Le « nouveau monde » de Macron est-il d’inspiration soviétique ?

Soviet catch by Will (CC BY-NC-ND 2.0) — Will , CC-BY

Le nouveau monde a bon dos. Il ressemble plutôt à l’empire soviétique avec tous les dysfonctionnements dont nous connaissons l’issue.

Par Loïk Le Floch-Prigent.

On annonce maintenant la fabrication de masques en France ainsi que la création d’un consortium d’industriels nationaux visant à produire des respirateurs artificiels, au lieu de s’interroger sur les raisons qui ont conduit l’État et ses administrations à négliger depuis des semaines toutes les initiatives industrielles tandis que les Agences Régionales de Santé désorganisaient systématiquement toutes les tentatives de cycles courts de fournitures.

Le nouveau monde a bon dos. Il ressemble plutôt à l’empire soviétique avec tous les dysfonctionnements dont nous connaissons l’issue.

Laisser autant de personnes confinées pendant autant de temps va être un objet d’études pendant des dizaines d’années, car on ne peut pas en tirer des enseignements au bout d’une quinzaine de jours.

Cependant, il n’est pas inutile, dès maintenant de lire, écouter les commentaires et réfléchir aux actions de ceux se donnant pour ambition de nous éclairer à la fois sur l’actualité et notre futur.

Jamais sans doute il n’a paru aussi clair que dans une période de crise chacun réagit en privilégiant ses propres obsessions, c’est-à-dire qu’à cette occasion personne n’a vraiment envie de remettre en question ce qu’il pense depuis longtemps, ni prendre un peu de hauteur.

À quelques exceptions près, je suis très déçu par mes lectures comme par beaucoup de réactions des responsables en position d’orienter les actions publiques ou privées.

L’Homme a besoin d’agir

Le premier élément sautant aux yeux c’est que la population n’est pas préparée au désœuvrement, elle n’a pas non plus envie de s’occuper, elle a besoin d’agir et je dirai de produire.

Les initiatives qui fleurissent dans les quartiers ou sur les réseaux sociaux en France, mais aussi en Italie et en Espagne, montrent bien cette nécessité de faire. L’individu homo sapiens est un être social, ce n’est pas une nouveauté, mais il est aussi un être qui fait, crée, invente…

Le musicien joue pour lui, et pour les autres, dans le confinement il invente des actions qui diffusent son art. Nos smartphones regorgent de ces actions individuelles à portée collective, puis ces actions collectives à portée universelle.

En conséquence, l’idée d’une société qui laisserait à quelques spécialistes le soin de produire à travers des structures robotisées à outrance tout ce que la société pourrait désirer en donnant à tous les autres un revenu universel leur permettant de jouir de la vie se heurte donc à la réalité : homo sapiens a envie de faire, de produire. Cet avenir qu’on lui décrit et qu’il expérimente depuis quinze jours ne lui convient pas.

Le paradigme numérique tel que décrit par les uns et les autres n’est pas le bon, cela n’arrivera pas parce que la société dans son ensemble ne peut pas fonctionner comme cela. C’est toute l’idée du « nouveau monde » et de la « start up nation » qui s’effondre sous nos yeux ; certes, nous utilisons les nouvelles technologies, homo sapiens s’adapte, mais il reste celui qui transforme le monde, celui qui fait, qui produit et non celui qui subit.

Peurs d’hier, peurs d’aujourd’hui…

Le deuxième élément c’est que la peur qui l’habitait hier n’est plus celle d’aujourd’hui. Hier Greta Thunberg marchait vers le prix Nobel, aujourd’hui nous attendons le vaccin contre le Covid-19 : sic transit gloria !

La sauvegarde de la santé a remplacé le sauvetage de la planète, la priorité donnée à la banquise était un faux-semblant, une peur indicible, celle de la mort inéluctable était latente. L’image de l’ours blanc à la dérive a fait son temps, c’est une autre qui l’a remplacée, tout aussi impropre, mais qui risque de durer davantage car elle est au cœur de chaque humain.

