanimation est très majoritairement la « chasse gardée » du secteur public.
    Le prix de journée en réa atteint 8.000 euros/j.
    En 1985 c’était 10.000F/j soit 2.917 euros/j en « euro constant » de 2019.
    8.000€/j : Prix nettement excessif de nos jours car même si l’on utilise du matériel un peu plus coûteux (et beaucoup, beaucoup de jetable) on ne peut justifier d’un facteur > 100% d’augmentation tarifaire.

  •  » un certain retard à l’allumage… » typiquement Français ça …attendre pour ne pas se précipiter ….même quand ça urge…

    • Faut pas bousculer l’Administration et encore moins lui demander de changer de façon de faire !
      –> Faut l’éliminer !

  • Etait-on plus mal soigné quand les ARS n’existaient pas?
    Tout le monde connaît la réponse…

    • Pour le même budget , une clinique privée fait des bénéfices, un hôpital publique gaspille

      • c’est ire que çà la nuit a la clinique coute 2500 euros , 3800 a l’hopital

        • Depuis la tarification à l’activité, en dehors des séjours en SSR la rémunération pour un établissement de santé, public ou privé, pour toute l’activité chirurgicale est forfaitaire. A chaque intervention un code qui donne un montant forfaitaire de rémunération quelle que soit la durée d’hospitalisation (sauf complication).
          Il n’y a plus de prix de journée pour la chirurgie sauf en unité de soins continu ou on a une rémunération par jour (Cf post précédent).
          En revanche, même en tenant compte de la rémunération des médecins en sus (à part) dans le privé il existe un delta de 22% en plus (forfait majoré de 22% par rapport au privé) dans un établissement privé. Donc pour une même activité l’hôpital public reçoit 22% de plus.
          En SSR et en psychiatrie, et plus généralement en médecine (donc hors chirurgie) la rémunération de l’établissement de santé est restée à la journée.

    • Les ARS ont remplacé les DDASS ,le personnel est le même un changement de nom n’est pas gage d’efficacité,par contre de gaspillage ,changement de logos de pubs…..de logiciels …

      • Pas sûr de cela ..Il y avait la DDASS au niveau départemental et la DRASS au niveau régional..Pour avoir travaillé avec les médecins « inspecteurs » des deux ils étaient autrement plus dynamiques car moins chapeautés par des strates administratives qui ont démesurément enflées avec la loi HPST et les ARS

      • PCC
        « Les ARS ont remplacé les DDASS ,le personnel est le même »
        Vous avez déjà vu une administration changer de logo sans embaucher?

  • « Le problème est en partie résolu, mais pas entièrement :  »
    C’est le moins qu’on puisse dire!!
    Évidemment, si on compare au niveau quasi-nul de la sollicitation du privé d’il y a 2-3 semaines en Ile -de France (région que je connais un peu), il y a une amélioration mais très modérée. Bcp de cliniques privées restent quasi-vides de covid-19 et les qq cas qui y sont, viennent des famille ou de connaissance du personnel de la clinique.
    On a privé de chance des personnes atteintes du covid qui n’auraient sans doute pas été prioritaires pour bénéficier d’une place en réanimation car trop âgées ou avec une comorbidité trop importante qui les auraient faits récuser pour la réanimation. Cependant, ces personnes aurait pu bénéficier d’un lit en clinique avec surveillance, nursing et apport d’oxygène qui auraient pu déjà leur permettre de mieux supporter la maladie voir de les aider à en réchapper.

    Le système de santé français ne jure que par le publique, que ce soit l’hôpital ou les réseaux de santé. Le privé, le libéral, c’est mal. Et la santé privée, c’est encore plus mal: pensez donc, faire de l’argent avec la santé des autres, quelle horreur!!
    Avec ce type de mentalité, faire appel au privé est impensable. Ce serait reconnaitre l’imperfection, les limites voire l’échec du système publique. Donc, il est logique qu’ils aient préféré transférer coûteusement des patients à travers toute la France dans d’autres hôpitaux publiques plutôt que les mettre dans les structures privées juste à coté.
    Les hôpitaux publiques étaient prêts à récupérer les respirateurs du privé (gratuitement) mais pas à leur confier les malades…

  • Il serait intéressant de savoir ce qui fait office des ARS en Allemagne par exemple. A mon avis, chaque Länder gère son offre de soin selon les réalités du terrain et aucun ne reçoit d’ordre (à appliquer aveuglement) depuis Berlin.

  • Quand on veut le chaos on fait tout pour l’avoir, cette épidémie est moins grave que la grippe de Hong-Kong en 1968 /69 !

  • Pour les ARS je ne sais pas mais en Allemagne l’équivalent du conseil scientifique,du care …et de tous les autres comités créés à cette occasion composés de médecins ou scientifiques tous assimilables à la haute fonction publique,est le RKI ,Robert Koch Institut totalement indépendant et privé.

    • C’est toute l’administration et une bonne partie des français qui ont horreur du privé, et ne pensent que nationalisations. La France ne s’est jamais remise de l’idéologie du programme commun de 1981.

  • Que ce soit en matière de santé ou autre, il faut impérativement que les fonctionnaires et les juges puissent être reconnus responsables de leurs actes comme de leurs insuffisances et sanctionnés en conséquence.
    1789 avant d’être dévoyé avait institué la fin des privilèges et l’égalité devant la loi.

  • Le secteur public refuse systématiquement les ouvertures de service d’urgence des cliniques, alors faire appel a eux qu’ils considèrent comme ennemis…
    https://www.lequotidiendumedecin.fr/hopital/politique-hospitaliere/les-cliniques-fhp-reclament-lautorisation-douvrir-un-ou-deux-services-durgences-par-departement

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