Polémique autour de l’ISF : l’idéologie avant tout

Yacht by Ross Collucutt(CC BY-SA 2.0)

L’agitation autour de l’ISF est secondaire : c’est au niveau idéologique qu’il y a un problème, la France étant incapable de mener de vrais débats économiques.

Par Vladimir Vodarevski.

La réformette de l’ISF provoque des réactions passionnées à son encontre. Le vrai problème est l’absence de débat sur l’économie en France.

L’ISF : une passion française

L’ISF est revenu sur le devant de la scène. Le gouvernement veut changer son assiette en n’imposant que le patrimoine immobilier. Ce qui provoque des réactions passionnées. Dénonciation des « cadeaux faits aux riches ». Proposition d’imposer les « signes extérieurs de richesse« , comme les yachts. L’ISF reste passionnel en France.

Ce qui est logique. L’ISF a pour assiette le patrimoine, à l’exclusion des œuvres d’art. Ces dernières comportant les tableaux, les meubles et autres objets de collection. C’est un impôt qui taxe donc le capital, exonérant les œuvres d’art. C’est donc un impôt très politique, très idéologique. On punit les méchant capitalistes, mais la culture doit être favorisée. On rétorquera que les biens professionnels sont exonérés. C’est là une concession imposée par la réalité, pour conserver quelques investisseurs en France.

Le caractère politique et idéologique de l’ISF explique les réactions dès qu’il en est question. Inutile d’en appeler à la rationalité, cet impôt n’est pas rationnel. Inutile de souligner ses méfaits sociaux. Par exemple, le site Emploi 2017 rapporte que les créations d’entreprises en France créent moins d’emplois que les créations au Royaume-Uni, car notamment le capital de départ est plus faible. C’est un exemple parmi d’autres, mais qui n’aura aucune incidence : il est proféré par les exploiteurs ennemis du peuple.

La réussite des autres pays est occultée

Impossible d’ailleurs de prendre pour exemple les pays étrangers qui ont supprimé ce genre d’impôt : ils ont forcément eu tort. Tout exemple de réussite de l’économie de marché à l’étranger est occulté. On met généralement l’accent sur un point qui est considéré comme négatif, ou on n’en parle pas.

Pour reprendre l’exemple du Royaume Uni, on va parler des emplois dits « zéro heure », pour dénoncer une prétendue précarité de l’emploi. Et on oubliera que l’immense majorité des emplois sont des CDD, que le temps partiel contraint est plus faible qu’en France, et que le CDD, forme d’embauche majoritaire en France, n’apparaît pas dans les statistiques tant il est confidentiel (voir ici pour l’emploi et les inégalités au Royaume-Uni). Remarquons aussi que le Royaume Uni apparaît beaucoup moins dans l’actualité économique depuis sa réussite en matière d’emploi. On lui souhaite cependant généralement de se casser la figure avec le Brexit.

Des mesurettes, pas de débat

Remarquons que le gouvernement reste dans la lignée technocratique interventionniste du politiquement correct. Il n’y a pas de baisse de la dépense publique. Il y a davantage d’ajustements que même des réformettes, comme les ordonnances sur le travail. Même la modification de l’ISF est minime, une vraie réforme aurait été sa suppression. On peut se demander pourquoi tant d’agitation.

Il y a en France une absence de débat sur l’économie. Pour débattre, il faudrait attaquer frontalement l’idéologie marxiste et l’interventionniste. Il faudrait dénoncer les catastrophes sociales qu’elle engendre. Ce qui n’est pas fait. Au contraire, tout le monde en France insiste sur le rôle de l’État, et se complaît dans l’ingénierie sociale.

Ainsi avec la CSG le gouvernement organise une savante usine à gaz, augmentant la CSG d’un côté, baissant des cotisations d’un autre. L’État se veut toujours stratège, sans que personne ne dénonce ses résultats avec Areva, ou la politique du tout TGV. Nous sommes toujours dans l’idée qu’une élite doit décider de ce qui est bon pour le peuple.

Concernant le débat, l’élection présidentielle a été une catastrophe. Un candidat, François Fillon, avait quelques velléités de réformes économiques. Son programme n’a même pas été débattu. Les inquiétudes des Français en matière de sécurité, d’immigration, d’Europe, n’ont pas été débattues. Soit on appartient au camp du bien, soit on est le mal fasciste à combattre. Le résultat a été une désaffection massive de l’électorat. Et un Macron très mal élu, sans aucune assise ni aura.

Sans assise ni aura, Macron met en place des mesurettes qu’il négocie âprement avec les syndicats, chacun choisissant une posture garantissant sa place sur l’échiquier. Ainsi ont été négociées les ordonnances sur le travail, qui ne représentent pas grand chose.

Mais Macron veut-il vraiment réformer, ou juste ajuster un système dirigiste en gommant les excès les plus flagrants ? Il n’a jamais présenté une vision globale réformatrice, comparable à François Fillon.

Une présidentielle qui a renforcé les idéologies

L’élection présidentielle sans débat a provoqué la désaffection des Français, et aussi la montée du populisme. Notamment le mélenchonnisme. Le Parti socialiste semble s’être scindé en deux, ce qu’on appelle par euphémisme la gauche de la gauche d’un côté, et de l’autre la faction plutôt sociale démocrate. Mais ce n’est pas cette dernière qui rassemble le plus gros des troupes.

Au lieu d’être le point de départ d’une réforme d’une économie qui est à la traîne des pays comme le Royaume Uni et l’Allemagne, ou d’autres pays d’Europe, la présidentielle a renforcé l’idéologie anti économie de marché. D’où les levées de boucliers à chaque mesurette qui oriente légèrement la France vers l’économie de marché.

Toute cette agitation autour de l’ISF paraît donc secondaire. C’est au niveau idéologique qu’il y a un problème. D’un point de vue économique, c’est le choix entre une idéologie qui dit qu’on ne peut pas la contredire car elle s’arroge le monopole de la défense du peuple, et de l’autre le développement social réel, qui s’appuie sur des exemples de réussites, et un raisonnement qui accepte la contradiction car il ne la craint pas.

La France est bloquée car, finalement, il n’y a pas de débat, tant l’idéologie est finalement partagée par le plus grand nombre, qui considère qu’une élite peut et doit faire le bien du peuple.