Automobile : « Crit’air », la vignette qui pollue le débat

La nouvelle vignette automobile « crit’air » ne serait-elle pas une réponse politique à un enjeu davantage médiatique ?

Par Pierre Chasseray.
Une tribune de 40 millions d’automobilistes

Automobile : « Crit’air », la vignette qui pollue le débat
By: Frédéric BISSONCC BY 2.0

Depuis deux années maintenant, on nous la promettait, cette vignette à poser sur le pare-brise de notre automobile, à grand renfort de communication alarmiste autour de la nécessité absolue d’un danger sanitaire, celui de la pollution. C’est dans ce contexte que le 15 janvier 2017 vit naître cette pastille « crit’air » imaginée par Ségolène Royal, ministre de l’Écologie et des Transports, et présentée comme un système de classification des voitures selon leurs émissions polluantes censé permettre aux élus locaux de « favoriser les véhicules les moins polluants ».

Si la classification elle-même, selon 6 vignettes distinctes numérotées de 1 à 5 peut déjà laisser songeur, il n’en reste pas moins qu’elle manque cruellement de pragmatisme et de réalité scientifique. Ainsi, un véhicule essence à injection directe neuf sera classé 1 là où un diesel neuf émettant moins de particules fines sera classé 2, faisant ainsi sourire tous les spécialistes.

Pourquoi une telle erreur ? Sans doute parce que ce système a été imaginé sur mesure par la ministre de l’Écologie pour la Ville de Paris, en manque d’arguments et de décrets ministériels pour interdire le diesel dans sa ville, mesure au cœur de ses engagements de campagne.

Incontestablement injuste socialement et scientifiquement, cette velléité parisienne a un effet direct sur nos régions, un effet « gangrène de la mauvaise idée » qui se répand. Ainsi, Montpellier métropole et Toulouse notamment s’intéressent de près à ce dispositif afin de limiter la circulation à certains véhicules. Si je ne remets pas en question le fait qu’un véhicule ancien pollue davantage, je ne peux m’empêcher d’espérer que nos élus prennent en considération les différences territoriales qui opposent Paris et nos réalités régionales.

Quand bien même Montpellier, Toulouse cherchent à bouleverser les comportements en apportant des réponses de transports en commun les plus efficaces possibles, il est indéniable que les périphéries urbaines ne sont pas soumises à la même diversité de fréquence et de moyens de transport que les villes de banlieue parisienne.

Un système parisianiste

Alors oui, cette vignette « crit’air » est une erreur car on ne peut pas imposer en province un système parisianiste. Oui, « crit’air » est une erreur car injuste socialement et scientifiquement. Oui, « crit’air » est une erreur car elle impose une restriction à une classe stigmatisée désignée seule responsable et coupable de la pollution urbaine. Et pourtant…

Saviez-vous que la qualité de l’air s’améliore d’année en année depuis 1990, dans nos villes comme dans nos campagnes ? Toutes les études sans la moindre exception, qu’elles proviennent d’organismes indépendants de surveillance de la qualité de l’air ou du ministère de l’Écologie, établissent le même constat : une amélioration claire et nette de la qualité de l’air sur tous les polluants depuis 1990.

Alors cette vignette « crit’air » ne serait-elle pas une réponse politique à un enjeu davantage médiatique, un moyen de récupérer politiquement les résultats des progrès technologiques constants, un peu comme un art d’enfoncer des « portières ouvertes » à grands coups de communication ?

Sur le webCet article a été publié une première fois sur le site Dis-leur.