Réflexions sur la désindustrialisation de la France

Que penser de la baisse réelle de la part de l’industrie dans le PIB français ? Est-ce explicable ? Irrémédiable ?

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Réflexions sur la désindustrialisation de la France

Publié le 7 juillet 2014
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Par Sylvain Fontan.

Contrairement au reste du monde, la France a une croyance ancienne et profonde que l’État est le seul acteur à avoir la capacité de pouvoir guider l’économie nationale. L’idée sous-jacente est que l’État-stratège effectue de meilleurs choix que le marché, aboutissant ainsi à un pays particulièrement étatisé. À cet égard, l’analyse de la désindustrialisation française souligne que l’État devrait se borner à organiser un cadre permettant aux agents économiques d’évoluer librement.

Part de l'industrie dans le PIB Français (Crédits Sylvain Fontan, tous droits réservés)

 

Origines et enjeux stratégiques liés à la désindustrialisation

La disparition d’une stratégie industrielle en France date des années 1970. En effet, au-delà des raisons purement économiques, il y a également des éléments historiques et géo-économiques qui expliquent la désindustrialisation française :

  • Le milieu des années 1970 marque la fin des politiques visant à installer un système pouvant stimuler l’industrie. À cette époque, le commissariat général du plan arrête son soutien à l’industrie électronique et donc également aux autres secteurs d’activité gravitant autour. La disparition de cette vision stratégique provient, d’une part de l’amoindrissement de la pensée gaulliste qui cherchait notamment à mener une politique industrielle et à la pérenniser et, d’autre part de la perte d’appétence de la part de firmes multinationales pour ce type d’approche.
  • Parallèlement, ce phénomène est lié à la situation géo-économique des États-Unis. En effet à cette époque les États-Unis sortent de la guerre du Vietnam et voient réapparaître l’Europe et l’Asie sur l’échiquier économique mondial. Après une phase de reconstruction, ces deux zones apparaissent comme des acteurs économiques importants. Or les États-Unis étaient en pleine guerre froide contre l’Union Soviétique. Dès lors la montée en puissance de deux nouveaux compétiteurs n’était pas forcément dans l’intérêt direct des États-Unis. Ainsi ce pays a poussé à l’introduction dans la culture de ces pays (et donc de la France) de la perte d’intérêt pour les questions liées aux intérêts nationaux de long terme.

Au final, la France est entrée dans une phase de guerre économique sans se doter des outils d’intelligence économique adéquats pour y faire face.

Au premier abord, les implications stratégiques sont importantes. En effet, même si les raisons sont plus larges que la désindustrialisation elle-même, la France a connu une diminution de sa sphère d’influence et ce, face à des pays tels que les États-Unis (300 millions d’habitants), la Chine (1,3 milliard d’habitants) et l’Allemagne qui s’est parfaitement intégrée dans la mondialisation. La France est maintenant devenue un satellite de ces pays. Les raisons sont multiples mais force est de constater que les élites françaises et la population se sont installées dans une situation qui aboutit à rejeter tout changement en oubliant que son confort actuel est le fruit d’efforts antérieurs et que son bien-être n’est jamais acquis mais demande des adaptations perpétuelles.

Alors qu’après la Seconde Guerre mondiale la France a relancé sa production via un État-stratège pour répondre à un besoin de reconstruction et de rattrapage, avec la globalisation le cadre ne peut nécessairement plus être le même et l’enjeu actuel est de définir une stratégie pour que le pays puisse continuer à exister sur la scène internationale.

 

La désindustrialisation : une réalité complexe

La désindustrialisation est un phénomène généralisé au sein des pays développés. En effet, même en Grande-Bretagne, pourtant berceau de la révolution industrielle, la part des emplois industriels manufacturiers n’est plus que d’environ 10 %, alors que cette part avait atteint un pic d’environ 50 % à la veille de la Première Guerre mondiale. La même évolution est visible au États-Unis (malgré une récente ré-industrialisation), en France (où la part de l’industrie dans le PIB est passée de 35 % en 1970 à moins de 20 % actuellement. L’Allemagne connait également ce phénomène et ce malgré le fait que ce pays ait toujours été beaucoup plus industrialisé que la moyenne. Même les pays émergents comme l’Inde, la Chine ou le Brésil connaissent cette évolution. Toutefois et contrairement aux pays développés, les pays émergents ont connu une industrialisation beaucoup plus tardive et rapide, mais leur désindustrialisation (même relative) a également commencé beaucoup plus tôt au regard de leur développement économique.

