2021, année décisive pour le libéralisme

Freedom by Guillermo Varela (Creative commons) (CC BY 2.0)

Il est vraiment temps de réagir aux caractéristiques anti-libérales de la politique française depuis des décennies. L’analyse de Pascal Salin.

Par Pascal Salin.

Il serait particulièrement important – mais malheureusement difficile – de considérer l’année 2021 comme une année de développement du libéralisme. Cela est important parce qu’il faut réagir aux difficultés économiques provoquées par la crise sanitaire et aussi parce que nous approchons de l’élection présidentielle de 2022.

Par ailleurs il serait vraiment temps de réagir aux caractéristiques anti-libérales de la politique française depuis des décennies. Il en résulte que la France a malheureusement un record mondial en ce qui concerne aussi bien la fiscalité que la règlementation et donc des conséquences néfastes pour l’activité économique, mais aussi pour la satisfaction des individus.

Néolibéralisme introuvable

Or, assez curieusement, on entend souvent dire que les problèmes économiques français sont dus au « néolibéralisme » résultant des politiques françaises. Il n’y a eu pourtant que des politiques libérales rares et limitées au cours des dernières décennies.

J’avais eu l’espoir d’un grand changement en 1986 lorsque d’assez nombreux véritables libéraux ont été nommés ministres. Certes il y a eu quelques politiques libérales, mais sans un vrai changement de la France. Cette situation n’a duré qu’entre 1986 et 1988, période durant laquelle François Mitterrand était président de la République et Jacques Chirac Premier ministre.

J’ai de nouveau eu cet espoir d’une France libérale en mai 1995 lorsque Jacques Chirac est devenu président de la République et qu’il a nommé Alain Madelin ministre de l’Économie.

Or j’avais auparavant préparé avec Alain Madelin une grande réforme de la fiscalité et j’étais persuadé que cette politique fiscale serait adoptée. Mais la politique libérale ne convenait pas à Jacques Chirac, homme politique peu libéral en réalité.

Lui et son Premier ministre, Alain Juppé, ont contraint Alain Madelin à démissionner au bout de trois mois. Ce qui apporte bien la preuve que malheureusement – et contrairement à ce que l’on croit souvent – la droite n’a rien à voir avec le libéralisme.

Comme on le sait en 2017 il y avait un candidat à l’élection présidentielle qui était un vrai libéral, à savoir François Fillon. Quant à Emmanuel Macron il était considéré comme libéral, peut-être simplement parce qu’il avait instauré un peu de concurrence dans le transport par bus alors qu’il était ministre des Finances du président socialiste François Hollande.

Or, le Figaro Magazine avait publié avant son élection à la présidence une interview qui m’avait été faite et qui s’intitulait « Non, Emmanuel Macron n’est pas libéral ». Et il est bien évident que la France n’est pas devenue plus libérale sous sa présidence, bien au contraire.

Il est d’ailleurs caractéristique qu’il ait proclamé récemment : « Nous vivions dans une société d’individus libres, alors que nous sommes une nation de citoyens solidaires », ce qui prouve d’ailleurs qu’il partage le mythe habituel selon lequel la France aurait été un pays d’hommes libres, ce qui n’est malheureusement absolument pas le cas.

Changer les mentalités

Qu’attendre alors de 2021 du point de vue du libéralisme ? Pour qu’il y ait un véritable changement en France il faudrait tout d’abord que la pensée dominante favorable à l’interventionnisme étatique soit remplacée par une pensée dominante libérale.

De ce point de vue tous les travaux intellectuels libéraux ont un rôle très important à jouer. C’est ainsi que je considère comme fondamentaux tous les travaux publiés par Contrepoints et je souhaiterais qu’ils soient connus (et adoptés) par tous les Français.

Malheureusement ce changement dans la pensée dominante est difficile à effectuer pour diverses raisons et en particulier parce que les Français sont depuis toujours éduqués par des écoles et des universités qui ne sont pas favorables à la pensée libérale.

La raison en est due en grande partie au fait que les établissements d’enseignement appartiennent pour la plupart à un monopole public. En dépit de ces difficultés il convient de garder de l’espoir et de faire tout ce qui est possible pour que les Français aient une meilleure connaissance du libéralisme et qu’ils deviennent convaincus de ses fondements éthiques et de ses conséquences pratiques très désirables.

La droite n’est pas libérale

Qu’attendre par ailleurs du point de vue politique ? Il est évident qu’on ne peut pas espérer l’adoption de politiques libérales par l’actuel gouvernement. Par ailleurs, il est difficile d’imaginer que les partis politiques existants puissent décider de nommer un politicien libéral comme candidat à l’élection présidentielle.

En effet, comme nous l’avons déjà souligné, les partis de droite ne sont malheureusement pas des défenseurs des politiques libérales ; et l’on peut même considérer que ce qu’on appelle à tort l’extrême droite est en fait proche de l’extrême gauche. Et bien entendu le parti d’Emmanuel Macron, LREM, ne proposera pas un candidat différent d’Emmanuel Macron.

En fait la distinction entre droite et gauche est ambiguë et ce qui serait souhaitable serait d’opposer non pas la droite et la gauche, mais un parti libéral et un parti anti-libéral (socialiste). Mais on ne peut malheureusement pas espérer qu’un vrai parti libéral apparaisse en 2021.

Ceci dit on peut tout de même s’inspirer de ce qu’a fait Emmanuel Macron avant son élection présidentielle. Il n’appartenait pas formellement à un parti politique spécifique et il a commencé sa candidature de manière indépendante mais en ayant tout de même créé en 2016 un mouvement qui lui soit lié.

Peut-on alors imaginer et espérer qu’apparaisse en 2021 un candidat libéral à l’élection présidentielle indépendamment des partis existants et susceptible de créer un parti libéral ? Cela n’est certes pas évident, mais un tel espoir est tout de même concevable et s’il devait se réaliser il conviendrait évidemment de soutenir profondément le candidat en question.

Un programme libéral pour l’avenir

De toute manière il n’est pas inutile d’élaborer un programme politique libéral pour la France actuelle et de le faire connaitre le mieux possible. Il conviendrait en particulier, bien évidemment, de définir des politiques consistant à diminuer considérablement la fiscalité et les dépenses publiques.

Toute baisse de fiscalité est souhaitable, mais sans entrer dans le détail on doit tout de même reconnaitre que certaines réformes sont prioritaires, comme par exemple la diminution ou même la suppression de la progressivité des impôts.

Il est par ailleurs évident qu’il conviendrait aussi de diminuer considérablement les règlementations. Mais, pas plus que pour la fiscalité, je n’indiquerai pas en détails dans le présent texte les réformes qu’il conviendrait de faire.

Cependant à titre d’exemple on peut citer la suppression du droit du travail pour permettre le développement de contrats correspondant aux besoins des salariés et des entrepreneurs (par exemple en ce qui concerne la durée du travail par semaine ou avant la retraite) et par ailleurs le développement de la concurrence dans l’assurance maladie ou dans les régimes de retraite.

Il est certain que des réformes fiscales et règlementaires allant dans la bonne direction ne seront pas adoptées au cours de l’année 2021. Mais pouvons-nous espérer que des politiciens ayant un rôle potentiel important adoptent dans leur programme des politiques de ce genre ? Il est évidemment difficile de le savoir.

 

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