La politique d’Erdogan : l’autre menace qui pèse sur l’Europe

la Turquie va utiliser les migrants comme un moyen de pression sur l’Europe, et l’OTAN pour bénéficier de l’aide américaine. La difficile réponse des dirigeants européens, empêtrés dans les problèmes internes,  favorise Erdogan.

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Conferencia de Prensa - Presidente de Turquía Recep Tayyip Erdoğan By: G20 Argentina - CC BY 2.0

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La politique d’Erdogan : l’autre menace qui pèse sur l’Europe

Publié le 19 mars 2020
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Par Alexandre Massaux.

Si l’actualité se concentre sur le coronavirus, il existe une autre crise aux portes de l’Europe avec la Turquie d’Erdogan. Le gouvernement turc menace d’ouvrir les frontières vers l’Europe afin de laisser entrer entre 18 000 et 30 000 migrants si l’UE ne l’aidait pas en Syrie.

En effet, la Turquie affirme que l’UE doit permettre à Ankara de créer une « zone de sécurité » pour renvoyer les réfugiés et abriter les centaines de milliers de déplacés d’Idleb. Une situation qui pousse les présidents Erdogan et Macron, la chancelière Merkel et le Premier ministre Johnson à tenir une réunion par visioconférence le mardi 17 mars. Cet épisode politique s’inscrit néanmoins dans un contexte plus large qui est un enjeu pour une Europe déjà affaiblie par la crise sanitaire et économique.

Une volonté d’Erdogan d’affirmer son influence dans la région qui montre ses limites

Comme dans un certain nombre de pays ayant un passé d’empire, il existe une nostalgie de retrouver la grandeur passée. À cela s’ajoute une pensée géopolitique au sein du parti d’Erdogan qui a été propulsée par l’ancien ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu. Ce dernier connaît bien les théories des penseurs de la géopolitique comme celles de Samuel Huntington, auteur du Choc des civilisations.

La conception générale de la politique étrangère turque de ces dernières années est qu’avec l’avènement d’un monde multipolaire et le désengagement partiel américain, la Turquie va pouvoir combler un vide géopolitique sur le pourtour méditerranéen oriental. Initialement, cette approche utilisait le soft power et l’influence sur le monde musulman, mais aussi une présence accrue au sein des organisations internationales comme l’OTAN, ou le G20.

Néanmoins, les printemps arabes vont  amener une action plus militaire. Ainsi, la situation de plus en plus chaotique au Proche et Moyen-Orient engendre pour Ankara, à la fois des risques pour la stabilité du pays avec la question kurde mais aussi des opportunités de retrouver sa puissance.

Le gouvernement d’Erdogan va ainsi profiter du chaos et de l’affaiblissement de l’Occident au Moyen-Orient pour chercher à s’imposer comme une puissance sur laquelle il faut compter. L’activisme de la Turquie en Syrie puis en Libye sont désormais des exemples de son action dans les régions chaotiques.

Toutefois, une trop grande agressivité a entraîné l’isolement d’Ankara sur la scène internationale et ce y compris au sein du monde musulman. Le cas Libyen le montre : la Turquie soutient, avec le Qatar, le gouvernement de Tripoli de Fayez al-Sarraj mais doit faire face à l’opposition de la Russie, des Émirats arabes unis, de l’Arabie saoudite et de l’Égypte qui soutiennent le maréchal Haftar. De même les revers militaires récents en Syrie face aux troupes du régime Syrien démontrent les limites de l’action étrangère de la Turquie.

L’autoritarisme turc que l’Europe n’arrive pas à gérer

Le tournant de plus en plus autoritaire du président turc est l’une des principales sources des problèmes entre les Européens et la Turquie. Le soutien du gouvernement Erdogan à la rébellion en Syrie s’est avéré un soutien à des forces djihadistes comme le Front al-Nosra désormais nommé Hayat Tahrir Al-Cham.

Cette organisation, qui est une branche d’Al-Qaida, a pour bastion Idlib et a, peu à peu, été mise sous contrôle par Ankara (cette dernière la poussant à renoncer à son allégeance envers Al-Qaida). Mais du fait du contrôle de la Syrie par la Russie, la Turquie va être obligée de prendre ses distances avec ces djihadistes et ainsi perdre une partie de son influence en Syrie.

Face à cette situation, la Turquie va utiliser les migrants comme un moyen de pression sur l’Europe, et l’OTAN pour bénéficier de l’aide américaine. La difficile réponse des dirigeants européens, empêtrés dans les problèmes internes,  favorise Erdogan dans ce rapport de force.

