Hôpitaux saturés et Covid : rien de nouveau

SOS Hopital Public by Jeanne Menjoulet(CC BY-ND 2.0) — Jeanne Menjoulet, CC-BY

Nous avons depuis longtemps des hôpitaux saturés en hiver, en particulier la réanimation, avec des personnes âgées.

Par Michel Negynas.

Une situation préoccupante

Dans un article particulièrement préoccupant, le président de l’AMUF (Association des médecins urgentistes), Patrick Pelloux, reproche aux autorités de ne pas avoir anticipé l’épidémie et pointe les failles du système de santé français.

« Comment se fait-il qu’une maladie parvienne à saturer les urgences des hôpitaux ?

Ce n’est pas lié à l’épidémie elle-même, qui n’est pas franchement plus virulente que les années précédentes.

La situation actuelle tient en réalité à un cumul de trois facteurs qui mettent en avant les difficultés du système hospitalier français […].

Mais surtout, c’est la troisième année consécutive… que les hôpitaux sont étranglés par des mesures budgétaires très contraignantes. Des lits sont fermés et les médecins doivent travailler en flux tendu, sans aucune marge de manœuvre.

Que pensez-vous de la solution consistant à différer certaines interventions chirurgicales programmées pour désengorger les urgences ?

Cela ne sert à rien de déstabiliser tout le système chirurgical avec un report des lits, d’autant plus que cet arrangement présente des risques en termes de contamination des patients non hospitalisés pour cette raison. La solution n’est pas là, le problème est plus profond…

Comment expliquer que cette situation n’ait pas été anticipée ?

Nous payons le prix d’années d’inertie. La direction générale de la santé et les groupes régionaux d’observation ont bien lancé une alerte la semaine dernière, prévoyant le pic d’intensité de l’épidémie.

Mais ce ne sont que des courbes regardées par des technocrates. Les décideurs sont dans une politique de contemplation, pas d’action. Jamais autant de gens n’ont regardé les médecins travailler sans rien faire ! »

C’est brûlant d’actualité… sauf que l’article est de 2012, et qu’il s’agit de la grippe. Internet possède une redoutable propriété : tout est mémorisé. Et c’est parfois d’une implacable cruauté.

Hôpitaux saturés en hiver, depuis longtemps

On est donc depuis longtemps avec des hôpitaux saturés en hiver, en particulier les réanimations pour personnes âgées (qui, comme le mentionne l’article, sont les problèmes liés à la grippe.)

Dans ces conditions, on ne voit pas comment on pourrait absorber une épidémie de plus que celle de la grippe, de la bronchiolite, des rhinovirus…

Et il semble bien que cette épidémie de coronavirus soit saisonnière. Elle a probablement débuté à bas bruit à l’automne dernier, comme beaucoup de médecins le réalisent en reprenant leurs dossiers d’infections respiratoires de cette période. Mais au lieu d’adapter les hôpitaux aux besoins, on veut modifier les besoins en fonction de l’état des hôpitaux…

C’est une nouvelle manière d’administrer qui devient générale : pour l’électricité aussi, on va cet hiver demander aux français de faire des efforts pour diminuer leur consommation, parce qu’on a arrêté des centrales.

Nos institutions désemparées

On ne peut pas contrôler un phénomène sans indicateurs pertinents. Or, quasiment aucun des chiffres et aucune des courbes qu’on nous présente ne sont réellement significatifs.

  • Le taux d’incidence et le taux de positivité sont entachés de la non connaissance de la composition des cohortes testées.
  • En outre, nous n’avons toujours pas eu d’éclaircissements sur les normes d’application du test PCR, laissant libre cours aux rumeurs : si une partie de nos tests ont 20 à 30 % de faux positifs, comme constaté par l’IHU de Marseille, que valent ces chiffres ?
  • Le calcul du chiffre R est lui aussi opaque. Du moins, s’il est public, il se cache bien. Ses variations semblent erratiques, entre 1 et 1,4. (Rappelons que le R0, c’est-à-dire sans immunité et sans gestes barrières est estimé à 3). Il ne reflète pas le degré de catastrophisme qu’on nous assène. Alors qui croire ?
  • L’évolution des patients en réanimation pourrait être un indicateur plus fiable ; mais elle a quinze jours de retard sur le phénomène. Alors on modélise à tour de bras. Mais là encore, avec une opacité totale. Comment modéliser sans indicateurs corrects ?
  • Enfin, le nombre de décès, encore plus décalé dans le temps, souffre de deux biais : la difficulté d’appréhender les décès hors EHPAD et hors hôpitaux, et la question de l’imputation en cas de co-morbidité.

Il est proprement ahurissant d’entendre le ministre en charge des opérations, lors de sa dernière conférence de presse, avouer qu’il ne comprend rien à la subite augmentation des cas de fin septembre, et qu’il ne sait pas où on se contamine vraiment, après 8 mois de crise ! Tout cela en condamnant quasiment des restaurants à la faillite !

Alors qu’il semble qu’on vient seulement de commencer l’étude qui devrait être conduite en permanence : le suivi PCR et sérologique permanent d’une cohorte représentative aux échelons régionaux pertinents.

Bénéfice et risque

Le critère d’adoption de telle ou telle stratégie, outre qu’il nécessite les bons indicateurs, doit être basé non pas sur l’émotion, mais sur une analyse bénéfice/risque. Dans cette période, il n’existe malheureusement pas de bon choix possible.

Ne pas confiner sature les hôpitaux, confiner provoque des dégâts sanitaires, économiques et sociaux collatéraux  considérables, que l’on doit traduire non pas en vies perdues, mais  aussi en nombre de jours de vie perdus, compte tenu des différences d’âge des populations touchées.

Où sont les calculs ?

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.