Comment l’écologie est en train d’achever Renault (et bien d’autres)

Renault by ClemetNic (CC BY-NC-ND 2.0) — ClemetNic , CC-BY

Voici comment on est en train de bousiller un pays, en abandonnant des industriels visionnaires, en décidant d’orientations techniques et industrielles sans bases solides : c’est un drame pour l’automobile.

Par Loïk Le Floch-Prigent.

Quelle surprise ! des résultats dans le rouge, les premiers depuis dix ans.

Cela a-t-il quelque chose à voir avec l’incarcération de Carlos Ghosn fin 2018 ? Tout le monde regarde au plafond pour finir par dire que les problèmes avaient commencé cette année-là… avec 3,4 milliards de résultats, première contorsion un peu difficile, mais les éléments de langage sont néanmoins servis, les auditeurs sont des idiots, c’est bien connu, ils peuvent tout avaler.

Mais derrière est annoncée en France la chute de 3,5 % de la demande de voitures neuves Renault, et on se gratte la tête.

Industrie automobile française en danger

La faute à pas de chance ? Sans aucun doute !

Mais les perspectives 2020 sont mauvaises et c’est vrai pour l’ensemble de l’industrie automobile… Là on nous prend pour des imbéciles, il suffirait de relire les articles de Carlos Tavares, l’autre Carlos, qui souligne depuis des mois la folie des normes européennes et françaises qui veulent dans un délai court interdire les véhicules thermiques en Europe et qui ont commencé par jeter l’anathème sur le moteur diesel qui consomme 20 à 25 % de moins que le moteur à essence.

On punit Carlos Ghosn, on maltraite le diesel, on édicte des normes et des pénalités qui laissent pantois et maintenant on va pleurer devant les maigres résultats de Renault, en particulier en France. On en déduit que l’on va réduire l’emploi dans l’industrie automobile et on ne s’interdit pas de fermer des sites : « On n’a aucun tabou et nous n’excluons rien ».

Voilà de quoi motiver les troupes !

Un peu d’histoire récente

Reprenons un peu d’histoire récente en rappelant quand même que malgré la crise de 2008 Nissan et Renault avaient été redressés tandis que Mitsubishi Motors les avaient rejoints pour faire de l’Alliance le premier constructeur mondial. C’était hier.

Avec ses implantations en Russie, en Roumanie et dans bien d’autres pays Renault était largement bénéficiaire en y ajoutant la bonne marche de Nissan dont il possédait 43,4 % !

Mais la position de Carlos Ghosn avait été fragilisée en 2015 pour des raisons que je ne vais pas encore développer, on va dire que je radote, et il fallait « japoniser » la direction de Nissan qui est rapidement partie à la dérive. Il fallait trouver rapidement le remède. La justice japonaise a trouvé la pire solution : incarcérer Carlos Ghosn ; et le gouvernement français également en l’abandonnant à son triste sort.

La sanction est tombée au bout d’un an pour les uns et pour les autres, 15 milliards de pertes en Bourse et des résultats dans le rouge pour les deux entreprises.

Mais la leçon ne suffit pas, il faut encore demander aux entreprises implantées en Europe, et donc à Renault et Nissan d’effectuer dans les délais les plus brefs possibles, une réduction drastique des émissions de CO2, 95 grammes de gaz carbonique par kilomètre et par véhicule vendu à partir de janvier 2020 sous peine de pénalités se chiffrant dès la première année à près d’un milliard par constructeur !

C’était bien le moment pour Renault et Nissan, tandis que Peugeot essaie de s’en sortir en faisant une fusion avec Fiat-Chrysler pour conserver un ilot de prospérité aux USA !

L’écologie politique à la manœuvre

Pour justifier une telle politique suicidaire il fallait une bonne raison.

On commence par couper la tête du dirigeant et ensuite on se met à éradiquer la production, ce qui va nous permettre de pleurer comme des madeleines en allant chercher des coupables on ne sait où.

Il est clair que les règles adoptées par la Commission européenne et applaudies par notre pays qui aimerait encore en faire davantage pour satisfaire l’écologie politique vont conduire notre industrie automobile dans le mur, c’est-à-dire 10 % de notre appareil productif national, et cela dans des délais très brefs, avant l’échéance électorale de 2022.

Le chômage comme la déprime de l’industrie ne sont pas pour rien dans la montée de violence que connait notre pays, il nous faut un projet mobilisateur, un avenir industriel, et l’on commence par abattre un des derniers piliers de notre prospérité.

