L’arnaque du « Libérer Protéger » de Macron

Pourquoi le « Libérer Protéger » macronien est une arnaque économique et sociale majeure.

Par Nathalie MP.

Il y a un an, la Présidente LREM de la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale Brigitte Bourguignon s’exclamait en une du Figaro : « On a libéré, maintenant il faut protéger ». À l’époque, il fallait déjà un télescope géant pour arriver à discerner quelques poussières de libéralisation dans un univers de contraintes et de dépenses publiques renforcées, mais Marlène Schiappa a de bons yeux et elle confirme : la libéralisation, c’est fait et bien fait ; passons au volet social  du quinquennat !

On a lancé un certain nombre de mesures de libération de l’économie qui montrent des premiers résultats de façon factuelle et tangible.

Au gouvernement, on est nombreuses et nombreux a être mobilisés pour aller plus loin dans les mesures de protection maintenant qu’on a libéré. (Vidéo ci-dessous, Le Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro, 3 mars 2019, de 11′ 40″ à 14′ 30″)

Il faut reconnaître que la formule est pratique. À l’heure où la révolte des Gilets jaunes est venue révéler au grand jour l’insatisfaction économique et sociale de Français passablement désemparés, elle permet à Emmanuel Macron de retomber sur ses pieds après le tumulte. Non seulement il sait ce qu’il fait, mais il fait ce qu’il a toujours dit conformément au célèbre balancement qu’il a popularisé pendant sa campagne électorale : libérer les énergies et « en même temps » protéger.

Le « risque de l’impopularité »

C’est précisément le message que Mme Bourguignon il y a un an et Mme Schiappa aujourd’hui s’efforcent de faire passer : la grogne et l’impatience sont parfaitement normales puisque le gouvernement n’a pas hésité à « prendre le risque de l’impopularité » en libéralisant avec courage l’économie. Mais réjouissons-nous, le volet de la protection, le volet social, arrive. Il est même en route depuis le début ; et Marlène Schiappa d’égrener les petits-déjeuners gratuits dans les quartiers défavorisés, le congé maternité pour toutes et le reste à charge zéro pour les lunettes.

On remarquera qu’elle ne cite pas le moindre exemple de ces résultats « factuels et tangibles » de la libéralisation – et pour cause : le premier d’entre eux, notre taux de chômage, reste toujours aussi méchamment accroché à 9,1 % quand d’autres pays comparables sont en dessous de 5 %.

Autant l’on voit bien les dépenses publiques caracoler toujours plus haut (57 % du PIB), autant les plans pauvreté, égalité, banlieues, culture, transition écologique etc. forment la trame habituelle et coûteuse des annonces gouvernementales, autant l’on ne perçoit guère plus qu’il y a un an en quoi notre pays aurait été si puissamment libéré de ses lourdeurs structurelles.

Turbolibéralisme introuvable

Pour le dire comme h16, la tempête de turbolibéralisme qui serait passée sur la France avec Macron n’a pas eu lieu, si ce n’est dans les fantasmes hallucinés d’un pays drogué depuis trop longtemps à la redistribution via la taxation des riches et la dépense publique. En réalité, la France est le pays qui protège le plus tout en connaissant la situation économique et sociale la moins brillante parmi les pays comparables. Gênant.

Oui, l’ISF a été réduit en impôt sur le fortune immobilière ; oui, la fin du recrutement au statut privilégié des cheminots sera effective à partir de 2021 ; oui, les ordonnances Travail ont organisé la fusion d’instances du personnel trop nombreuses et plafonné les indemnités prud’homales ; oui, il est question de revoir l’indemnisation des chômeurs – domaine où la France se montre des plus généreuses alors que, comme on l’a vu, le taux de chômage ne baisse pas.

Mais peut-on sérieusement considérer que ceci pourrait suffire à faire de la France une grande économie libérale et dynamique quand parallèlement nos ministres ne songent qu’à récupérer des recettes fiscales au profit de notre triple État providence, stratège et nounou et au détriment des capacités productives du pays ?

Pas de libéralisation digne de ce nom, donc, mais ce n’est pas la seule raison qui fasse du « Libérer Protéger » macronien une arnaque économique et sociale majeure.

