Messieurs Zemmour et Onfray, pourquoi nous déniez-vous notre droit naturel ?

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Messieurs Zemmour et Onfray ignorent ce qu’est le libéralisme ; le libéralisme même réduit à sa dimension économique dans un pays dans lequel l’État contrôle 57 % de l’économie n’existe que dans leur imaginaire absurde.

Par Simone Wapler.

Lors du débat Zemmour-Onfray sur la chaîne Cnews, Onfray nie l’existence du droit naturel sans rencontrer par la suite aucune contradiction de la part de Éric Zemmour. Les deux hommes ne manquant pas de culture, pourquoi donc renier la déclaration des Droits de l’Homme de 1789 ?

Si vous écoutez la vidéo (entre la dix-septième minute à dix-huitième minutes), vous entendez Michel Onfray déclarer ceci :

Il n’y a pas de droit naturel pour moi, il n’y a qu’un droit culturel.

Cette déclaration balaie négligemment toute la tradition humaniste. Mais il est vrai que l’humanisme n’est pas le fort des étatistes qu’ils soient de droite ou de gauche.

Qu’est le droit naturel ?

Le droit naturel est un super droit, au-dessus des lois édictées par les humains. Il est naturel car il est intrinsèque à la nature humaine. Il est individuel car il est propre à chaque être humain, riche ou pauvre, jeune ou vieux. Pour les tenants de cette philosophie, toute loi humaine qui contredit le droit naturel est illégitime quel que soit le pouvoir qui la promulgue. Le droit naturel est au-dessus du droit collectif.

Il se situe au-dessus des contingences du moment, des lois inscrites dans les droits élaborés par l’Homme au cours de son Histoire. Cette idée est le résultat d’une lente maturation étalée sur plus de 2200 ans comme vous allez le voir.

Ce super-droit a été gravé dans l’article 2 de la Déclaration des droits de l’Homme de 1789 qui se réclame directement de cette philosophie, avant les dérives de la Terreur :

Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme ; ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression.

Cette formulation concise n’est pas tombée de la Lune ou de la bouche d’un seul grand homme, d’un unique prophète.

Un droit ou système législatif est un ensemble de lois. Celles-ci sont promulguées par des autorités politiques qui les imposent à leurs sujets. Tôt dans les premières sociétés de l’Antiquité, émerge toutefois l’idée que certaines règles sont au-dessus des lois d’un État. Ainsi, Sophocle (442 avant J.-C.) met-il en scène Antigone s’opposant à son oncle, le roi Créon ; le despote veut l’empêcher d’organiser de dignes funérailles pour son frère : « je n’ai pas cru que tes édits puissent l’emporter sur des lois non écrites et immuables » plaide Antigone.

L’idée chemine tant bien que mal, avec davantage de difficulté que d’aisance car les autocrates comme ceux qui aujourd’hui briguent les suffrages persistent à la trouver gênante.

« Dieu seul sonde les reins et les cœurs », édicte ensuite Abélard au XIIe siècle en posant les fondements de l’humanisme et de la liberté de conscience. En résumé : pas de procès d’intention. Ce sont des faits et des actes que la justice humaine se doit juger, rien d’autre.

Plus de 1000 ans après Antigone et 300 ans après Abélard, la très chrétienne École de Salamanque (1500 – 1560) énonce une théorie du droit de la personne s’appliquant à tous, y compris les non-chrétiens et les incroyants du Nouveau monde.

Ces droits de la personne sont : la liberté de conscience, la liberté de mouvement et le droit à la propriété. Saint Thomas d’Aquin influence fortement cette école en énonçant dans sa Summa theologica que le commandement « Tu ne voleras point » est divin, donc que la propriété est voulue par Dieu.

C’est au nom du droit naturel que cette École de Salamanque s’opposera à l’esclavage. En effet, un esclave est volé de la propriété de son corps, de son travail, sans parler de sa liberté de déplacement.

Le libéralisme est d’abord une philosophie du droit

Par la suite, le libéralisme du XIXe siècle se revendiquera comme un courant de pensée héritier de la philosophie du droit naturel et de l’humanisme.

Contrairement à ce que pensent Eric Zemmour et Michel Onfray, le libéralisme est d’abord une philosophie du droit qui énonce que :

  • le droit naturel est supérieur à tous les autres droits
  • la propriété, la liberté, la sûreté et la résistance à l’oppression de chacun en sont l’expression inviolable

Cette philosophie dépasse bien évidemment le seul domaine économique et marchand ce que semblent ignorer Zemmour et Onfray. Elle exclut toute forme de communisme puisque ce dernier ne reconnaît pas la propriété. Elle exclut aussi toute forme de socialisme, de redistribution autoritaire qui consiste à violer la propriété des uns pour la donner sans contrepartie à d’autres.

Dans mon dernier livre La rage de l’impôt, je démontre que tout impôt dont l’objet n’est pas la protection du droit naturel est illégitime. Car le droit naturel est le seul droit qui nous soit commun à tous, sans exception. L’impôt se justifie lorsqu’il est levé pour le protéger, dans tout autre cas, l’impôt devient un vol légal souvent au service d’une idéologie ou d’ambitions particulières.

De même qu’une minorité ne doit pas pouvoir opprimer une majorité, une majorité ne doit pas pouvoir opprimer une minorité. Le bien commun, l’intérêt commun, c’est à dire l’intérêt de tous, se borne au droit naturel.

L’intelligentsia nous le dénie pour notre plus grand malheur, ce qui l’amène à des incohérences flagrantes. En effet, Michel Onfray énonce peu après :

Si la société ne vous protège pas, vous avez le droit de recouvrer votre liberté.

Sans droit naturel, nous n’avons plus de droits

Non M. Onfray, nous n’avons pas le droit. Le droit français et sa kyrielle de codes, décisions, circulaires ne nous permettent pas de recouvrer notre liberté. Rien de tout cela ne protège notre droit naturel que vous nous déniez négligemment. Dans quel pays imaginaire vivez-vous ?

La police, la justice, la fiscalité sont aujourd’hui sélectives. Les hélicoptères tourbillonnent au-dessus du G7 mais les vitrines des commerçants sont pulvérisées par les Gilets jaunes, les voitures sont brûlées en banlieues. Le scooter volé du fils du président Nicolas Sarkozy est retrouvé grâce à des empreintes ADN mais le commissariat de quartier refusera d’enregistrer une plainte pour racket dans le RER ou le vol d’un vélo. Ça, c’est du vécu, le monde réel. Le droit au logement est supérieur au droit de propriété. Parfois des malfrats sont arrêtés par la police mais vite relâchés par la justice…

Tout ceci n’est pas la conséquence de l’ultralibéralisme. Messieurs Zemmour et Onfray ignorent ce qu’est le libéralisme ; le libéralisme même réduit à sa dimension économique dans un pays dans lequel l’État contrôle 57 % de l’économie n’existe que dans leur imaginaire absurde. Tout ce qu’ils déplorent est au contraire la conséquence du dirigisme, de la sur-réglementation et de l’idéologie étatiste, qu’elle soit de droite (Zemmour) ou de gauche (Onfray). J’aimerais suggérer à nos deux champions de l’étatisme de lire La tradition libérale pour les débutants de Daniel Tourre afin d’enrichir leurs débats futurs.

Quant aux contribuables excédés, à ceux qui s’interrogent sur l’impuissance de l’État face aux dérives violentes et malgré la pression fiscale record de notre pays, je leur conseille de lire et d’offrir à leurs représentants politiques La rage de l’impôt.

 

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