Il n’y a aucune bonne raison pour un pays qui dispose d’une industrie automobile dynamique et techniquement en pointe de la contraindre à changer complètement de véhicules (« aucun véhicule thermique produit en France en 2030 »). Ce n’est ni raisonnable sur le plan économique et industriel, ni justifié sur le plan scientifique.

Véhicule des villes, véhicule des champs

Notre système automobile est basé sur le véhicule thermique, essence ou diesel et 30 millions de véhicules circulent dans notre pays. La clientèle, les électeurs de ces messieurs-dames, est attirée par des véhicules hauts, plutôt lourds et spacieux, les SUV, qui représentent 28 % des ventes aujourd’hui. L’ensemble des habitants des territoires hors métropole compte ses sous, et le diesel lui fait dépenser 20 à 30 % de moins que l’essence. Cette population est friande de SUV-diesel.

Les habitants des métropoles sont, eux, obsédés par la pollution de leurs cités et aimeraient que les véhicules thermiques soient relégués loin de chez eux. Ils applaudissent à l’idée de la généralisation de véhicules électriques tout en ne souhaitant pas en acheter car ils espèrent bien s’évader à la campagne et bénéficier de la liberté et de la flexibilité, apanages des véhicules classiques.

Les constructeurs sont donc incités par les métropoles à présenter des véhicules électriques, mais les acheteurs ne se bousculent pas ; les constructeurs sont accusés par la Commission européenne de ne pas faire les efforts nécessaires, d’où les pénalités prévues dès cette année. Raconter comme cela l’histoire est absurde, comment faire boire un âne qui n’a pas soif ? En battant le vendeur ou le propriétaire du bourrin ?

Cerise sur le gâteau industriel, le véhicule électrique a besoin de batteries modernes, qui ne sont pas (sauf une petite production en Suède) de provenance européenne mais essentiellement asiatique et surtout chinoise. Elles correspondent à 40 % du prix des véhicules. Une généralisation de la production conduirait donc à un rétrécissement de notre industrie nationale et européenne de 40 % puisque redevenir souverain dans ce domaine nous prendrait au minimum 10 ou 15 ans, et encore, en y mettant des moyens colossaux qui devront être payés par les contribuables ou les clients, plutôt les deux.

Encore et toujours le CO2

Mais il y a plus grave encore : l’idée que le CO2 automobile est le responsable de nos malheurs futurs et qu’il faut l’éradiquer de notre planète automobile dans des délais courts ne résiste pas à l’analyse des réalités de notre monde. L’électrification piétine, et surtout rien ne dit que si le CO2 est bien le responsable désigné, le véhicule électrique soit le meilleur moyen d’en diminuer les émissions.

Le bilan carbone du véhicule électrique, en particulier de la batterie, en comptant l’extraction des matériaux, la fabrication, la maintenance et le recyclage, est loin d’être meilleur que celui d’un véhicule thermique dont les progrès sont constants en termes de consommation et d’émissions.

Autrement dit, autant peut-on affirmer sans détours que le véhicule électrique pollue moins en ville et qu’une augmentation des déplacements avec lui serait salutaire pour l’air respiré par les citadins, autant dire qu’il est conseillé pour son bilan carbone, et donc qu’il participe au « sauvetage de la planète » est complètement erroné.

Tout miser sur la voiture électrique est une aberration

Les années qui viennent vont donc nous permettre de savoir quelle est la meilleure formule pour les villes et pour l’humanité, et ce sera de toute façon un mix entre véhicules à propulsion thermique, électrique, hydrogène… et peut-être d’autres techniques disruptives auxquelles nous ne pensons pas encore.

Mais baser l’avenir du monde contemporain sur le seul véhicule électrique est une aberration aussi stupide que celle qui consistait autrefois à exiger que Galilée, après Copernic, abandonne l’idée que la Terre tournait autour du Soleil. C’est une croyance, c’est du domaine de la foi, cela n’a aucune base scientifique solide. N’insultons pas l’avenir en considérant que nous savons déjà comment il sera fait.

Voilà donc comment on est en train de bousiller un pays : on abandonne des industriels visionnaires qui réussissent, on décide d’orientations scientifiques, techniques et industrielles sans bases solides. C’est un drame pour l’automobile, comme cela l’est pour la production d’énergie électrique où l’on pousse les éoliennes au détriment du nucléaire… et bien d’autres choses encore.

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