La concurrence, mieux que la réglementation

Mauvaise nouvelle : nos économies reposent de moins en moins sur la concurrence et de plus en plus sur la puissance monopolistique.

Par Serge Rouleau.

Dans notre économie décentralisée, c’est la pression de la concurrence sur l’entreprise qui tempère sa capacité d’augmenter son prix de vente à volonté. Si elle vend 1,10 dollar ce qui lui coûte 1 dollar à produire, c’est qu’elle est probablement disciplinée par la concurrence. Par contre, si elle ne craint pas de vendre le même produit 1,50 dollar, c’est sans doute qu’elle ne redoute guère que les concurrents lui volent ses clients.
La concurrence entre les entreprises protège les consommateurs contre les hausses de prix excessives. À l’inverse, l’absence de concurrence fait le bonheur des investisseurs. Le magnat américain du placement boursier Warren Buffett n’hésite pas à reconnaître que « fondamentalement, le critère le plus important pour évaluer une entreprise est sa capacité de fixer les prix. Si votre entreprise s’avère être un monopole que même votre idiot de neveu pourrait gérer et que vous pouvez augmenter vos prix sans perdre de clients aux mains d’un concurrent, alors vous avez une très belle entreprise. Par contre, si vous éprouvez le besoin de passer une journée en prière avant d’augmenter vos prix d’un tout petit dixième de cent, alors vous avez une entreprise affreuse… »
Pour savoir si, avec le temps, la concurrence s’est raffermie à l’avantage des consommateurs ou si elle s’est plutôt relâchée au profit des investisseurs, il faut suivre l’évolution du rapport entre les prix de vente et les coûts de production (taux de marge ou markup). Des chercheurs du Fonds monétaire international (FMI) ont récemment relevé plus de 630 000 de ces taux de marge entre prix et coûts pour les entreprises inscrites en Bourse dans 74 pays au cours des 37 années qui vont de 1980 à 2016.
Ce qu’ils ont trouvé n’est pas beau. De 1980 à 2016, le taux de marge des entreprises a augmenté dans toutes les économies avancées. Au Canada, comme l’illustre le graphique, il a bondi en moyenne de 51 % ; aux États-Unis, de 42 %. Nos économies reposent de moins en moins sur la concurrence et de plus en plus sur la puissance monopolistique.
Ces hausses du taux de marge entre prix et coûts ne se sont pas manifestées seulement dans les industries de haute technologie, comme on pourrait le croire. Elles ont touché tous les secteurs de l’économie, notamment la santé, la finance, l’immobilier et les biens et services de consommation. En même temps, les chercheurs ont trouvé que dans chaque secteur la hausse du taux de marge était surtout causée par un petit nombre d’entreprises dites « superstars », qui ont été capables de fixer leurs prix de vente à des hauteurs considérables par rapport à leurs coûts de production. Ce sont elles qu’affectionnent les investisseurs comme Buffett.
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