L’hôpital en France étouffe à cause de sa bureaucratie

Prétendre que l’on ne peut diminuer le nombre de fonctionnaires en arguant du besoin d’avoir des infirmières est malhonnête. Selon l’OCDE, 35,22% des emplois hospitaliers en France ne sont pas médicaux ou paramédicaux.

Par Jean-Baptiste Boone.
Un article de l’Iref-Europe

Moins de fonctionnaires ! 120 000, 500 000 ? Pour certains il y en aurait trop, pour d’autres ils sont essentiels et l’on en manque. Qu’en penser alors que les candidats à la présidentielle avancent leurs propositions ? On peut déjà noter que nous comptons 17% de fonctionnaires de plus que l’Allemagne mais sommes 9% moins nombreux. Il y a 93 fonctionnaires ou employés du secteur public en France pour 1000 habitants, la médiane européenne étant de 61. Les 6 171 000 fonctionnaires français représentent un peu moins de 22% de la population active française (en 2014 selon le ministère de la fonction publique).

En général, il faut distinguer une approche dite d’emploi à une autre dite de carrière. La première est tournée vers la mission, la fonction à réaliser, tandis que la seconde, statutaire, est conditionnée par l’obtention d’un concours qui ouvre à un corps de métier avec grille de salaire et grades de progression très normés. C’est en fait sur cet aspect que la France se montre différente puisque la plupart des pays voisins ont cantonné la seconde approche, souvent synonyme d’emploi à vie, aux fonctions régaliennes.

Ainsi de la Suède depuis les réformes des années 90, de l’Angleterre, de l’Allemagne, des Pays-Bas, de la Nouvelle-Zélande ou de la Suisse, qui utilisent des contrats privés ; la différenciation entre contrats de statut public et contrats privés y est faible, voire inexistante. La généralisation du statut de la fonction publique est un handicap, en France, pour qui voudrait faire évoluer le nombre de fonctionnaires. Qui plus est, le réformiste se voit souvent reprocher de vouloir diminuer la qualité du service public, le nombre d’infirmières ou de policiers, dans un contexte difficile. Qu’en est-il en réalité ?

Nous nous sommes penchés sur le domaine hospitalier et de la santé. Nous avons limité les comparaisons à l’Allemagne et à la Suisse dont les systèmes de santé sont d’un niveau comparable et sur lesquels l’IREF a réalisé une étude en 2013, toujours d’actualité.

La fonction publique hospitalière compte 1 161 087 personnes en France. Ne représentant que 21% du total des fonctionnaires, cela laisse des possibilités à ceux qui voudraient réduire la masse salariale dans la fonction publique sans toucher au système de santé. De surcroît, selon nous, le nombre d’employés publics peut aussi décroître sans attenter à la qualité du service. En Allemagne, une large privatisation des hôpitaux s’est opérée depuis les années 90, si bien que le pays compte certains des plus grands groupes hospitaliers privés (Asklepios, 45 000 employés, 3 mds € de CA ou Helios, 71 000 employés, 5,6 Mds € de CA). Le nombre d’emplois publics consacrés au secteur de la santé ne dépasse pas 5% de la totalité du secteur public allemand. À l’inverse, la France héberge le plus important groupe hospitalier public d’Europe (APHP, 100 000 employés pour 7 mds€ de CA).

En Suisse, une réforme a abrogé le statut de fonctionnaire après un référendum en 2002. Depuis, salariés publics et privés ont sensiblement les mêmes conditions d’embauche et de travail. Toutes les différences tendent à disparaître au fur et à mesure des nouvelles réformes. Cependant, il existe de nombreux hôpitaux publics, dont les cinq grands centres universitaires (l’HU de Genève le plus grand d’entre eux, emploie 10 800 personnes pour 1,8 Mds € de CA).

L’Allemagne compte 13,1 infirmières pour 1000 habitants contre 10 en France selon l’OCDE, et 17,6 en Suisse. Concernant les médecins, avantage aux Allemands et aux Suisses encore, 4,1 contre 3,3 en France. Mais le système leur coûte moins cher parce qu’ils ont moins de personnel administratif.

En effet, selon les chiffres de l’OCDE, 35,22% des emplois hospitaliers en France ne sont pas médicaux ou paramédicaux, contre 24,3% en Allemagne et 30,81% en Suisse. Se rapprocher du taux allemand équivaudrait à supprimer 127 000 postes dans la fonction publique hospitalière.

En conclusion

  1. Prétendre que l’on ne peut diminuer le nombre de fonctionnaires en arguant du besoin d’avoir des infirmières est malhonnête ;
  2. Même dans la fonction publique hospitalière, il est possible de diminuer le nombre de fonctionnaires.

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