Olivier Véran et le « Ségur de la santé » : même recette, plus d’argent !

Olivier Véran avec son « Ségur de la Santé » propose des remèdes pour le système français à l’agonie.

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Olivier Véran et le « Ségur de la santé » : même recette, plus d’argent !

Publié le 18 mai 2020
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Par Margot Arold.

Travailler plus pour gagner plus : on connaissait la chanson dans sa version sarkozyenne. La voici remise en musique par le ministre de la Santé, qui se fait fort de marquer de son empreinte personnelle le grand chambardement à l’Hôpital.

Le nouveau « plan » signé Olivier Véran

Il a prévu un « Ségur de la Santé », du nom de la rue de son ministère. Comme il y a eu un Grenelle de l’Environnement. On aurait aussi bien pu nommer ce plan le Plan Touraine ou le Plan Bertrand : il n’y sera question que de recettes déjà testées, déjà mauvaises, déjà bourratives, de celles où chacun ne fait qu’ajouter sa petite sauce personnelle sur un plat déjà maintes fois assaisonné.

Une petite nouveauté : la remise en cause des sacro-saintes 35 heures. Reste à voir si l’usine à gaz pour en sortir ne sera pas encore une fois pire que l’actuelle.

Comme Sarkozy, Olivier Véran veut « aller vite ». Comme ses prédécesseurs au ministère, il prévoit de « revaloriser », « mieux rémunérer ». Avec quel argent ?

Cette caresse habile dans le sens du poil des hospitaliers, toujours contents d’entendre du « plus de moyens », laisserait presque penser que c’est le manque d’argent qui est fautif dans cette catastrophique gestion de la crise sanitaire en France. C’est en partie vrai seulement.

Bien sûr, des finances saines, ainsi qu’aime à le rappeler Gérald Darmanin à propos du budget de la France, ça aide à la dépense pour acheter des masques à ses concitoyens.

La pénurie vient d’une mauvaise gestion, pas d’un manque d’argent

Mais la crise des masques n’est pas liée à un manque d’argent, comme aimeraient le faire croire les syndicalistes et les fustigeurs du « néolibéralisme » français. Elle est liée à l’imposante bureaucratie, lente, lourde, inepte. Les stocks de masques, il y en avait, il y en avait eu, mais le comptage et la gestion ont été un peu… aléatoires.

Les commandes de nouveaux masques, il y en a eu, enfin on le suppose, mais pas tout de suite, il fallait vérifier, faire des comptes d’apothicaire là où d’habitude on balance l’argent par les fenêtres.

Et puis il y a eu les réquisitions. Les masques ont disparu. Les pharmaciens interdits de vente. Les masques chirurgicaux pour le Grand Hôpital, mais du masque « grand public » pour la populace sommée de se confectionner sa protection personnelle, comme au bon vieux temps de la RDA .

Les solutions d’Olivier Véran

Olivier Véran voudrait sans doute effacer tout cela, et d’un coup de baguette magique qui fait sortir des euros et des soignants heureux (et qui votent « bien »), il propose de « sortir du dogme de la fermeture de lits ». Situation qui a été créée par ses prédecesseurs, du même bord politique que lui.

Et puis il y a cette « revalorisation des carrières ». Évidemment. Le vieux poncif dont on ne se dépare pas, en France, parce que chez ces gens-là, monsieur, on ne compte pas : on dépense.

Oui c’est une bonne idée de revaloriser les salaires via l’escalade laborieuse des échelons du personnel médical le plus mal traité d’Europe. Fallait-il donc attendre une crise sanitaire pour s’apercevoir que, tiens, oui, finalement, nous en avons bien besoin dans les moments cruciaux ? Pour se rendre compte qu’applaudir à 20 heures au balcon, ça ne nourrit pas son homme ? Qu’une médaille en chocolat, ça fait un peu radin ?

Mais encore une fois, il n’est question que de « carrières hospitalières », de « rémunération ». Où sont donc les améliorations pour les médecins de ville, les infirmiers, les horribles praticiens libéraux, qui eux non plus n’avaient pas de masques, qui eux aussi ont accompli un sacerdoce pendant cette crise, qui eux aussi, ont payé un lourd tribut ?

