L’éducation est un problème trop sérieux pour être laissé à l’État

Il est temps de retirer à l’État le monopole de l’éducation et d’introduire de la concurrence dans le système éducatif.

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L’éducation est un problème trop sérieux pour être laissé à l’État

Publié le 21 juin 2018
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Par Guillaume Moukala Same.

L’Éducation nationale fait partie de ces monopoles d’État considérés comme acquis et que personne n’a jamais imaginé remettre en question. Pourtant, comme disait Bastiat, c’est sûrement le pire des monopoles tant l’éducation a de répercussions sur la vie personnelle des individus et le développement de la société.

Les vertus de la concurrence

Le baccalauréat, dont les épreuves ont commencé lundi dernier, symbole de l’uniformisation de notre philosophie éducative, avait déjà fait l’actualité en février lors de l’annonce de sa réforme.

Nous pourrions disserter des heures sur cette réforme, chercher à savoir si elle est bonne ou mauvaise, mais je doute que nous tirions grand chose de cet échange, si ce n’est des points de vue différents. Nous passons à côté de l’essentiel du débat : ce n’est pas par la dissertation que nous pouvons tendre vers la vérité mais par l’expérience. Ces expériences, qui foisonnent dans un environnement de liberté et de concurrence, permettent de « provoquer, révéler et universaliser les bonnes méthodes, et de faire sombrer les mauvaises ».

Il est temps de retirer à l’État le monopole de l’éducation et d’introduire de la concurrence dans le système éducatif.

Malheureusement, la concurrence est l’objet de défiance car synonyme d’égoïsme, de cupidité et d’adversité, elle réveille en l’homme ce qu’il y a de plus sauvage et de plus laid, elle fait le terreau de la guerre et des conflits, elle fait avancer la civilisation à reculons. Alors, il ne faut surtout pas que l’éducation tombe entre ses griffes ! L’éducation, dirait Karl Polanyi, est aussi un sujet trop noble pour être soumis aux logiques du marché.

C’est justement parce que l’éducation est un problème trop sérieux qu’il ne faut pas laisser l’État s’en charger. On s’obstine à confier des tâches à un monopole inefficace qu’on appelle l’État alors que, lorsqu’on leur en laisse la liberté, les individus peuvent faire preuve de bien plus de créativité et d’intelligence. Les pourfendeurs de la concurrence  oublient souvent que sa fonction essentielle est de créer de la connaissance.

S’il existe une bonne politique d’enseignement, l’État a presque zéro chance de parvenir à la déterminer. Tout d’abord, ce serait très long car en étant l’unique producteur de connaissance à ce sujet il lui faut à lui tout seul parvenir à imaginer et essayer successivement toutes les politiques d’éducation possibles. Or, si ces différentes expériences pouvaient être réalisées simultanément, le processus serait bien plus rapide. De plus, il serait absurde de penser que l’État à lui seul peut réunir autant de connaissances que tous les individus qui composent la société.  Secondement, l’État ne se remet pas assez en question car il ne subit pas les pressions des consommateurs d’éducation (les parents) qui pourraient le menacer d’inscrire leurs enfants dans une autre école.

Notre jeunesse ne sera donc pas sauvée par la bienveillance de l’État, mais condamnée par son ignorance et son orgueil.

Pourtant, des voix s’élèvent pour mettre en avant des solutions innovantes et originales appuyées sur une solide réflexion. Des intellectuels comme le Docteur Laurent Alexandre, la linguiste Céline Alvarez, ou l’influenceur Idriss Aberkane par exemple, se sont interrogés sur ces questions qui les passionnent.

Toutefois, on ne parle pas de mettre les experts au pouvoir, ce serait reproduire l’erreur identifiée plus haut, mais plutôt de laisser, comme le supposait Hayek, à chacun la liberté  « d’utiliser les informations dont il dispose ou son environnement pour poursuivre ses propres desseins »  car c’est «  le seul système qui permette d’assurer la mobilisation la plus optimale possible de l’ensemble des connaissances dispersées dans le corps social ».

Pour une ouverture progressive à la concurrence du système éducatif

Dans le débat public, la confusion entre écoles libres et écoles privées condamne bien souvent l’ouverture de l’Éducation nationale à la concurrence à rester inaudible à la plupart de l’opinion. Pourtant, nous pourrions réfléchir à accorder radicalement plus d’autonomie sans toucher au principe de gratuité de l’éducation.

Il est légitime de s’interroger sur l’éventuel danger que pourrait représenter une telle liberté accordée aux institutions chargées de l’éducation de notre jeunesse. Après tout, la liberté n’est-elle pas autant le pouvoir pour faire le bien que pour faire le mal ?