Le processus de désindustrialisation doit être relativisé. En effet, la désindustrialisation ne signifie pas la diminution de la production industrielle. En d’autres termes, malgré une diminution de la part de l’industrie dans le PIB, le volume total de production reste stable mais il diminue relativement en pourcentage de la richesse totale produite. Deux phénomènes expliquent cette évolution :

  • Tout d’abord, il convient de citer la productivité qui s’est améliorée. Autrement dit, le même résultat est obtenu avec une quantité de travail moindre.
  • Ensuite, les industries manufacturières traditionnelles sont le textile, la sidérurgie ou encore l’automobile, et constituent la base de développement des économies développées. Or un pays comme la France est passé d’une société agraire et rurale (secteur primaire) à une société industrielle et urbaine (secteur secondaire), où l’agriculteur est devenu ouvrier. Toutefois l’évolution économique moderne fait que les services (secteur tertiaire) occupent une place de plus en plus importante.
  • De plus, l’évolution de la structure économique fait que des activités qui étaient auparavant comptabilisées dans l’industrie (secteur secondaire) le sont dorénavant comme services (secteur tertiaire), participant ainsi à la diminution statistique de l’industrie dans le PIB français.

 

Implications pour la France

L’évolution vers les services constitue une opportunité pour la France. En effet, le pays a un avantage comparatif dans de nombreuses activités de services, comme le numérique. Dans ce cadre, il apparait qu’il est une erreur de vouloir maintenir à tout prix l’ensemble des pans de l’industrie en France au détriment du développement des secteurs d’activité du futur pour préparer la prochaine révolution industrielle (biotechnologie, nanotechnologie…). Au cours des années 80, la France avait déjà voulu maintenir un certain nombre d’activités pour finalement se résoudre à devoir les abandonner. Également, la peur d’un pays sans industries résonne comme l’époque où le pays craignait la disparition des paysans avec la révolution industrielle, pensant que son avenir ne pouvait s’envisager que sous le prisme des schémas anciens.

Pratiquement, l’État français doit arrêter de subventionner mais laisser vivre l’écosystème. En effet, la distribution de subventions renvoie à de l’argent public dont la quantité est appelée à se raréfier et qui sert trop souvent à subventionner des secteurs non rentables (retour sur investissement négatif) et voués à disparaître. De plus, cet argent public aboutit à d’autant moins pour investir dans les emplois de demain. Toutefois, cette stratégie n’est pas visible politiquement et médiatiquement. Or, il conviendrait de laisser les agents économiques libres d’évoluer dans un cadre réglementaire qui leur permettrait de pouvoir ouvrir et fermer des usines selon des calculs économiques bénéfiques pour la collectivité, plutôt qu’ils soient l’effet de calculs politiques liés à des intérêts particuliers, électoraux, corporatistes… Ce capitalisme de connivence n’est pas une corruption au sens propre mais une corruption intellectuelle malsaine et un dévoiement de l’intérêt collectif de long terme. Au final, l’enjeu est de pouvoir gérer politiquement et socialement une évolution à laquelle la France n’a pas été préparée en amont, ni dans les discours politiques, ni dans la pédagogie d’ensemble.

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  • Néanmoins, le secteur industriel est source de développement du secteur tertiaire. Aussi, penser développer le secteur tertiaire et abandonner le secteur industriel est absurde.

    • Il ne s’agit pas d’abandonner mais de laissez-faire. La seule stratégie qui fonctionne pour l’Obèse « stratège » est de ne surtout rien faire, ni taxes, ni subventions, ni plan de développement, ni commissaire, ni ministre. Et surtout… du silence ! Si la France a besoin aujourd’hui d’une stratégie, c’est celle qui consiste à favoriser la liberté des capitaux privés et à renoncer à leur collectivisation par l’impôt ou la réglementation.

      L’attrition du secteur industriel plus rapide en France qu’ailleurs a coïncidé avec l’acharnement collectiviste dans le domaine du capital. A force de taper sur les capitaux libres, ils sont allés voir ailleurs, et les forces vives, les individus industrieux et entreprenants, ont suivi. Comme c’est étonnant !

