La solution au problème des retraites, c’est la liberté de choisir

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La réforme des retraites relève de la manie égalitaire d’un État démiurge qui veut uniformiser et faire entrer tout le monde dans un même moule, alors que chacun est différent.

Par Patrick de Casanove.

La réforme des retraites relève de la manie égalitaire d’un État démiurge. C’est du socialisme pur jus. Le socialisme veut uniformiser et faire entrer tout le monde dans un même moule, alors que chacun est différent. Il veut décider pour les autres et surtout avec l’argent des autres.

Mais quand le service devient public, toutes les lois individuelles disparaissent pour se fondre, se généraliser dans une loi écrite, coercitive, la même pour tous, qui ne tient nul compte des situations particulières, et frappe d’inertie les plus nobles facultés de la nature humaine.
Frédéric Bastiat
Services privés, service public (1850)

Une stratégie souvent adoptée par les libéraux est de présenter leurs idées et de les défendre sur des critères objectifs, sur le terrain de la raison. Par exemple, de mettre en avant leur efficacité économique.

Il en est de même quand ils mettent en relief la nullité gestionnaire atavique de l’État, quand ils attaquent les mesures socialistes sur leur nocivité économique bien réelle, ou sur les gaspillages entraînés, bien réels eux aussi, ou sur leurs effets dans la vraie vie, complètements contraires aux objectifs déclarés.

Cette méthode est employée sur le terrain des retraites. La plupart des publications, libérales ou apparentées, se portent sur le terrain des gaspillages, de la dangerosité économique et des effets pervers de la réforme.

On peut citer l’excellent rapport publié par l’Institut Économique Molinari et Contrepoints : « Retraites françaises, sortir de l’impasse, préparer l’avenir » ou le très clair article de l’IREF : « Réforme des retraites : le risque c’est l’État ».

L’émotion plutôt que la raison

Tout ce qui y est écrit est absolument vrai. Mais ce n’est pas le problème des socialistes. Ils ne fondent leurs réformes ou la défense de leurs systèmes que sur des critères émotionnels : la justice sociale, l’égalité. Le reste n’a aucune importance pour eux.

Même un résultat final contraire à leurs objectifs affichés, c’est-à-dire injuste et inégalitaire, est sans valeur à leurs yeux. Ils sont dans les bons sentiments. La raison n’a pas sa place là-dedans.

« J’aime mieux avoir tort avec Sartre que raison avec Aron » traduit parfaitement leur état d’esprit. Elle fait partie de leur ADN. Grâce à quoi ils ne se démontent jamais.

Si le résultat est une catastrophe, pour clouer le bec à leurs contradicteurs, ils font porter le débat sur l’égalitarisme, la justice sociale,  » l’égalité des droits et la solidarité mais également la distribution équitable des richesses. » Pour appuyer leurs propos ils mettent en avant ceux qu’ils présentent comme les gagnants et caricaturent les réels perdants. Une politique socialiste étant clientéliste par essence, elle se reconnaît à ce qu’elle fait des gagnants et des perdants, ou plutôt des perdants immédiats et des perdants à long terme.

L’actuelle réforme des retraites se situe bien dans le registre de l’émotionnel. Pour s’en convaincre il faut lire le rapport « Pour un système universel de retraite. Préconisations de Jean-Paul Delevoye, Haut-Commissaire à la réforme des retraites Juillet 2019 ».

Il brille par ses  bonnes intentions, ses vœux pieux et ses promesses. On note pêle-mêle mis en exergue :

  • « Pour une retraite plus simple plus juste pour tous. »
  • « Le système universel repose sur une logique d’équité : à carrière identique, des droits identiques. » 
  • « C’est la confiance dans le pacte entre les générations, au fondement de notre système en répartition, qu’il faut rétablir. »
  • « Un système commun à tous les Français et garantissant un haut niveau de protection au moment de la retraite. Un système où un euro cotisé donne les mêmes droits. »

Il a été légèrement amendé par le gouvernement mais la réforme reste guidée par « l’universalité, de l’équité et de la responsabilité.  » On fera remarquer immédiatement que la seule responsabilité réelle est la responsabilité individuelle. Or celle-ci est impossible dans un système par répartition.

Cette réforme des retraites rappelle, sous Mitterrand, la loi Savary de 1984 qui a voulu créer « un grand service public, unifié et laïque de l’Éducation nationale». Ce projet de loi a jeté un million de personnes dans les rues le 24 juin 1984, contraignant Mitterrand à le retirer.

Une des leçons de cette histoire est que ce fut une victoire en trompe l’œil. Jack Lang, qui fut ministre de la Culture et de l’Éducation nationale en 1992, est parvenu au résultat voulu par la loi, ou presque, mais en finesse. Il a réussi à trouver un accord avec Max Cloupet, alors secrétaire général de l’enseignement catholique.

Ce qui motive les Français qui soutiennent la réforme c’est « la fin des régimes spéciaux ». C’est-à-dire ceux dont les prestations sont sans rapport avec les cotisations versées par les agents et qui sont largement subventionnées par le contribuable. Les pauvres malheureux risquent d’être très déçus.

Le gouvernement entretient sciemment la confusion entre régimes spéciaux  et  régimes autonomes.