Heureusement, nous pouvons déjà tirer des enseignements des expériences internationales. Des réformes de libéralisation du système scolaire ont été mises en oeuvres dans plusieurs pays occidentaux comme en Suède en 1992 sur le modèle du « chèque éducation » conseillé par Milton Friedman dans son livre Capitalisme et Liberté, ou encore les charter-schools depuis les années 1990 aux États-Unis et les free schools britanniques depuis 2010. Les résultats semblent s’accorder sur un point : si on constate que les écoles libres sont généralement plus performantes que les écoles gérées par l’État, ce système permet aussi, sous l’effet de la pression concurrentielle, d’améliorer l’efficacité de ces dernières.

Plus intéressant encore, contrairement à l’intuition générale, les écoles libres constituent le meilleur remède contre les inégalités sociales car ce sont dans les milieux défavorisés que les gains sont les plus considérables. À Washington, les jeunes Noirs ou Latinos constituent 91 % des recrues des charter-schools mais possèdent des taux de réussite en lecture et en mathématiques deux fois supérieurs à ceux des écoles publiques. Au Royaume-Uni, la Westminster Academy est l’emblème de cette réussite sociale :  accueillant en grande majorité des élèves issus de l’immigration (90 %), le taux de bons résultats au GSCE est passé de 46 % en 2011 à 69 % trois ans plus tard.  (voir également Gaspard Koenig, Les Aventuriers de la Liberté, « Toby Young, Pionnier des free schools », éd. Plon, 2016.].

Un des voeux de notre président n’était-il pas justement que l’on se demande ce que nous pouvions faire pour la France au lieu de s’en remettre trop facilement et systématiquement à l’action étatique ? Alors laissez-faire la France Monsieur Macron ! Mettons fin à ce tabou et pour le bon développement de notre jeunesse, reconnaissons les bienfaits de la concurrence. Les consommateurs d’éducation seraient les juges ultimes de la politique menée et la diversité des individus serait bien mieux représentée que dans un système où la majorité opprime la minorité.

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  • En matière d’enseignement, il faut savoir « écouter » mais les pouvoirs publics -expression d’une collectivité, d’un avenir, d’une solidarité… – me semblent les mieux placés pour le choix des contenus et des méthodes.
    Laisser aux parents le choix de l’école – donc des contenus et des méthodes – serait une erreur pour plusieurs raisons :
    – ils ne disposent pas de critères de choix pertinents,
    – les enfants seront soumis aux différents choix des parents et malheureusement pour une partie d’entre eux à de mauvais choix ; le châtiment corporel par exemple, les devoirs jusqu’à 22h le soir, le bannissement ou la suprématie de telle ou telle discipline , la multiplication des contrôles (flicage) ou au contraire leur suppression , etc… etc…

    • Les parents ne disposeraient pas des critères de choix pertinents, mais vous, vous auriez la science infuse ?

    • Mes enfants aujourd’hui parents eux même n’ont jamais chômé une heure, et gagnent bien leur vie dans l’artisanat.
      Ma règle ? n’ avoir jamais écouté les conseils d’orientation des fonctionnaires de l’E.N., quitte à passer pour un père indigne (comprendre crétin fini) à leurs yeux.

       » Si tu en arrives à une vie misérable et ennuyeuse parce que tu as écouté ta maman, ton papa, ton professeur, ton curé et je ne sais pas quel mec à la télévision qui t’a expliqué comment mener ta barque, c’est que tu le mérites.  »
      Frank Zappa

    • « Les enfants seront soumis aux différents choix des parents et malheureusement pour une partie d’entre eux à de mauvais choix ».

      Un étatiste, c’est quelqu’un qui vous explique que comme il existe toujours une minorité de crétins quelque part, il est obligatoire de traiter la majorité en crétins. J’ajoute aussi que curieusement, l’étatiste ne fait jamais partie de cette minorité de crétins, ce que je conteste formellement.

    • J’ajoute aussi que je suis pour le châtiment corporel, et que loi ou pas, mon foyer n’est pas une démocratie: elle est donc imperméable à tous les conseils éducatifs en provenance de ceux qui savent toujours mieux que moi ce qui est bon pour moi et ma progéniture.

    • « les pouvoirs publics -expression d’une collectivité »

      Par quel miracle ? Que le Parlement soit l’expression de la volonté générale et le dépositaire de l’intérêt non moins général est déjà une escroquerie intellectuelle, alors les pouvoirs publics …

  • L’enseignement par l’expérience a clairement semble-t-il démontré son incontinence… l’auteur devrait se renseigner avant de proposer des « bonnes » solutions qui semblent relever du bon sens.
    C’est pour moi un argument de plus en faveur de la libéralisation du secteur, il faut laisser chacun se planter si cela lui chante, la mise en concurrence seule permettra d’éliminer ou de reléguer les pédagogies modernes dont on nous abreuve…

    • @ Propone
      Non. Le libéralisme, ce n’est pas permettre tout et n’importe quoi à n’importe quelle école.

