Ne confondez pas climat et pollution

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Climat et pollution sont deux notions différentes. Hélas ! La confusion reste encore grande dans l’esprit du grand public. Et, pire, des décideurs.

Par Loïk Le Floch-Prigent.

Les écologistes politiques belges confrontés au choix du complément à assurer aux énergies alternatives (éolien et solaire) par des productions pilotables ont préféré le gaz naturel (fossile) au nucléaire (décarboné). Ils ont donc choisi la pollution contre le climat !

Mais on comprend la confusion des esprits quand on entend les ténors de la politique ou des éditorialistes fustiger les énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel) qui ruinent l’avenir du monde en feignant d’ignorer qu’elles représentent 80 % de l’énergie mondiale consommée et qu’il va falloir vivre encore pendant des dizaines d’années avec ces fléaux. À considérer que les auditeurs sont des imbéciles, on peut effectivement gagner des élections et vendre des journaux, mais on ne va pas résoudre les problèmes auxquels on se dit confrontés. Si les uns et les autres croient vraiment à ce qu’ils racontent, il faut qu’ils acceptent d’interroger la science sur les empreintes carbone des alternatives et qu’ils en acceptent les résultats.

Admettons la volonté des femmes et des hommes politiques de bien faire, celle des commentateurs d’accepter des raccourcis pour se faire lire ou écouter, mais la distance prise avec des données scientifiques de base de ces deux professions finit par laisser pantois. Jusqu’au plus haut sommet de l’État et dans des circonstances graves une telle ignorance de la réalité n’est pas admissible car elle conduit forcément à l’addition de mesures erronées et à un dérèglement de notre économie.

Revenons à quelques notions simples

Un certain nombre de scientifiques estiment que l’abus des émissions de gaz à effet de serre, pour simplifier disons le gaz carbonique ou CO2, conduit à un réchauffement climatique (on dit aussi dérèglement climatique car l’observation d’un réchauffement moyen de la planète patine un peu ces dernières années). La communauté scientifique a fait admettre cette observation au niveau de bon nombre d’États, rassemblés dans les fameuses COP dont la 21e à Paris a vu des engagements internationaux pris avec enthousiasme. Il existe toujours, y compris des scientifiques, des climato-sceptiques qui contestent les objectifs assignés aux humains, mais ils ont de plus en plus de mal à se faire entendre et même à avoir le droit de parler. Cela ne veut pas dire qu’ils ont tort, mais désormais il est difficile de ne pas tenir compte des objectifs de « décarbonation » que se sont fixés les chefs de beaucoup d’États.

Si on ne veut pas jouer les Don Quichotte, le problème est donc désormais de discuter des méthodes pour restreindre les émissions, et l’on verra bien si cela aura un effet sur le climat. La recherche de l’amélioration des émissions va de toute façon dans le bon sens, elle combat le gaspillage, elle promeut le développement durable, elle limite cette course effrénée à la consommation jetable et à la frénésie des achats relevant de l’éphémère. On pourrait dire qu’il y a des milliards d’individus sur Terre qui n’en sont pas là, mais ceux qui vivent dans la surconsommation sont utilement rappelés à la discipline et à leur responsabilité à l’égard de leurs semblables et des nouvelles générations.

C’est alors que les difficultés arrivent car à côté du climat où la règle est de combattre les gaz à effet de serre, un autre objectif se pose, celui de limiter les effets polluants des villes et autres conurbations. On veut donc rajouter la qualité de l’air des villes à la lutte pour le climat et on nomme les mêmes responsables en confondant allègrement les deux notions. Ainsi le gouvernement chinois qui ferme les centrales à charbon des villes pour les envoyer à la campagne est célébré comme un bienfaiteur du climat, surtout s’il peut ajouter quelques belles photos de centrales solaires sur des collines devenues désertes… d’humains.

Clairement on peut très bien prendre des mesures pour retrouver dans les villes une qualité de l’air acceptable tout en augmentant « l’empreinte carbone », c’est-à-dire tout en participant à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, c’est même le cas général.

La confusion règne encore dans les esprits

Les contradictions commencent à apparaître effectivement avec les antinucléaires qui mettent cet objectif avant tous les autres et essaient vainement de démontrer qu’une économie uniquement renouvelable est possible à relativement court terme.

Mais les tenants du véhicule électrique font la même erreur, car celui-ci est bon pour l’air respiré en ville mais mauvais pour le climat tant que les batteries nécessitent des métaux rares et des temps de recharge courts et géographiquement dispersés.

Ceci est vrai aussi de la multiplication des éoliennes réclamant des lignes nouvelles et des transformateurs, tandis que la nature peut être sévèrement attaquée par les ancrages à terre mais encore plus en mer. Le bilan carbone est difficile à apprécier, celui des attaques à la faune et la flore de plus en plus évident : ce n’est plus la pollution de l’air, c’est la pollution tout court.

C’est aussi le cas avec la fameuse idée d’une filière hydrogène renouvelable à partir de la méthanisation des déchets agricoles. Lorsque l’on fabrique du méthane, la fabrication de l’hydrogène produit du gaz carbonique et il n’a aucune raison d’être ni propre ni vert !

S’adapter plutôt que punir

Il faut donc réapprendre quelques notions simples de thermodynamique et de chimie, car si comme il est dit on veut sauver la planète, encore faudrait-il dans un premier temps accepter ses lois que la science nous apprend à mieux connaître pas à pas. Les principes de la thermodynamique et les connaissances sur le carbone, l’oxygène et l’hydrogène ne prêtent pas à interprétation politique ou éditoriale, les écologistes politiques peuvent rêver à d’autres planètes, pour l’instant ils sont dans celle-ci. On peut polluer moins et carboner plus, on peut carboner moins et polluer plus.

Pour caricaturer, je continue à dire que déplacer 80 kgs d’humain dans une voiture qui pèse 2,4 tonnes, ce n’est pas donner la voie du destin de l’humanité. Il va falloir apprendre à vivre avec des solutions mélangées, avec des baisses relatives de l’empreinte carbone et des pollutions en trouvant les meilleurs compromis. Vous ne verrez pas disparaître les énergies fossiles, mais vous allez en orchestrer la meilleure utilisation. Ainsi va le monde.

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