Au prétexte d’en finir avec ces régimes spéciaux, tout ce qui fonctionne aujourd’hui sans déficit ni subventions sera dissous, à savoir toutes ces caisses autonomes, médecins, avocats etc., regroupées autour d’un Collectif SOS Retraites. Elles fonctionnent et surtout, elles ont un énorme trésor de guerre. Certes, Macron a dit qu’il ne touchera pas à ces réserves. Mais quels que soient les aménagements qu’il acceptera, quitte à rendre le système moins universel et moins équitable avec des catégories plus égales que d’autres, son Raminagrobis viendra. Comme chacun sait, les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent.

Les socialistes ne renoncent jamais. Il faut se souvenir qu’à la création de la Sécurité sociale, beaucoup de Français avaient déjà des assurances santé privées. Le gouvernement de l’époque avait nationalisé ces compagnies et fait main basse sur leur trésorerie. Trésorerie qui fut très vite épuisée.

La spoliation légale élevée au rang de solidarité et de justice

Les politiciens, les intellectuels et les médias mainstream parlent à propos des retraites par répartition de justice sociale et de solidarité intergénérationnelle.

Ces deux termes sont erronés. Il ne peut exister aucune justice, ni aucune solidarité, basées sur le vol. Il s’agit en vérité de spoliation légale transgénérationnelle.

L’honneur de tout individu est d’organiser lui-même selon ses possibilités sa prévoyance santé, retraite, dépendance, pour éviter de faire reposer ces charges sur autrui, dont ses enfants et petits-enfants.

Par un raisonnement pervers les politiciens ont inversé les valeurs. Ils favorisent l’imprévoyance car pour eux, les générations suivantes sont faites pour supporter, au nom de la solidarité, le poids des générations précédentes. Il est possible que le régime par répartition se porte mieux en l’absence de chômage. C’est simplement parce que la base solvable de la spoliation transgénérationnelle est élargie. Cette sujetion des générations suivantes par les générations précédentes, cette confiscation par la contrainte légale d’une partie du fruit de leur travail, sans autre compensation que la promesse de pourvoir en faire autant sur les générations qui suivent, confine à l’esclavage moderne.

En premier lieu, nous constatons que toujours ou presque toujours le service public éteint, en droit ou en fait, le service privé de même nature. Quand l’État se charge d’un service, généralement il a soin de décréter que nul autre que lui ne le pourra rendre, surtout s’il a en vue de se faire du même coup un revenu. Témoins la poste, le tabac, les cartes à jouer, la poudre à canon, etc. Ne prit-il pas cette précaution, le résultat serait le même. Quelle industrie peut s’occuper de rendre au public un service que l’État rend pour rien ?  Frédéric Bastiat Services privés, service public (1850)

La solution passe par le libre choix

La véritable solution pour les retraites, comme pour les autres problèmes dans ce pays de France, s’appelle le libre choix. Il faut donc avoir soin de décréter, que tout autre que l’État, pourra aussi proposer une solution prévoyance retraite, à tout Français qui le désire. C’est-à-dire qu’il faut permettre aux Français d’organiser leur prévoyance et de se constituer une retraite par capitalisation.

Le libre choix doit être complet. La retraite par répartition doit être incluse dans les régimes offerts. Si l’on en croit l’attachement des Français à ce mode de fonctionnement, il ne devrait pas manquer de volontaires pour financer de leur plein gré les retraites de leurs compatriotes et croiser les doigts pour que leurs collègues, leurs confrères, leurs enfants et petits-enfants en fassent autant pour eux.

Cela parce que dans le système par répartition, l’argent collecté est immédiatement dépensé en totalité pour servir les pensions actuelles. Il n’y a ni réserve, ni épargne, ni trésorerie. Cela s’apparente à une pyramide de Ponzi. Il faut sans cesse de nouveaux entrants pour servir les prestations. Pour rendre les prestations assurances santé-retraite, les services privés épargnent. Le service public dépense tout et tout de suite, parfois même davantage qu’il n’encaisse, d’où les déficits.

Les caisses autonomes, parce qu’autonomes et en quelque sorte mutualistes, ont toutefois conservé des réflexes d’épargnants.

En résumé il faut mettre fin à l’injustice que constitue le vol légal, la spoliation légale pour reprendre les termes de Bastiat. Si le mode de fonctionnement de notre société n’est plus le vol tout change. L’autre n’est plus un adversaire à piller ou un concurrent pour la plus grosse part de spoliation. La société n’est plus divisée en clans hostiles voleurs/volés.

 

Et aussi concernant plus précisément les retraites :

  • Chacun doit disposer de la liberté de choix
    Et surtout les pauvres auxquels nos politiciens, aujourd’hui, n’accordent aucune confiance dans la gestion de leur propre vie. Être pauvre ne signifie pas ne pas choisir. Un filet de sécurité peut être mis en œuvre, sous la forme d’un chèque retraite, comme dans d’autres domaines (éducation, santé…)
    Merci de signer cette pétition
  • « Épargner (pour) les générations futures »
    Tel est le titre de la conférence que donnera Laurent Pahpy le 14 mars lors d’un déjeuner-débat organisé par le Cercle Frédéric Bastiat.
    Venez l’écouter.
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