On ne peut redistribuer que ce qu’on a, ou la loi oubliée par les Gilets jaunes

Les Français sont-ils en train de sacrifier la poule aux œufs d’or ?

Par Yves Buchsenschutz.
Un article d’Entrepreneurs pour la France

En 1688, Jean de La Fontaine écrivait déjà « La poule aux œufs d’or » et il est probable que si la forme si parfaite est bien de lui, le fond est probablement une histoire bien antérieure. Fables et contes ont fait l’objet, au moins depuis Ésope, de multiples reprises.

L’avarice perd tout en voulant tout gagner.
Je ne veux, pour le témoigner,
Que celui dont la Poule, à ce que dit la Fable,
Pondait tous les jours un œuf d’or.
Il crut que dans son corps elle avait un trésor.
Il la tua, l’ouvrit, et la trouva semblable
À celles dont les œufs ne lui rapportaient rien,
S’étant lui-même ôté le plus beau de son bien.
Belle leçon pour les gens chiches :
Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus
Qui du soir au matin sont pauvres devenus
Pour vouloir trop tôt être riches ?

Jean de La Fontaine, Fables de La Fontaine, La Poule aux œufs d’or

Ce qui m’intéresse aujourd’hui est un peu différent. Il semblerait bien qu’en matière d’inégalités la France soit quasiment dans la position de ce malheureux propriétaire d’une poule aux œufs d’or. Claude Sicard dans plusieurs articles a eu l’occasion de décortiquer le problème des Gilets jaunes et des inégalités. Il s’en dégage en définitive une loi assez simple, pleine de bon sens.

On ne peut redistribuer que ce que l’on a

En quelque sorte la redistribution est toujours une fonction de la richesse. Non seulement plus un pays est riche, plus il peut redistribuer, mais encore cette redistribution pèsera-t-elle d’autant moins sur le reste de la population, en particulier sur celle qui crée la richesse. Si la richesse moyenne suisse est de 80 000 euros par tête et que l’on prélève pour redistribution 22 000 euros, cela représente un poids de 28 %. Il reste quelque part 72 %, c’est-à-dire 68 000 euros pour investir, financer la croissance, et pour chacun, jouir librement de son revenu. Si la richesse moyenne d’un Français est de 39 000 euros et que l’on veut redistribuer, moins, 17 000 euros, le poids deviendra 44 %.

Il ne restera dès lors plus que 22 000 euros pour financer l’investissement, la croissance et la libre dépense ce qui peut se révéler très vite insuffisant. Contrairement à beaucoup d’idées reçues, la France n’est plus un pays riche. Elle a en revanche décidé de redistribuer larga manu. La conséquence directe est que les sommes disponibles pour assurer la croissance de richesse sont devenues insuffisantes, dans tous les cas par rapport aux pays concurrents.

Quelque part, au lieu de cueillir les fruits un par un que notre coq national nous concocte, nous sommes en train de le tuer. Dans les courbes que Claude Sicard a travaillées, on voit clairement apparaître que les seuls pays capables de friser, tant le montant que le taux de redistribution que la France a décidé d’appliquer – mauvaise décision après mauvaise décision –, sont des pays nettement plus riches que nous. En conséquence de cette décision, le poids sur le fonctionnement de leur économie est infiniment plus faible et ne provoque pas l’asphyxie à laquelle nous assistons peu à peu.

Iceberg droit devant : en avant toute !

D’aucuns s’élèvent contre la transformation de l’ISF : le gouvernement a redonné 3,7 milliards d’oxygène à la création de richesse mais il vient de dépenser 11 milliards, voire plus, à augmenter la redistribution : cherchez l’erreur ! Ce qui ne fait d’ailleurs que s’ajouter aux décisions quotidiennes de dérapage des dépenses. Prenons un exemple : le Pass culture de Mme Françoise Nyssen.

Pour être honnête, on doit rappeler qu’il faisait partie du programme du président élu. Foin des mauvais résultats du pays ou de l’ardoise des Gilets jaunes, le test démarre dans quatre départements et devrait être lancé officiellement en septembre puis généralisé. Le montant du pass, attribué à tous les jeunes atteignant l’âge de 18 ans sera de 500 euros (cinq cents euros !) ! Vous avez bien lu, à la louche un quart de salaire minimum, 40 à 50 heures de travail de femme de ménage. On se demande à quoi ressemblent les comptes individuels de personnes qui ont fixé ce montant ?

Deux hypothèses : soit ils font partie de la catégorie des très riches en train de s’expatrier, soit ce n’est pas eux qui payent ! Le total du budget, en année pleine est évalué à 500 millions ! Lesquels se renouvelleront chaque année, car tout le monde a, au moins une fois dans sa vie, 18 ans.