Alors, cet argent, où le trouver ?

La seule solution pour qu’un système de santé soit suffisamment bénéficiaire pour pouvoir affronter une crise sanitaire sereinement, c’est qu’il soit géré comme une entreprise. On ne peut pas balancer de l’argent, de la revalorisation à tout-va sans jamais se soucier d’où il vient ni où il finit par arriver.

Avoir créé un monstre administratif à l’Hôpital public, c’est ce qui absorbe la plus grande partie du budget attribué à l’Hôpital. On ne sortira pas de ce cercle vicieux tant qu’on continuera à considérer qu’il faut créer toujours plus de strates, et mettre toujours plus d’argent, sans se poser la question de créer aussi de la richesse.

La santé est un domaine comme un autre. Il n’y a qu’en France, et dans une moindre mesure, au Royaume-Uni, que l’on s’acharne à faire perdurer le mythe de la santé gratuite.

Le ministre reconnaît lui-même d’ailleurs « qu’il faudra « de l’argent nouveau ». C’est nécessaire, il n’y a pas d’argent magique, il faudra donc faire des choix », indique France 24 qui rapporte ses propos. En effet, l’arbitrage sera bien entre taxer les contribuables pour obtenir cet argent, ou réduire les dépenses de l’État.

Le système de santé s’assainira quand nous arriverons à nous sortir de ce dogme indéboulonnable d’une Sécurité sociale sans laquelle les gens mourraient sur le trottoir et seraient mal soignés.

Voyez d’ailleurs combien elle a été performante avec ses confortables recettes qui se chiffrent en centaines de milliards d’euros : pendant la crise du Covid, les soignants étaient équipés, en France, de sacs-poubelle en guise de blouses. En 2020.

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  • Libéralisons les hôpitaux! c’est l’unique solution a terme

  • Les politiques sont issus de la technocratie, ils ne savent pas manager une organisation, comme le montrent les gaspillages publics généralisés. A défaut de savoir gérer, ils « font des efforts » en jetant notre production nationale dans le tonneau des Danaïdes et en accroissant la dette à perpétuité…

  • Pourquoi tout ceux qui se plaignent des conditions de travail et du salaire dans le public y restent?
    Une revalorisation salariale doit s’accompagner d’une réforme du statut de la fonction publique,les infirmières allemandes sont mieux payées mais n’ont pas le statut d’agent public…
    Le beurre,l’argent du beurre et le sourire de la crémière.
    Les impôts,l’argent du privé et le sourire du contribuable!

  • Le problème de la santé n’est pas un problème de quantité d’argent car nous dépensons plus par habitant que l’Allemagne qui s’en sort mieux.
    Le problème est dans la technostructure qui consomme trop de ressources au détriment du service final délivré aux patients.

  • « parce que chez ces gens-là, monsieur, on ne compte pas : on dépense. »
    Il faut un audit, rendu public et discuté à la TV, de la Sécurité sociale et du secteur hospitalier car avec un budget de 11,3 % du PIB soit 260 Mrds € on doit pouvoir éliminer toutes les poches de pertes comme les strates administratives et le personnel qui va avec, dans une première approche une évaluation de 10 % pourrait être économisée et redéployer, soit quand même 26 Mrds. est-ce un travail trop lourd pour M. Véran médecin et politicien ? Qu’il gère déjà une entreprise privée qu’il pourra créer avec son propre argent et il pourra revenir nous montrer son plan Ségur (les énarques sont tous incroyables avec des noms et/ou des acronymes, ça ils savent faire)

    • Vous me faites doucement rire…Vos states et votre roi Trump avec son système de santé libéral est dans la même mélasse..Il faut juste un peu plus de lits pour désengorger les urgences …Des lits de réa dans certaines zones pouvant être tendues…Et un grand coup de balai dans le système administratif qui nous gère..Un de ces chers DG venu avec sa feuille de route est resté trois ans dans un hopital..Il a viré les DG adjoints et fait venir des amis pouvant lui obéir au doigt et à l’oeil…En 36 mois il a supprimé plus de 60 lits , construit une énorme usine à gaz et d’un coup vient d’annocer qu’il partait pour d’autres cieux..Cet hôpital est en ruine …Alors qu’il y a 40 ans c’était un bel outil à l’enveloppe globale où les projets d’établissement étaient discutés..Il aurait juste été nécessaire de rehausser le prix de journée et le budget était plus qu’équilibré..

