L’équité s’oppose à la rage de l’impôt

« C’est à chacun de nous d’avoir conscience que lorsque nous demandons quelque chose de plus à l’État, il va falloir le payer sous forme d’impôts. » Simone Wapler

Par Simone Wapler.

C’est presque l’automne. Les feuilles d’imposition tombent avant celles des arbres malgré un été hâtivement qualifié de « caniculaire ».

Ceux qui découvrent leurs premiers avis d’imposition constatent que la France conserve sa place de champion du monde toutes catégories de la fiscalité, même si quelques chanceux profitent de l’effet « année blanche ».

Malgré notre record de pression fiscale, la France n’est pas le pays où les gens sont les plus prospères ni les plus heureux de vivre. En dépit de cette pression fiscale, la dette publique française est l’une des plus élevées des pays de l’OCDE. Autrement dit, nos impôts ne suffisent même pas à couvrir les dépenses de l’État. Il en faudrait plus encore !

Hélas, en dépit de nos efforts, de nombreux services publics se dégradent.

  • Le niveau académique des élèves dégringole dans le classement international PISA. De nombreux ouvrages d’art comme nos ponts sont mal ou pas entretenus comme le révélait Libération.
  • Les services d’urgences des hôpitaux – désormais devenus des consultations « gratuites » ouvertes 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 – sont débordés et se retrouvent contraints de soigner de la bobologie qui devrait être traitée à moindre frais pour la collectivité par des médecins libéraux.
  • La SNCF accumule les retards, dégradations de services sur ses lignes TGV ou secondaires lassant ses « usagers » puisque cet organisme public ne se connaît pas de « clients ». 25 000 de ses ouvrages d’art sont délabrés.
  • La police refuse de prendre les plaintes pour vol de vélo ou pour racket sur la voie publique. Mais des hélicoptères en vol stationnaire protègent les huiles du G7 réunies sur la côte basque.
  • Enfin, alors que 80 % de nos impôts sont engloutis par des prestations sociales, la pauvreté ne régresse pas. Notre niveau de chômage, le plus élevé des pays de l’Europe du nord, est la principale cause de précarité.

 

Evolution du taux de chômage (source OCDE)

En rouge la France ; en violet la Zone euro ; en bleu l’Union européenne ; en noir les pays de l’OCDE.

Tout ça pour ça ?

La révolution fiscale des Gilets jaunes – ceux de la première heure des ronds-points ruraux – a été calmée  par davantage de « redistribution »  donc plus d’impôts. Et davantage de déficit, donc de dettes.

Au niveau auquel l’applique la France, la redistribution forcenée ne marche pas. C’est un contrat social perdant-perdant. Perdant pour les assistés qui restent dépendants ; perdant pour ceux qu’on ampute de ce qu’ils ont légitimement acquis.

Refusant ce constat, certains incitent à la fuite en avant et prônent, comme Thomas Piketty, « de dépasser la propriété privée par la propriété sociale et temporaire ».

Pour Thomas Piketty la propriété privée, source d’inégalité, doit être confisquée…

Tous égaux dans la servitude ?

L’économiste ne se donne pas la peine de lever le paradoxe suivant : si la propriété privée disparaît, on crée une société d’esclaves, de serfs, puisque personne ne peut être propriétaire des fruits de son travail. Pour lui, le Graal est l’égalité sociale, la société de clones ou de Playmobils mais certainement pas l’égalité en droit.

Pourtant, l’impôt idéologique, lutte des classes – qui est une atteinte à la propriété privée – est en réalité un immense gâchis comme le prouve l’expérience de la France, bien engagée sur la voie du communisme avec 57 % de l’activité économique contrôlée par l’État.

Plutôt que de basculer dans le néo-marxisme  prôné par Piketty, il serait temps de renouer avec une fiscalité mesurée et équitable, servant le véritable intérêt général et d’abandonner la fiscalité spoliatrice de clientélisme.

L’intérêt général est l’intérêt de chacun et se résume à la protection des droits naturels de chacun : liberté, propriété, sûreté et résistance à l’oppression. Ce triangle est le bastion qui protège chacun – jeune ou vieux, riche ou pauvre, homme ou femme – de l’esclavage. On ne peut être libre que si on est propriétaire des fruits de son travail et de ce qu’on a légitimement acquis ; à défaut on est exploité, esclave. Si chacun n’est pas protégé contre l’oppression, la propriété peut s’acquérir par la force en réduisant certains à la servitude ou en les expropriant.

Cette protection de l’intérêt général est assurée par la stricte égalité en droit. Les droits naturels sont individuels, indépendants de tout système juridique ou religion. Tous les autres « droits à » – que revendique un groupe face à un autre – entrent en conflit avec ces droits naturels. Ils sont enfantés par l’électoralisme, la démagogie, l’idéologie, le désir d’asservir une minorité.

Le seul impôt équitable est celui qui finance la protection des droits naturels

Le seul impôt équitable, servant l’intérêt général, est celui qui est dévolu à la protection des droits naturels. C’est ce qu’on appelle les fonctions légitimes (régaliennes) : police, justice, armée, diplomatie.

Toutes les autres « missions » de l’État qui se financent par l’impôt portent atteinte aux droits naturels en amputant les contribuables d’une partie de leur propriété sans raisons légitimes.

Certains objecteront que l’État peut très bien gagner de l’argent. En pratique, non, comme nous le constatons tous les jours puisque les services publics s’avèrent des gouffres.

En réalité, ou bien ledit service public peut être rendu de façon rentable et dans ce cas le secteur privé en concurrence le fera mieux car la concurrence abaisse les coûts et augmente la qualité. Ou bien il s’agit d’une activité qui n’est pas rentable, et dans ce cas personne ne peut gagner de l’argent en l’assumant, toute entreprise du secteur privé qui s’y aventurerait se condamnerait à la faillite. De telles activités doivent alors être laissées à l’initiative de la charité, du bénévolat, du mécénat.

La redistribution se fonde sur la coercition tandis que la charité, le bénévolat ou le mécénat s’appuient sur la libre initiative.

Évidemment, dans notre vie quotidienne, nous composons en permanence avec les principes. La société ne peut pas être une association de misanthropes intransigeants refusant tout compromis et nous sommes tous sous influence. D’où la tentation permanente d’appeler l’État à prendre le relais de nos propres décisions, de lui déléguer plus de choses et donc lui laisser capter une part plus importante de notre propriété et circonscrire notre liberté dans des cercles toujours plus étriqués. Pourtant, succomber à cette tentation est un mauvais calcul.

La rage de l’impôt trace des pistes de réflexion sur ces sujets pour renouer avec une politique fiscale plus harmonieuse. L’une de ces pistes concerne le poste social – qui représente 80 % des dépenses publiques – et plus précisément nos cotisations d’assurances sociales.

 

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