Il faut donc balayer rapidement toute la politique liée à la mode ancienne, revenir aux réalités : au revoir les constructions artificielles du monde ancien annoncé comme nouveau, le marché de l’électricité, le marché des transports, le marché de la santé, les dettes abyssales, les normes et règlements, les technocrates, les bureaucrates…

Et l’on observe sur le terrain les nombreuses initiatives démontrant que la volonté première est celle de l’efficacité et non celle du respect des procédures. C’est ainsi que le régime soviétique a explosé, c’est ainsi que la technocratie européenne et française vit ses derniers mois ou années (selon que l’on est optimiste ou pessimiste).

C’est inéluctable car l’organisation mise en place n’a pas fonctionné alors qu’homo sapiens a besoin d’efficacité. La peur a changé de cible, ce n’est plus la planète qui est en jeu, c’est l’Homme.

Nouveau monde ou retour du monde perdu ?

Le troisième élément c’est que le monde critiqué hier pour son fonctionnement décadent, celui de sa production, de ses loisirs, de ses créations, celui que nos sociétés avaient élaboré cahin-caha au cours des siècles, est devenu en quinze jours un eldorado vers lequel nous souhaitons revenir.

La vision de rues désertes et d’aéroports inertes génère le désir d’un retour à la normale le plus rapidement possible. On n’aspire pas à la définition d’un « monde nouveau » comme ne cessent pas de le faire valoir les nouveaux prophètes, mais au contraire à la restauration du monde ancien où il faisait bon vivre : les bistrots, les restos, les copains… et le travail en usine, en atelier, et même dans les bureaux, n’en déplaise aux chantres du télétravail.

La demande essentielle est donc l’instauration d’un retour à la case départ, avec deux corollaires : revoir le fonctionnement de l’administration du pays qui a fortement ralenti ou même anéanti les initiatives de la population ; celui de la révision urgente des normes et règlements européens qui ont accéléré la chute de nos pays dans le chaos observable aujourd’hui.

Dans un « nouveau monde », la nécessité vitale de l’industrie

Enfin , puisque chacun y va de ses obsessions, je souhaite revenir sur la mienne qui est celle de la nécessité de l’industrie pour sauvegarder notre pays. Je vais traiter ce sujet par le petit bout de la lorgnette, celui de la perte de souveraineté de notre industrie dans le domaine de la santé.

Nous avons pu constater comment nous avons rapidement manqué de tout, masques, tests, médicaments, respirateurs tout autant que de personnel en quantités suffisantes. Il y a quelques mois déjà, il y avait eu une alerte sur l’indisponibilité d’un certain type de médicaments anti-cancéreux dont le principe actif était intégralement élaboré en Asie.

L’indignation n’a eu comme effet que l’inaction et même pas l’analyse des causes : information instantanée aux oubliettes dès le lendemain. Pourquoi, alors que l’industrie chimique nationale produisait l’intégralité de ses principes actifs dans les années 1980, est-elle est devenue importatrice intégrale en 40 ans ?

On me répond que c’est à cause du coût de la main-d’œuvre. Mensonge ! Si jamais il vient à l’esprit d’un analyste de visiter une usine, il verra que cet argument ne tient pas une minute. L’industrie chimique européenne dans son ensemble a été mise sous tutelle bureaucratique à partir de 2007 avec le dispositif REACH effectuant un contrôle strict et permanent de tous les produits.

La seule solution pour produire et innover était de délocaliser, ce qui a été fait par l’ensemble du secteur. Nous en connaissons le résultat aujourd’hui, nous sommes dépendants du monde entier, et en particulier de l’Inde et de la Chine, qui, heureusement pour elles, n’ont pas à obéir aux protocoles ahurissants mis au point par les protecteurs de l’humanité.

Cette contradiction entre la générosité bureaucratique (et la pureté espérée) et la nécessité de soigner, nous avons à l’affronter désormais. Notre Eldorado était un leurre, il n’existait qu’avec des comportements hypocrites et connus de tous, nous sommes au pied du mur.

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