Pénurie de masques, de gel : pas de panique, l’État gère…

surgical mask by katie chao and ben muessig(CC BY-NC 2.0) — katie chao and ben muessig, CC-BY

Cette manière centralisée de gérer les problèmes du terrain risque d’être une fois de plus délétère pour les Français : mais cette fois, Il est question de la vie des individus.

Par Margot Arold.

Plus de masques, ni chirugicaux, ni FFP2. Et aujourd’hui, plus de gel hydroalcoolique non plus.

Ces pénuries ont bien vite été attribuées aux clients saisis de panique, de psychose. Si cela a certes eu un impact, là n’est pas la cause principale de la pénurie. L’État a constitué des stocks, vidant le marché de son offre.

Certains distributeurs expliquent d’ailleurs que l’État a bloqué leurs stocks, les empêchant de répondre à la demande des pharmacies.

Pas besoin de masques… et puis si

Le 26 janvier, Agnès Buzyn alors ministre de la Santé, se voulait très rassurante et estimait les masques de protection inutiles :

« Aujourd’hui, il n’y a aucune indication à acheter des masques pour la population française, nous avons des dizaines de millions de masques en stock. En cas d’épidémie, ce sont des choses qui sont d’ores et déjà programmées. »

« Dizaines de millions » de masques qui ont fondu comme neige au soleil.

La semaine dernière, exactement un mois après, le nouveau ministre de la Santé expliquait : « avoir décidé de déstocker 15 millions de masques anti-projections dans les stocks constitués par l’État pour qu’ils soient distribués dans les pharmacies et les hôpitaux aux professionnels de santé et aux personnes à risque ».

On connait depuis plusieurs semaines l’importance de la protection respiratoire, et le ministère attend la semaine du 1er mars pour « déstocker » 15 millions de masques. L’État français toujours si prompt à intervenir sur les prix, n’a pas cassé les prix en larguant sur le marché ses millions de masques pour le bien-être collectif si cher à sa politique. Notre État-nounou serait-il donc plus Tatie Danielle que Mary Poppins ?

Pénurie de chloroquine

De la même façon, la pénurie s’est portée rapidement sur la chloroquine, ce médicament anti-paludisme qui semble avoir une certaine efficacité contre le virus, du moins selon les chercheurs chinois qui en testent l’efficacité.

Curieusement, impossible de se procurer de la chloroquine dans les pharmacies françaises depuis que cette information a filtré. La raison ? Ce ne sont pas les clients, peu informés à ce moment-là, qui se sont rués sur les boîtes disponibles. Mais l’État a, là encore, constitué des stocks.

Comme simple patient, comme simple individu, vous n’aurez plus accès à ces protections ni à ces traitements : l’État les a capturés pour mieux les redistribuer quand il le jugera nécessaire.

Distribués, oui mais pas pour tout le monde…

Dans Libération, le président de l’Union des Professionnels de santé, Christophe Wilcke, explique que lorsque les masques seront disponibles ils ne seront pas vendus à la population :

« Mercredi à midi, tous les pharmaciens ont reçu un message de l’Ordre des pharmaciens indiquant que nous allions recevoir, via les grossistes répartiteurs, un stock d’État de masques de protection.

Et puis à 20 h 56, un deuxième message indiquait que ce stock devait être réservé aux professionnels de santé contre un bon de l’assurance maladie, et qu’il n’était pas envisagé à ce stade de distribuer le stock à la population. »

Ainsi, il n’est plus possible pour un patient dans un circuit médical libéral (c’est-à-dire passant par son médecin traitant au lieu de l’hôpital) ou à un médecin libéral en personne d’avoir librement accès à une protection ou à un traitement. Tout dépend désormais de l’État et de sa gestion de la crise sanitaire.

Il ne laisse pas les mains libres à ceux qui, sur le terrain, sont en première ligne et  compétents pour prendre des décisions. Il faut attendre les consignes, et maintenant, attendre aussi le matériel de protection.

Les médecins libéraux mal servis

Si les hôpitaux seront les premiers servis, les médecins libéraux, eux, auront le plaisir de réclamer et de remplir moult formulaires administratifs pour obtenir un masque :

« De plus, en parallèle, les médecins généralistes seront dotés, la semaine prochaine, de masques chirurgicaux issus de ce stock pour la prise en charge de patients suspects de Covid-19, poursuivent les services du ministère. Cette mise à disposition sera réalisée via les pharmacies d’officine à l’aide d’un bon de retrait fourni par la Caisse nationale d’assurance maladie.»

N’aurait-il pas été plus simple et plus rapide de mettre ce matériel à disposition des médecins, gratuitement et sur présentation de la carte professionnelle, plutôt que d’élaborer une énième strate bureaucratique à un moment où personne n’a besoin de plus complexité ?

L’État va choisir où, quand et comment distribuer ses stocks. Cette manière centralisée de gérer les problèmes du terrain risque d’être une fois de plus délétère pour les Français : mais cette fois, Il ne s´agit plus de mal gérer l’école, l’entretien des routes et des ponts, ou la SNCF. On parle de la santé des individus, de leur vie.

Après avoir siphonné le marché du matériel de protection, l’État se sert le premier, distribue à sa façon, et au rythme qu’il estime justifié.

Les masques livrés dans certains hôpitaux ces dernières années laissent dubitatifs : leur date de péremption affiche… décembre 2007. Ca promet.

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