En attendant une demande déjà prévisible de les percevoir chaque année entre 18 et 25 ans, voire à partir de 15 ans. Utilisation : quasi illimitée dès la mise en place (il faut que le jeune puisse choisir librement). Financement : réparti entre l’État et les « offreurs de culture » (cinéma, théâtre, musée…). Quelle que soit la présentation, ceci se fera en définitive par une attribution gratuite aux dépens de la collectivité, et continuera un peu plus à enfoncer le navire.

Pour une gorgée de bière

On trouvera ci-dessous, la petite histoire des 10 buveurs de bière, déjà souvent diffusée il est vrai, mais particulièrement d’actualité dans le contexte qui nous intéresse :
Prenons le cas de 10 amis qui se retrouvent chaque soir pour boire une bière et imaginons que l’addition totale se monte à 100 euros.
Normalement, cela ferait 10 euros par personne.

Mais nos dix amis préfèrent payer cette facture collective selon une répartition plus sociale, qui s’inspire du calcul de l’impôt sur le revenu, ce qui donne ceci :

  • Les 4 premiers, les plus « pauvres », ne paient rien
  • Le cinquième paye 1 euro
  • Le sixième paye 3 euros
  • Le septième paye 7 euros
  • Le huitième paye 12 euros
  • Le neuvième paye 18 euros
  • Le dernier, le plus « riche », paye 59 euros

Les dix hommes semblent assez contents de leur arrangement et ils continuent à se retrouver chaque soir pour boire leur bière, collectivement.

Jusqu’au jour où le tenancier décide de leur faire une remise de fidélité !
« Comme vous êtes de bons clients, et qu’il faut stimuler la consommation pour encourager l’économie du pays, j’ai décidé de vous faire une remise de 20 euros sur la facture totale. Vous ne payerez donc plus désormais vos 10 bières que 80 euros »
Le groupe décide de continuer à payer la nouvelle somme selon le même principe de répartition, inspiré de l’impôt.
Les quatre premiers continuent à boire gratuitement, et les six autres, les clients payants, s’interrogent sur la manière de diviser les 20 euros de remise de façon équitable. Ils calculent que 20 euros divisés par 6 font 3,33 euros. S’ils soustrayaient cette somme de leur partage alors les 5ème et 6ème hommes devraient être payés pour boire leur bière.

Le tenancier du bar, quoi qu’il ne soit pas ancien élève de l’ENA, suggère qu’il serait plus équitable de réduire l’addition de chacun d’un pourcentage inversement proportionnel à celui de leurs contributions individuelles, pour respecter les principes d’équité. Il fait donc les calculs pour ses clients.

Ce qui donne ceci :

  • Le 5ème homme, comme les 4 premiers ne paye plus rien. (un « pauvre » de plus !)
  • Le 6ème paye 2 euros au lieu de 3 (33% réduction)
  • Le 7ème paye 5 euros au lieu de 7 (28% de réduction)
  • Le 8ème paye 9 euros au lieu de 12 (25% de réduction)
  • Le 9ème paye 14 euros au lieu de 18 (22% de réduction)
  • Le 10ème paye 50 euros au lieu de 59 euros (16% de réduction)

Chacun des six « payants » paye moins qu’avant, voire zéro pour le 5ème, et les 4 premiers continuent à boire gratuitement.

Mais une fois hors du bar, chacun compare son économie :
« J’ai seulement eu 1 euro sur les 20 euros de remise », dit le 6ème, désignant le 10ème « lui, il a eu 9 euros ».
« Ouais ! dit le 5ème, moi aussi j’ai seulement eu 1 euro d’économie. C’est pas juste ! »
« C’est vrai ! » s’exclame le 7ème, « pourquoi aurait-il 9 euros alors que je n’en ai eu que 2 ? Le plus riche a eu le plus gros de la réduction. Cela n’est pas équitable. »
« Attendez une minute » crient les 4 premiers hommes, « nous quatre n’avons rien eu du tout. Le système exploite les pauvres. Faut pas se laisser faire ! ».
Les 9 hommes cernent le 10ème et l’accablent d’insultes.
La nuit suivante le 10ème homme, le plus riche, ne vient pas. Les neuf autres s’assoient et boivent leur bière sans lui. Mais quand arrive le moment de payer leur note, ils découvrent qu’ils n’ont pas assez d’argent pour payer ne serait-ce que la moitié de l’addition !!!

Et cela, chers Gilets jaunes, est le strict reflet de notre système d’imposition. Les gens qui payent le plus de taxes tirent plus de bénéfice d’une réduction de taxe. Taxez les plus fort, accusez-les d’être riches, et ils risquent de ne plus se montrer. En fait ils iront boire à l’étranger.

Pour ceux qui ont compris, aucune explication n’est nécessaire.
Pour ceux qui n’ont pas compris, aucune explication n’est possible.
La France chasse consciencieusement ses riches et s’appauvrit à due proportion.

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