Où va donc la France avec son endettement indéfiniment croissant ?

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La France ne pourra pas cesser d’augmenter chaque année sa dette si elle ne réduit pas ses dépenses de vieillesse et de santé.

Par Claude Sicard.

La France a un endettement qui ne cesse de croître, et avec la crise du coronavirus les dépenses de l’État pour soutenir l’économie vont considérablement augmenter encore la dette extérieure du pays. En effet, en l’absence de réserves, l’État a dû s’endetter pour les financer.

Avec la pandémie qui a frappé la planète, l’année 2020 va être tout à fait exceptionnelle. Aussi, pour faire une analyse correcte de la situation économique du pays, nous nous en tiendrons aux chiffres de 2019, la dernière année normale.

Que nous apprennent-ils ? En 2019, la situation de la France était la suivante, en pourcentage du PIB  :

Prélèvements obligatoires

  • France : 48,4 %
  • Union européenne : 40,3 %

Dépenses publiques

  • France : 56,4 % dont dépenses sociales 36,1 %
  • Union européenne : 46,7 % dont dépenses sociales 28,2 %

Dette extérieure 

  • France  : 100,2
  • Union européenne 67,7

Ces chiffres montrent un excès de dépenses publiques s’élevant à 9,7 % du PIB, soit  235 milliards d’euros, et un excès de prélèvements obligatoires de 8,1 % du PIB, soit 196 milliards d’euros.

D’où la nécessité de recourir à l’endettement, d’autant qu’il faut chaque année faire face à des remboursements de dettes antérieures. En matière d’endettement, nous en étions à 100,2 % du PIB fin 2019, alors que la moyenne des pays de l’Union européenne se situait à 67,7 % seulement.

La dette publique du pays est donc particulièrement importante. Voyons comment elle a crû, depuis la période faste des Trente Glorieuses :

Dette en pourcentage du PIB

  • 1980 : 20,0 %
  • 1990 : 38,0 %
  • 2000 : 60,0 %
  • 2010 : 81,6 %
  • 2019 : 100,1 %

Fin 2020, il s’agira de 120 % du PIB. L’accroissement a donc été très régulier, passant d’un peu plus de 30 milliards d’euros par an pour la période 1980-1990, à 50 milliards au cours de la décennie suivante, pour en arriver ces dernières années à une moyenne de 85,5 milliards par an.

Fin 2019 nous étions ainsi parvenus à une dette par habitant s’élevant à 36 222 euros.

Sur Wikipédia, pour l’année 2017, on trouve les statistiques suivantes, en dollars et en parité de pouvoir d’achat.

Endettement public par habitant

  1. Japon : 102 503
  2. Italie : 49 060
  3. États-Unis : 46 645
  4. France : 41 040

Dans ce classement, l’Allemagne vient en septième position et la Suisse en dixième position, avec respectivement 33 349 dollars/habitant, et 26 367 dollars, des endettements très inférieurs au nôtre.

Notre excès de dépenses publiques (État et collectivités locales) par rapport à la moyenne des pays de l’Union européenne se chiffre à 235 milliards d’euros, et s’analyse de la façon suivante :

  • Excès de dépenses sociales : 191 milliards
  • Excès de dépenses publiques : 44 milliards

Ce sont essentiellement les dépenses sociales qui sont en cause. Elles sont les plus élevées de tous les pays de l’OCDE : 36,1 % du PIB, contre 20,1 % pour la moyenne OCDE ; 26,5 % en Grande- Bretagne et 29,8 % en Allemagne.

Économiser 80 milliards d’euros afin de ne plus augmenter la dette publique du pays chaque année, ce qui constitue un objectif minimum, ne peut se réaliser qu’en s’attaquant à nos dépenses sociales.

On pourrait par exemple diminuer l’excédent de dépenses publiques de dix milliards d’euros ; il resterait alors à réduire l’excès de dépenses sociales de 70 milliards, ce qui serait d’ailleurs loin de les ramener à leur niveau normal.

Cependant, 70 milliards d’économies à réaliser sur des dépenses sociales se montant actuellement à 873,6 milliards d’euros par an, n’est pratiquement pas possible pour les pouvoirs publics car il faudrait fortement rogner sur les dépenses de vieillesse et de santé.

Nos dépenses sociales se décomposent de la façon suivante

  • Vieillesse : 45,0 %
  • Santé : 35,8
  • Famille : 7,6 %
  • Emploi : 6,0 %
  • Logement : 2,6 %
  • Pauvreté : 3,0 %

On voit toute la place qu’occupent les postes vieillesse et santé, qui seraient les deux les plus affectés.

La conclusion de cette brève analyse s’impose d’elle-même : la France ne pourra pas cesser d’augmenter chaque année sa dette si elle ne réduit pas ses dépenses de vieillesse et de santé, des postes auxquels il parait électoralement impossible de toucher pour un quelconque gouvernement.

En conséquence, il est plus que probable que l’endettement du pays va continuer à croître inexorablement d’année en année.

Il reste aux économistes à nous dire si cela va pouvoir continuer ainsi indéfiniment, quelle est la limite possible ?

Certains tireront argument du fait que le Japon en est à un taux bien plus élevé que le nôtre, et ne manqueront pas de nous rassurer en nous faisant observer que le 2 juillet dernier notre pays a emprunté sur 10 ans à un taux négatif de -0,114 %.

Un certain nombre de pays se situent à des taux d’endettement supérieurs au nôtre, mais nous constatons que nous ne sommes pas en très bonne compagnie :

  • Portugal : 125,6 %
  • Italie : 131,4 %
  • Liban : 151,0 %
  • Grèce : 181,9 %
  • Japon : 236,4 %

Le cas du Japon est particulier car la dette est détenue par les Japonais eux-mêmes ; c’est un État qui dispose de sa propre banque centrale et sa monnaie. De plus, sa balance commerciale est généralement excédentaire. C’est un pays très fortement innovateur, par exemple le numéro un mondial dans le domaine de la robotique industrielle.

La France a le privilège d’appartenir à la zone euro, ce qui la met à l’abri de biens des difficultés au plan monétaire. Le fait que notre président ait pu obtenir que l’emprunt à contracter pour la relance économique suite à la crise du coronavirus soit lancé par l’Europe constitue un élément rassurant pour l’avenir proche.

Si tel n’était pas le cas, nous risquerions de nous acheminer sur la voie du Liban ou de l’ Argentine.

Il faudra bien un jour que la dette cesse d’augmenter. Si les dépenses ne sont pas réduites, cela ne pourra se faire qu’avec une économie redevenue extraordinairement prospère.

Malheureusement, avec la montée en puissance de la Chine dans le monde et la nécessité de tenir maintenant compte des dégâts causés inévitablement à la planète par les économies modernes, l’espoir que notre économie retrouve des taux de croissance élevés est extrêmement réduit.

Nous nous acheminons donc inéluctablement vers des temps où nos dépenses sociales devront être très sérieusement réduites. Cela devrait nous inciter à faire dès à présent une chasse systématique à tous les gaspillages en matière de dépenses de santé et de vieillesse, et à prendre conscience de nos limites en matière d’accueil de nouveaux arrivants en provenance des pays du Sud.

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