      • Un article de Josh Withrow, que j’ai lu sur CP il y a quelques semaines, explique très bien pourquoi la médecine n’est absolument pas libre aux USA, que le système de santé américain est hyper-réglementé.

        Il y explique les lois sur le « certificat de besoin » , sur le « périmètre d’exercice » , que les pressions réglementaires anti-concurrentielles sur le système de santé sont profondes.
        Tout est réglementé au niveau fédéral, étatique et local, depuis les professionnels de santé jusqu’à la construction de nouveaux locaux.

      • Où avez vous lu le mot « states » dans le commentaire que vous commentez ? Faut lire avant d’écrire.

    • oui mais on ne peut pas les virer les strates elles ont un statut

  • c’est quand même curieux ce tropisme de l’excès : l’article partait bien et puis, bing, « le monstre administratif absorbe la plus grande partie du budget attribué à l’hôpital », assertion inepte qui évidemment est totalement fausse, et qui enlève toute crédibilité à l’auteur…

    • L’auteur ne développe pas ce point, je vous l’accorde. Mais ceci a été discuté et démontré dans de nombreux autres articles récents sur Contrepoints en comparant la structure des dépenses en France et dans les autres pays. Conclusion : 40% de plus de dépenses de structures comparé à l’Allemagne par exemple

  • + de moyens pour les hôpitaux , pour la SNCF, pour la police, pour les prisons, pour les pompiers, pour l’éducation, pour la recherche Etc Etc ….plus de moyens pour la fonction public c’est moins de moyens pour les autres 48,3 % des ressources vives du pays CA NE SUFFIT PAS ???

  • Conseil Scientifique, Haute Autorité de la Santé, Haut Conseil de la Santé publique, Agence nationale de la Sécurité des Médicaments, Académie de Médecine, Agence Régionale de la Santé… avec tous ces bidules, les soignants manquaient de l’essentiel : de respirateurs, de masques, se protégeaient en « blouse-sac-poubelle » et in fine rationnaient les produits pharmaceutiques ! Solution pour financer l’hôpital publique ? Virer tous ces comités « planques-à-copains » qui se sont révélés tant inefficaces qu’inutiles !!!

  • Bonjour,
    Je pense que votre analyse oubli certains points. est ce qu’on peut dire que les administratifs ne servent à rien? regardons les actions qu’ils portent et est ce que ces personnes sont utiles? est ce qu’une infirmière peut gérer les missions RH,travaux de son service,commande des équipements. si on se pose la question sur le régionale et le nationale. est ce qu’on a besoin d’harmoniser l’ensemble des procédures sur le territoire français? est ce qu’il faut harmoniser les contrats pour éviter de favoriser des entreprises? ou de payer trop chere des équipements? je ne sais pas si on peut dire qu’un hopital c’est une entreprise puisque si demain on liberalise l’ensemble des procédures est ce qu’on aura des inégalités territoriales sans cette harmonisation des procédures et des gens qui les suivent.

    • elsaD a écrit: « est ce qu’on peut dire que les administratifs ne servent à rien? »

      Non et personne ne le dit ici.
      Ce qu’on dit et ce que les chiffres confirment c’est que trop d’administratifs c’est autant d’argent en moins et de freins en plus pour ceux qui font le travail.
      Allemagne et France ont les budgets hospitalier les plus élevés d’Europe, la différence c’est que la France a 34% de personnels qui ne voient jamais un patient en plus et que le bilan est de 16’000 morts de plus.

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