Fondamentalement, cette formule accrédite l’idée que toute tentative de libéralisation causerait un tel dommage dans la société qui faudrait immédiatement réparer les dégâts causés avec une triple épaisseur de protection supplémentaire du style emplois aidés et allocations diverses à tous les stades de la journée et de la vie.

Les Français en sont d’autant plus convaincus qu’on leur a expliqué depuis longtemps tout le mal qu’une Margaret Thatcher avait provoqué au Royaume-Uni : contrats zéro-heure, pauvreté partout, laisser-faire inique, finance sans foi ni loi, chômage… ah non, pas chômage (4 %) – mais de toute façon, ce ne sont pas de vrais emplois. On se rassure comme on peut, au prix d’une gymnastique mentale dans laquelle nombre de Français sont passés maîtres, moyennant pas mal d’ignorance pour les uns et une superbe dose de mauvaise foi pour les autres.

Selon cette conception, le volet libéralisation apparaît tellement peu souhaitable qu’on ne s’étonne guère qu’il soit finalement si peu développé dans la politique du gouvernement. Mais on comprend mal ensuite pourquoi il faudrait envisager de réparer quelque chose qui n’a certainement pas été endommagé par un excès de libéralisation. De quoi nous confirmer que la politique macronienne du « libérer protéger » n’était qu’un leurre badigeonné d’esprit réformiste et de modernisme startupeur destiné à masquer la continuité avec la période Hollande aux yeux des électeurs et des commissaires européens.

Croissance faible et chômage élevé

Mais posons-nous la question : pourquoi faut-il que les pouvoirs publics français organisent des petits-déjeuners gratuits dans les écoles des quartiers défavorisés ? Probablement parce que les responsables des mairies ou des écoles en question ont constaté que beaucoup de familles modestes faisaient l’impasse sur ce repas important pour les enfants faute de moyens financiers.

D’où pourrait venir ce manque de moyens, cette pauvreté (pour appeler les choses par leur nom) ? Sans doute pas d’une économie qui tourne à plein régime, mais plutôt d’une situation de croissance faible et de chômage élevé compliquée par une mauvaise adéquation entre les compétences disponibles et les compétences recherchées.

Autrement dit, qu’est-ce qui serait le plus protecteur : la solidarité étatique – la « politique du coeur » dirait Marlène Schiappa – celle qui prévaut en France aujourd’hui et qui consiste à prélever des impôts aux uns pour offrir des petits-déjeuners aux autres qui en ont besoin ? Ou bien une politique, y compris éducative, qui permettrait vraiment aux individus d’être autonomes et responsables et aux entreprises de créer des emplois et proposer des salaires autorisant chaque famille à subvenir à ses propres besoins par son travail ?

La même remarque s’applique au chômage. Que vaut-il mieux : indemniser largement, généreusement, nos trop nombreux chômeurs comme on le fait actuellement, avec la certitude que le chômage ne baissera pas structurellement, ou avoir moins de chômeurs en laissant les fonds utilisés dans les dépenses publiques s’investir directement dans la production ?

On sait, parce que d’autres pays en ont fait l’expérience et jouissent maintenant d’un niveau de vie des plus appréciables et des plus enviables, que la seule protection sociale qui vaille passe par une formation de qualité et un accès au marché du travail. Pas le travail financé par les impôts, mais le travail réel, le travail marchand, celui découle du libre jeu de l’offre et de la demande sur le marché de la production des biens et services.

Une telle économie est certes susceptible de connaître des périodes plus ou moins fastes, mais le jeu du système général des prix fait qu’elle retrouve toujours son point d’équilibre tandis que toutes les tentatives « conscientes » – prix minimum, fonds de soutien, quotas et subventions en tout genre – pour forcer le retour à l’équilibre ne parviennent qu’à empirer la situation.

Il en résulte qu’une action politique porteuse de prospérité ne consiste pas à libérer et protéger selon deux mouvements pratiquement contradictoires, le second venant réparer par l’impôt et la dépense publique les méfaits fantasmés du premier au prix d’une dégradation de la situation économique, mais, tout simplement, à libérer. C’est au sein de cette libéralisation que chacun aura les meilleures chances de trouver les ressources qui le protégeront le mieux. À méditer, je crois.

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