  • « Ainsi, ce pays a poussé à l’introduction dans la culture de ces pays (et donc de la France) la perte d’intérêt pour les questions liées aux intérêts nationaux de long terme. »

    Au millieu d’un article qui a du sens ce genre d’élucubration fait tache.

  • Article pas très intéressant. Accumule des généralités sans jamais fournir d’arguments digne de ce nom, que ça soit sous la forme d’exemples concrets, de faits ou de raisonnements.

  • Ben moi j’ai trouvé cet article intéressant, il fait réfléchir c’est bien aussi, plutôt qu’un article premaché qu’il n’y a plus qu’à digérer Yann!

  • courbe linéaire synthétisée droite : 15% en 2015 et vers 5% en 2030.
    France : une maison de repos et du jouir.

  • L’Etat français a transféré à ses citoyens des fausses idéologies sur la mondialisation qui se traduisent par un repli sur soi. Pour renforcer mon argument, il n’a pas le courage de faire les réformes structurelles pour relancer la compétitivité économique de la France du fait que dans l’esprit du Français généraliste, les acquis sont définitifs à vie.

    Par ailleurs, l’immobilier est un pion essentiel de l’économie française réprésentant 25 % du PIB. Si le dégonflement ou l’effondrement de la bulle s’affirme, il concernera tout les classes sociaux contrairement à un krach boursier.

  • Je crois que vous confondez une économie basée sur les services avec l’économique numérique … après, que nous passions d’une industrie lourde à l’industrie numérique (dont les produits sont effectivement fournis parfois sous forme de services) est un autre sujet.

    Une économie basée sur les services est une économie dépendante et faible (bref non souveraine) – not. tributaire de l’innovation, de l’industrie et de la capacité de transformation (voire de l’extraction des matières ce qui est déjà le cas) fournies par des tiers. (Énergie, Santé, Transport, Équipement informatique, etc …).

    Enfin pour ce qui est de la liberté du capital – ii faudrait être moins attaché à la valeur/rentabilité du capital qu’à sa production … c’est à dire être plus dans l’innovation et moins dans l’optimisation – le service étant une aubaine pour cela car il ne nécessite ni l’un ni l’autre – mais son corolaire est de ne produire aucune valeur réelle (juste du confort et de la spéculation) – je ne suis donc pas en phase (ou alors je n’ai rien compris …)

    Néanmoins je suis d’accord avec un point « Dans ce cadre, il apparait qu’il est une erreur de vouloir maintenir à tout prix l’ensemble des pans de l’industrie en France, au détriment du développement des secteurs d’activité du futur pour préparer la prochaine révolution industrielle (biotechnologie, nanotechnologie…). »

  • Ce que cette « désindustrialisation » montre c’est que de plus en plus le travail peu qualifié est voué à disparaitre, vu que les nouvelles technologies et la robotisation permettent de s’en passer.

    http://raceagainstthemachine.com/

    ça gêne beaucoup les libéraux puisque ça ruine leur dogme selon lequel la demande de main-d’oeuvre est infinie. La réalité c’est que dans le monde développé une classe oisive déshumanisée par la pénurie de travail va grandir de plus en plus.

    • « classe oisive déshumanisée par la pénurie de travail » : du travail, il y en a et il y en aura toujours à foison. Des emplois, beaucoup moins, faute de rentabilité. La pénurie d’emplois est provoquée par le parasitisme légal socialiste, pas par le progrès technologique. Et pendant ce temps, le travail n’est pas fait. Exemple qui crève les yeux : on manque de logements en France, mais on a 5 millions de chômeurs. Bref, le socialisme dans toute sa splendeur, la fameuse « société des loisirs », l’éloge de la paresse qui a justifié les 35h.

  • Ayant travaillé ces 25 dernières années dans l’industrie à la fois en France et en Allemagne j’ai mesuré l’inexorable désindustrialisation de la France. Aux raisons économiques énoncées dans l’article je rajouterai la constance de l’état de taxer fortement le capital, à sa création par les impôts imbéciles sur la production lors de sa possession IS etc. et enfin à sa transmission certainement le vol le plus éhonté avec la taxation des plus values. L’industrie à besoin de capital pour se développer et innover dans une logique de destruction créatrice pour faire émerger les secteurs de demain associant service produit et aujourd’hui web économie. L’état a limité son action à la destruction, le résultat navrant est là. N’oublions jamais dans le monde il y a 200 paradis fiscaux et un enfer……

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