Olivier Véran et le « Ségur de la santé » : même recette, plus d’argent !

Coronavirus cases by Marco Verch Professional (CC BY 2.0) — Marco Verch Professional, CC-BY

Olivier Véran avec son « Ségur de la Santé » propose des remèdes pour le système français à l’agonie.

Par Margot Arold.

Travailler plus pour gagner plus : on connaissait la chanson dans sa version sarkozyenne. La voici remise en musique par le ministre de la Santé, qui se fait fort de marquer de son empreinte personnelle le grand chambardement à l’Hôpital.

Le nouveau « plan » signé Olivier Véran

Il a prévu un « Ségur de la Santé », du nom de la rue de son ministère. Comme il y a eu un Grenelle de l’Environnement. On aurait aussi bien pu nommer ce plan le Plan Touraine ou le Plan Bertrand : il n’y sera question que de recettes déjà testées, déjà mauvaises, déjà bourratives, de celles où chacun ne fait qu’ajouter sa petite sauce personnelle sur un plat déjà maintes fois assaisonné.

Une petite nouveauté : la remise en cause des sacro-saintes 35 heures. Reste à voir si l’usine à gaz pour en sortir ne sera pas encore une fois pire que l’actuelle.

Comme Sarkozy, Olivier Véran veut « aller vite ». Comme ses prédécesseurs au ministère, il prévoit de « revaloriser », « mieux rémunérer ». Avec quel argent ?

Cette caresse habile dans le sens du poil des hospitaliers, toujours contents d’entendre du « plus de moyens », laisserait presque penser que c’est le manque d’argent qui est fautif dans cette catastrophique gestion de la crise sanitaire en France. C’est en partie vrai seulement.

Bien sûr, des finances saines, ainsi qu’aime à le rappeler Gérald Darmanin à propos du budget de la France, ça aide à la dépense pour acheter des masques à ses concitoyens.

La pénurie vient d’une mauvaise gestion, pas d’un manque d’argent

Mais la crise des masques n’est pas liée à un manque d’argent, comme aimeraient le faire croire les syndicalistes et les fustigeurs du « néolibéralisme » français. Elle est liée à l’imposante bureaucratie, lente, lourde, inepte. Les stocks de masques, il y en avait, il y en avait eu, mais le comptage et la gestion ont été un peu… aléatoires.

Les commandes de nouveaux masques, il y en a eu, enfin on le suppose, mais pas tout de suite, il fallait vérifier, faire des comptes d’apothicaire là où d’habitude on balance l’argent par les fenêtres.

Et puis il y a eu les réquisitions. Les masques ont disparu. Les pharmaciens interdits de vente. Les masques chirurgicaux pour le Grand Hôpital, mais du masque « grand public » pour la populace sommée de se confectionner sa protection personnelle, comme au bon vieux temps de la RDA .

Les solutions d’Olivier Véran

Olivier Véran voudrait sans doute effacer tout cela, et d’un coup de baguette magique qui fait sortir des euros et des soignants heureux (et qui votent « bien »), il propose de « sortir du dogme de la fermeture de lits ». Situation qui a été créée par ses prédecesseurs, du même bord politique que lui.

Et puis il y a cette « revalorisation des carrières ». Évidemment. Le vieux poncif dont on ne se dépare pas, en France, parce que chez ces gens-là, monsieur, on ne compte pas : on dépense.

Oui c’est une bonne idée de revaloriser les salaires via l’escalade laborieuse des échelons du personnel médical le plus mal traité d’Europe. Fallait-il donc attendre une crise sanitaire pour s’apercevoir que, tiens, oui, finalement, nous en avons bien besoin dans les moments cruciaux ? Pour se rendre compte qu’applaudir à 20 heures au balcon, ça ne nourrit pas son homme ? Qu’une médaille en chocolat, ça fait un peu radin ?

Mais encore une fois, il n’est question que de « carrières hospitalières », de « rémunération ». Où sont donc les améliorations pour les médecins de ville, les infirmiers, les horribles praticiens libéraux, qui eux non plus n’avaient pas de masques, qui eux aussi ont accompli un sacerdoce pendant cette crise, qui eux aussi, ont payé un lourd tribut ?

Alors, cet argent, où le trouver ?

La seule solution pour qu’un système de santé soit suffisamment bénéficiaire pour pouvoir affronter une crise sanitaire sereinement, c’est qu’il soit géré comme une entreprise. On ne peut pas balancer de l’argent, de la revalorisation à tout-va sans jamais se soucier d’où il vient ni où il finit par arriver.

Avoir créé un monstre administratif à l’Hôpital public, c’est ce qui absorbe la plus grande partie du budget attribué à l’Hôpital. On ne sortira pas de ce cercle vicieux tant qu’on continuera à considérer qu’il faut créer toujours plus de strates, et mettre toujours plus d’argent, sans se poser la question de créer aussi de la richesse.

La santé est un domaine comme un autre. Il n’y a qu’en France, et dans une moindre mesure, au Royaume-Uni, que l’on s’acharne à faire perdurer le mythe de la santé gratuite.

Le ministre reconnaît lui-même d’ailleurs « qu’il faudra « de l’argent nouveau ». C’est nécessaire, il n’y a pas d’argent magique, il faudra donc faire des choix », indique France 24 qui rapporte ses propos. En effet, l’arbitrage sera bien entre taxer les contribuables pour obtenir cet argent, ou réduire les dépenses de l’État.

Le système de santé s’assainira quand nous arriverons à nous sortir de ce dogme indéboulonnable d’une Sécurité sociale sans laquelle les gens mourraient sur le trottoir et seraient mal soignés.

Voyez d’ailleurs combien elle a été performante avec ses confortables recettes qui se chiffrent en centaines de milliards d’euros : pendant la crise du Covid, les soignants étaient équipés, en France, de sacs-poubelle en guise de blouses. En 2020.

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