Pass culture : aveu d’échec et échec probable

La nouvelle révolution culturelle proposée par le gouvernement cache deux échecs cuisants.

Par Nathalie MP.

« Est-ce qu’on pourra acheter une place pour Star Wars avec le Pass culture ? » demandait récemment un journaliste à la ministre de la Culture Françoise Nyssen. « Mais j’espère bien qu’on pourra voir Star Wars avec ça ! » a-t-elle aussitôt répondu sur le ton de l’évidence la plus enthousiaste. 

Ainsi, ce serait cela, la nouvelle « révolution » culturelle du gouvernement : 400 millions d’euros par an budgétés nulle part, mais prélevés à coup sûr sous forme d’impôt et de dette comme si le pays roulait sur l’or, pour que les jeunes de 18 ans puissent faire ce qu’ils font déjà très bien tout seuls, à savoir aller au cinéma ? N’en déplaise à Mme Nyssen, cela n’a rien d’évident.

J’exagère. Il s’agira aussi d’acheter des livres, d’aller au théâtre, au musée, au concert (Beethoven ou One Direction ?), bref, donner à tous les jeunes les moyens d’accéder à la culture à raison de 500 € chacun. Si l’on écoute les jeunes eux-mêmes, il faudrait inclure le sport, les restos, les jeux vidéo et Netflix. On glisse vite au « Pass loisirs ».

Clientélisme électoral

Il est vrai que la ministre a exprimé ensuite une réserve obscure : l’offre du Pass culture sera « éditorialisée ». Comprendre, comme elle l’a expliqué plus clairement hier, qu’il y aura « des choix à faire »  ?

Entre le possible clientélisme électoral à l’égard de jeunes citoyens qui atteignent au même moment l’âge de voter, et la probabilité non nulle de déboucher sur une offre culturelle très encadrée par l’État, avec tous les risques de conformisme que cela comporte tant pour ceux qui offrent des produits culturels que pour ceux qui les consomment, tout montre que la « révolution » en question est une mauvaise idée pour la liberté de création et pour l’autonomie des jeunes.

Sans compter que l’application mobile sous-jacente est en cours de développement par l’État devenu startup pour l’occasion. Une mission enthousiasmante selon la ministre, mais une mission qu’on ne lui demande nullement, d’autant que l’offre culturelle existante est déjà répertoriée sans limitation de contenu sur mille supports privés ou publics, sur papier ou sur internet. Et une perspective peu rassurante tant l’État a montré, avec le système Louvois de paie des militaires par exemple, combien il manie le flop avec brio dans le domaine informatique.

Sans compter également que l’expérience italienne dont le gouvernement s’est inspiré devrait inciter à la prudence : effet d’aubaine pour les jeunes qui fréquentaient de toute façon les lieux culturels ; quant aux autres, ils se sont arrangés pour récupérer les sommes aimablement mises à leur disposition par l’État pour les dépenser à leur guise aux frais des contribuables.

Mais, va-t-on m’objecter, tant de jeunes n’ont pas la chance de vivre dans un milieu sensible à la culture, tant d’autres ou les mêmes sont au chômage ! Il est normal que l’État rétablisse un peu d’égalité.

J’aime ces arguments ! Ils consistent ni plus ni moins à admettre que l’État a complètement échoué en matière de prospérité économique et d’éducation nationale, domaines dans lesquels il intervient pourtant massivement.

Imaginons un système scolaire plus performant, imaginons une économie plus florissante, moins de chômage et plus de pouvoir d’achat – imaginons un environnement libéral où chacun est en état économique et moral de décider pour lui-même, en quelque sorte. Nul besoin alors de dicter aux gens ce qu’ils doivent faire pour avoir une vie épanouie et nul besoin de les subventionner pour cela.

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