L’éducation est un problème trop sérieux pour être laissé à l’État

Il est temps de retirer à l’État le monopole de l’éducation et d’introduire de la concurrence dans le système éducatif.

Par Guillaume Moukala Same.

L’Éducation nationale fait partie de ces monopoles d’État considérés comme acquis et que personne n’a jamais imaginé remettre en question. Pourtant, comme disait Bastiat, c’est sûrement le pire des monopoles tant l’éducation a de répercussions sur la vie personnelle des individus et le développement de la société.

Les vertus de la concurrence

Le baccalauréat, dont les épreuves ont commencé lundi dernier, symbole de l’uniformisation de notre philosophie éducative, avait déjà fait l’actualité en février lors de l’annonce de sa réforme.

Nous pourrions disserter des heures sur cette réforme, chercher à savoir si elle est bonne ou mauvaise, mais je doute que nous tirions grand chose de cet échange, si ce n’est des points de vue différents. Nous passons à côté de l’essentiel du débat : ce n’est pas par la dissertation que nous pouvons tendre vers la vérité mais par l’expérience. Ces expériences, qui foisonnent dans un environnement de liberté et de concurrence, permettent de « provoquer, révéler et universaliser les bonnes méthodes, et de faire sombrer les mauvaises ».

Il est temps de retirer à l’État le monopole de l’éducation et d’introduire de la concurrence dans le système éducatif.

Malheureusement, la concurrence est l’objet de défiance car synonyme d’égoïsme, de cupidité et d’adversité, elle réveille en l’homme ce qu’il y a de plus sauvage et de plus laid, elle fait le terreau de la guerre et des conflits, elle fait avancer la civilisation à reculons. Alors, il ne faut surtout pas que l’éducation tombe entre ses griffes ! L’éducation, dirait Karl Polanyi, est aussi un sujet trop noble pour être soumis aux logiques du marché.

C’est justement parce que l’éducation est un problème trop sérieux qu’il ne faut pas laisser l’État s’en charger. On s’obstine à confier des tâches à un monopole inefficace qu’on appelle l’État alors que, lorsqu’on leur en laisse la liberté, les individus peuvent faire preuve de bien plus de créativité et d’intelligence. Les pourfendeurs de la concurrence  oublient souvent que sa fonction essentielle est de créer de la connaissance.

S’il existe une bonne politique d’enseignement, l’État a presque zéro chance de parvenir à la déterminer. Tout d’abord, ce serait très long car en étant l’unique producteur de connaissance à ce sujet il lui faut à lui tout seul parvenir à imaginer et essayer successivement toutes les politiques d’éducation possibles. Or, si ces différentes expériences pouvaient être réalisées simultanément, le processus serait bien plus rapide. De plus, il serait absurde de penser que l’État à lui seul peut réunir autant de connaissances que tous les individus qui composent la société.  Secondement, l’État ne se remet pas assez en question car il ne subit pas les pressions des consommateurs d’éducation (les parents) qui pourraient le menacer d’inscrire leurs enfants dans une autre école.

Notre jeunesse ne sera donc pas sauvée par la bienveillance de l’État, mais condamnée par son ignorance et son orgueil.

Pourtant, des voix s’élèvent pour mettre en avant des solutions innovantes et originales appuyées sur une solide réflexion. Des intellectuels comme le Docteur Laurent Alexandre, la linguiste Céline Alvarez, ou l’influenceur Idriss Aberkane par exemple, se sont interrogés sur ces questions qui les passionnent.

Toutefois, on ne parle pas de mettre les experts au pouvoir, ce serait reproduire l’erreur identifiée plus haut, mais plutôt de laisser, comme le supposait Hayek, à chacun la liberté  « d’utiliser les informations dont il dispose ou son environnement pour poursuivre ses propres desseins »  car c’est «  le seul système qui permette d’assurer la mobilisation la plus optimale possible de l’ensemble des connaissances dispersées dans le corps social ».

Pour une ouverture progressive à la concurrence du système éducatif

Dans le débat public, la confusion entre écoles libres et écoles privées condamne bien souvent l’ouverture de l’Éducation nationale à la concurrence à rester inaudible à la plupart de l’opinion. Pourtant, nous pourrions réfléchir à accorder radicalement plus d’autonomie sans toucher au principe de gratuité de l’éducation.

Il est légitime de s’interroger sur l’éventuel danger que pourrait représenter une telle liberté accordée aux institutions chargées de l’éducation de notre jeunesse. Après tout, la liberté n’est-elle pas autant le pouvoir pour faire le bien que pour faire le mal ?

Heureusement, nous pouvons déjà tirer des enseignements des expériences internationales. Des réformes de libéralisation du système scolaire ont été mises en oeuvres dans plusieurs pays occidentaux comme en Suède en 1992 sur le modèle du « chèque éducation » conseillé par Milton Friedman dans son livre Capitalisme et Liberté, ou encore les charter-schools depuis les années 1990 aux États-Unis et les free schools britanniques depuis 2010. Les résultats semblent s’accorder sur un point : si on constate que les écoles libres sont généralement plus performantes que les écoles gérées par l’État, ce système permet aussi, sous l’effet de la pression concurrentielle, d’améliorer l’efficacité de ces dernières1.

Plus intéressant encore, contrairement à l’intuition générale, les écoles libres constituent le meilleur remède contre les inégalités sociales car ce sont dans les milieux défavorisés que les gains sont les plus considérables . À Washington, les jeunes Noirs ou Latinos constituent 91% des recrues des charter-schools mais possèdent des taux de réussite en lecture et en mathématiques deux fois supérieurs à ceux des écoles publiques. Au Royaume-Uni, la Westminster Academy est l’emblème de cette réussite sociale :  accueillant en grande majorité des élèves issus de l’immigration (90%), le taux de bons résultats au GSCE est passé de 46% en 2011 à 69% trois ans plus tard2.

Un des voeux de notre président n’était-il pas justement que l’on se demande ce que nous pouvions faire pour la France au lieu de s’en remettre trop facilement et systématiquement à l’action étatique ? Alors laissez-faire la France Monsieur Macron ! Mettons fin à ce tabou et pour le bon développement de notre jeunesse, reconnaissons les bienfaits de la concurrence. Les consommateurs d’éducation seraient les juges ultimes de la politique menée et la diversité des individus serait bien mieux représentée que dans un système où la majorité opprime la minorité.