      Il n’est bien sûr pas indispensable que l’état s’occupe de tout, mais la constitution et la loi ont rendu l’enseignement obligatoire: ils doivent au moins faire le nécessaire pour que ce soit possible et accessible.
      Que l’école soit privée ou publique importe peu! Une fois de plus, regardez au-dessus de vos frontières, ce qui s’y passe! Cela vous donnera des idées! Le monopole d’état a échoué! Autant en tenir compte sans étatiser plus encore!

  • article à mettre en parallèle avec ceux d’un autre professeur de son état qui raisonne dans le cadre de l’ed nat..

  • Ça fait longtemps que l’éducation n’est pas seulement laissée à l’État : cours privés (3eme marché mondial), intervenants d’associations ou de société, …

    Les écoles libres pourquoi pas, mais il faut voir ce que cela donne sur les programmes enseignés. Aux USA c’est sûr que les résultats en maths et écritures sont corrects, mais qu’en est il des programmes d’HG, de sciences etc ?

    Pour croiser quotidiennement des étudiants nord-américains, le niveau de compréhension du monde qui les entoure est bien plus faible qu’en Europe ou en France.

    Sinon on peut faire plus confiance aux enseignants, ce ne sont pas les propositions qui manquent. Juste deux exemple de qualité :
    http://www.secretsdeprofs.fr – pour renouer le lien entre les parents et l’école
    http://www.lelivrescolaire.fr – pour changer avec les manuels scolaires.

  • En Belgique coexiste plusieurs réseaux d’enseignement. Les écoles communales, les écoles de l’État, l’enseignement catholique, l’enseignement libre de type Montessori, Freinet, et bien d’autres. Tous ces réseaux coexistent pacifiquement. Les parents sont libres de placer leurs enfants dans le réseaux de leur choix conformément à leur philosophie ou de leur sensibilité politique ou religieuse. Ils peuvent également changer de réseaux à leur convenance. A cela se rajoute, la liberté du régime linguistique, puisque l’enseignement légal se fait principalement en deux langues, le neerlandais ou le français (et localement l’allemand).

    Il n’y a aucune concurrence entre ces réseaux. Ils coexistent et permettent aux parents de trouver librement un enseignement conforme à leur sensibilité.

  • @Yvan Le système belge est intéressant, mais qu’en est-il côté coûts ? Car en France, vous pouvez inscrire vos enfants dans le privé si c’est la zone dans les collèges publics autour de vous, mais vous payez l’établissement privé (en plus du public que vous payez dans vos impôts).

    • @ RaphSud
      La plupart des écoles primaires et secondaires sont subsidiées, qu’elles soient de l’État, communales, catholiques, ou libres. Cela signifie que l’établissement et les enseignants sont payés par l’État. Reste à charges des parents quelques frais : les livres scolaires, les repas chauds, les voyages scolaires, les activités para-scolaires, sports, etc
      D’une école à l’autre cela peut fortement varier. Mais bien souvent, dans les écoles libres, ils tiennent compte des moyens financiers des parents. Si les parents ont des difficultés, l’école n’hésite pas à aider.

      Pour ma fille inscrite dans une école libre de type Decroly, dans les années 90, j’ai payé +- 3.000 FB / mois (+- 75 €). Aujourd’hui il faut compter 100 à 300 euro/mois.
      Les écoles communales et de l’État, sont beaucoup moins chères.
      Si l’on compare le coût de l’enseignement en Belgique et la British School Brussels, on peut considérer que notre enseignement est très bon marché.
      BBS Primaires : +- 30.000 euro /an !

      La qualité de l’enseignement varie d’un réseau à l’autre. Le plus médiocre est ce lui de l’État. On peut parler réellement d’écoles ‘poubelles’.
      Les collèges catholiques sont les plus exigeant à l’égard des étudiants. Lorsque l’on sort de ces collèges, on est certain de réussir sa première candidature les doigts dans le nez.
      La gratuité absolue n’existe plus dans les écoles en Belgique. Mais à côté de cela, n’oublions pas que les parents reçoivent des allocations familiales, et que payer une participation aux frais scolaires me semble plus important que tous les gadgets offerts aux enfants.

  • Merci Yvan J’aime bien votre système éducatif ! En France aussi, en tout cas selon mon expérience, les écoles catholiques sont les plus exigeantes tandis que dans le public dans l’ensemble c’est va-comme-je-te-pousse, les personnels ne sont pas formés pour faire face à la violence de plus en plus présente. Mes enfants sont dans le privé et comme vous, je préfère leur offrir cette éducation/préparation que je vois comme un cadeau inestimable pour l’avenir, quitte à réduire sur d’autres dépenses.

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