Greta Thunberg « personnalité de l’année » pour le Time : ne nous emballons pas !

Greta Thunberg Climate Change Rally In Denver Colorado 2019 by Anthony Quintano (CC BY 2.0) — Anthony Quintano, CC-BY

Les ados activistes sont en colère à juste titre – mais une colère juste ne produit pas forcément une politique publique rationnelle.

Par Robby Soave.
Un article de Reason

La canonisation séculière de Greta Thunberg est accomplie. Le magazine Time l’a nommée personnalité de l’année 2019, en la préférant aux manifestants de Hong-Kong ou aux lanceurs d’alerte du gouvernement Trump.

« Personnalité de l’année » pour le Time

La désignation est plutôt arbitraire – comment mesure-t-on l’influence au juste ? – et ne devrait pas être prise trop au sérieux (en tout cas pas depuis 2006).

Bien que le ton de l’article de Time sur Thunberg soit largement hagiographique, cette nomination n’est pas forcément un soutien au vainqueur : Adolf Hitler était personnalité de l’année en 1939.

Tout ça pour dire que le fait de gagner le titre de personnalité de l’année n’a pas vraiment d’importance et personne ne devrait être trop contrarié que cette année ce soit une activiste du changement climatique de 16 ans.

Et pourtant, cette récompense renforce l’idée que Thunberg est quelqu’un dont la juste colère devrait être automatiquement transformée en politique publique.

Comme Nick Gillespie l’a fait remarquer dans un article sur son activisme, Thunberg est un avatar de la « pensée catastrophique » et porte un message de désespoir :

« Les représentations théâtrales de Greta Thunberg sont probablement sincères, mais ni elles ni les réactions déplorables qu’elle suscite ne sont un bon moyen de promouvoir une politique environnementale efficace dans un monde qui s’enrichit chaque jour davantage.

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la moitié de la population mondiale appartient à la classe moyenne ou est désormais plus riche, et le taux de mortalité due aux catastrophes naturelles est bien inférieur à ce qu’il était il y a quelques décennies encore.

Protéger toutes ces avancées est aussi important que la protection de l’environnement et, plus important encore, ces deux objectifs ne s’excluent pas mutuellement. »

La place des ados

Après avoir considéré les enfants comme guère plus que des animaux de compagnie pendant des décennies, les médias accordent maintenant trop d’importance aux opinions d’adolescents activistes, en particulier lorsqu’ils manifestent pour des questions telles que le changement climatique, la violence avec armes à l’école, les inégalités de revenus, etc.

Comme Ilya Somin l’a écrit, les jeunes – même ceux qui peuvent revendiquer de façon crédible qu’ils ont été particulièrement lésés par une crise – n’ont généralement pas de vision particulière ni de forte connaissance en matière de politiques publiques.  D’après Somin :

« Les jeunes, en règle générale, en savent moins sur l’État et les politiques publiques que les autres tranches d’âges. C’est pourquoi ils sont aussi moins susceptibles d’avoir des idées valables pour traiter des problèmes difficiles. […]

Ce serait une erreur que de rejeter a priori les propositions politiques simplement à cause de l’âge des partisans.  Mais ce serait aussi une erreur que d’attribuer une sagesse politique particulière aux jeunes. Le fait que de nombreux jeunes soutiennent une cause politique n’ajoute pas grand-chose, voire rien du  tout, à ses mérites. »

Thunberg est la personnalité de l’année de Time mais cela ne rend pas ses affirmations concernant le futur de la planète moins fausses : nous ne sommes pas « au début d’une extinction de masse » et la fin du monde n’aura pas lieu dans 10-12 ans, même si nous n’adoptons pas ses idées radicales.

Traduction par fm06 pour Contrepoints de Here’s What’s Wrong with Time Declaring Greta Thunberg Person of the Year.

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