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  • Le probleme de la gestion de la Turquie, c’est l’allemagne qui conserve des alliances qui datent de plus d’un siecle d’une part, et de L’OTAN qui ne sait pas renoncer a l’inclusion de la Turquie dans l’alliance ..
    si l’europe cesse d’importer des produits élabores en Turquie Erdogan va devoir faire face a une récession économique dont il ne sortira pas..
    mais l’Europe , force est de constater que ça ne marche pas

  • Il semble bien que l’Europe n’arrive à gérer aucune crise. Avoir l’unanimité pour prendre certaines décisions la condamne à l’impuissance, ses idéologies aussi.
    On ne me fera pas croire qu’une zine économique qui reçoit 50% des exportations turques ne peut rien faire. Du moins en théorie.

  •  » arrivée de migrants  » …franchement , on n’a pas besoin de ça ; dans certains quartiers de notre beau pays , les sauvageons commencent à mettre la pagaille ; les pillages de magasins ont commencé et bien sur le gouvernement ne bronche pas ou peu ; s’il ne réagit fermement , il n’y a pas que contre le virus qu’il va falloir se battre ;

    • ce n’est que le début .. le confinement va assécher la clientèle des vendeurs de poisons.. plus de pognon pour les banlieues .. des milliards d’euros..les cages d’escaliers vont etre en dépôt de bilan
      vous allez voir le resultat

    • @véra
      Bonsoir,
      « arrivée de migrants »
      Vu qu’ils se permettent de mettre le feu aux grilles de la frontière, de caillasser les pompiers qui interviennent ; qu’ils tentent de défoncer ces mêmes grilles et les portails avec avec des béliers faits de pilliers de grilles, le terme « migrant » n’est plus aproprié : il s’agit d’envahisseurs, ce que les grecs ont bien compris. De plus, l’armée turque avec ses véhicules aide les clandestins à détruire la frontière.
      Sur aucune des photos, ou vidéos que j’ai vues, il n’est question de réfugiés ou de migrants. Les femmes et les enfants y sont rares et on y voit surtout des hommes en âge de combattre (ce qu’il font visiblement).
      Les grecs ont attrapé des turcs parmi ceux qui ont réussi à passer. Que fuient-ils ?

  • Erdogan est un apprenti Hitler qui se voit Grand Sultan du Nazislamisme pur et dur. La Turquie n’a plus rien a foutre dans l’OTAN, son éviction est une urgence, une priorité absolue pour un traitement militaire du problème. Cela dépasse malheureusement le QI des Trump des Merkel et des Macron.

    • On a vu historiquement ce que donne un traitement militaire de ce genre de problème. Ce n’est pas suffisant ! Sans défendre Erdogan, ce dernier profite opportunément d’une situation qu’il n’a pas créé, du moins au départ, comme un peu tout le monde dans la région. Pour ma part la solution la plus réaliste, au moins temporairement, doit intégrer Erdogan. Au peuple turque ensuite de le dégager si le juge.
      Lorsqu’on est engagé en seconde ligne comme l’Europe c’est facile de dire il faut faire ceci ou cela. Ben voyons !

      • Seul le menace crédible d’un traitement militaire peu faire évoluer Erdogan et la Turquie. De Gaulle sans l’Europe s’engager en première ligne. C’est une question de couilles. Et actuellement avec Macron le problème est particulièrement évident.

    • @Esprit critique
      Bonsoir,
      Vu ce qu’il a déjà dit concernant les musulmans en Europe qui doivent refuser l’assimilation et se multiplier, je suis d’accord avec vous quant à sa place dans l’OTAN, et de mettre un terme définitif aux discussions quant à l’entrée dans l’Europe de ce pays.

      • Actuellement, contré en Syrie par Assad et Poutine , il envoie de troupes en Libye associée a des combattants nazislamistes version Frères Musulmans pour prendre le contrôle de ce pays. Et on regarde …

        • Toujours pas vu de différences entre Assad et Erdogan. A si le premier n’a pas bidouillé sa constitution et fait un faux coup d’état.

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Nicolas Tenzer est enseignant à Sciences Po Paris, non resident senior fellow au Center for European Policy Analysis (CEPA) et blogueur de politique internationale sur Tenzer Strategics. Son dernier livre Notre guerre. Le crime et l’oubli : pour une pensée stratégique, vient de sortir aux Éditions de l’Observatoire. Ce grand entretien a été publié pour la première fois dans nos colonnes le 29 janvier dernier. Nous le republions pour donner une lumière nouvelles aux déclarations du président Macron, lequel n’a « pas exclu » l’envoi de troupes ... Poursuivre la lecture

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