L’État nounou se fout de nous !

Mary Poppins By: MaddyInDisneyland - CC BY 2.0

Les politiques tendent de plus en plus à restreindre les libertés des citoyens « pour leur propre bien » et ignorent les conséquences néfastes de ces mesures.

Par Frédéric Duval.

La France est classée à la sixième place des États nounous d’Europe.

Les mesures françaises sont principalement centrées sur les taxations à tous les niveaux des biens considérés comme nocifs pour la santé.

Dans un autre article, j’évoquais l’objectif réel de la taxe sur les sodas… qui n’était pas réellement conçue pour améliorer la santé publique mais bien pour renflouer les coffres vides de l’État.

L’ancien ministre des Finances, François Baroin, l’avait avoué sans vergogne sur France 2.

J’avais aussi abordé les effets secondaires de ces taxes :

  • Augmentation du marché noir
  • Perte de pouvoir d’achat, en particulier pour les plus pauvres
  • Coût supplémentaire pour la gestion bureaucratique de cette taxe
  • Transfert de la consommation sur d’autres produits qui produisent des conséquences similaires voire pires.

Il est triste de constater que les politiques tendent de plus en plus à restreindre les libertés des citoyens « pour leur propre bien » et ignorent les conséquences néfastes de ces mesures.

La taxe n’est pas la seule mesure paternaliste existante dans l’arsenal des politiciens.

L’autre mesure traditionnelle, c’est la « prohibition », l’interdiction totale ou partielle de la vente d’un produit.

Je voulais d’ailleurs vous raconter une aventure qui m’est arrivée au cours de mes voyages en Europe de l’Est.

Ne touchez pas à ma bouteille !

Il y a deux ans, je fus invité à Vilnius, en Lituanie, pour une conférence sur le boom économique des pays baltes.

Après une sympathique soirée dans un bistrot, nous avions envie de finir nos discussions au domicile d’un ami local.

Je proposais d’aller acheter une bonne bouteille de vin à emporter pour agrémenter notre soirée.

J’entre donc dans le premier magasin du quartier et l’épicier, après avoir encaissé, débouche la bouteille devant moi.

Je regarde, médusé, ce dernier me tendre une bouteille ouverte.

Je lui demande s’il peut me rendre le bouchon… il me fait comprendre dans son anglais approximatif qu’il ne peut me donner qu’un sac en plastique.

Je ne comprends rien de ce qui vient de se produire.

Voyant mon hésitation, il prend le sac en plastique et l’enfile DANS ma bouteille.

Je paierais pour voir ma tête en sortant de l’épicerie, une bouteille ouverte à la main avec un sac en plastique sortant du goulot !

Mon ami m’explique :

Le gouvernement lituanien a décidé de lutter contre l’alcoolisme et limiter la vente d’alcool à emporter.

Ne voulant pas nuire au fonctionnement des bistrots, restaurants et boîtes de nuit, il a donc légiféré ainsi : à partir de 20h, il est interdit de vendre des bouteilles d’alcool non ouvertes.

Pour maintenir leur business et leur chiffre d’affaires, les épiciers et autres commerçants vendent les bouteilles ouvertes, et installent un semblant de table et chaise pour faire croire à une consommation sur place.

Ne pouvant restituer le bouchon pour assurer le transport étanche de la bouteille, les vendeurs donnent le sac en plastique traditionnel pour emporter ses courses, qui devient alors le seul moyen de fermer la bouteille…

Les consommateurs rentrent donc chez eux avec des bouteilles ouvertes, ce qui les incite à toutes les consommer plutôt que les stocker pour une prochaine fois.

Pour la lutte contre l’alcoolisme, on repassera.

La prohibition ne fonctionne pas

Et ce n’est pas nouveau…

La prohibition de l’alcool aux États-Unis durant les années folles (20-30) a été un échec retentissant : explosion du marché noir, alcool frelaté, etc.

La prohibition partielle, telles que les taxes et autres mesures, a également des effets secondaires désagréables, et le bilan est rarement glorieux.

Il n’existe d’ailleurs pas de lien entre le niveau de développement des mesures paternalistes d’un État et l’espérance de vie des citoyens.

Sur ce graphique de l’institut Epicenter, on observe que les différents pays (points rouges) sont éparpillés sur le graphique, signifiant l’absence de lien de corrélation entre le nombre de mesures paternalistes (nanny state) et l’espérance de vie.

Il y a cependant un lien clair entre capacités économiques et espérance de vie.

Sur ce dernier graphique, on note une corrélation (la barre rouge sur le graphique) entre la capacité économique des pays et leur espérance de vie.

Ce qui est vrai entre pays l’est aussi à l’intérieur : les personnes les plus précarisées sont les plus soumises à l’obésité, au tabagisme ou à l’alcoolisme.

Lutter contre la pauvreté, pas contre les choix !

La cause n’est donc pas le produit en lui-même mais la misère économique des gens.

Les mesures de l’État-nounou précarisent encore davantage ces personnes en les taxant, en les frustrant et en les poussant dans l’illégalité pour satisfaire leurs vices ou plaisirs.

Car les lois ne suppriment pas leurs problèmes. Il est scientifiquement prouvé que l’addiction est avant tout psychologique. Toutes ces mesures incitatives n’enlèvent rien à la réalité humaine.

Le pire est que les politiques se rendent bien compte de l’inutilité de ces mesures sur le plan sanitaire. Ils sont suffisamment intelligents pour comprendre les rapports et les chiffres.

L’augmentation du prix du tabac en est un exemple flagrant : elle se fait progressivement pour ne jamais dépasser le seuil psychologique qui entraînerait une véritable baisse de la consommation !

Là encore, le gouvernement doit montrer qu’il est utile et qu’il agit.

La prohibition est simple à mettre en place et les taxes permettent de compenser les problèmes budgétaires.

Les mesures paternalistes sont donc très intéressantes pour les politiciens.

Elles leur donnent des votes et de l’argent pour leurs budgets.

Cela me fait penser à cette citation de Benjamin Constant, auteur classique de la littérature française qui disait ceci : « La multiplicité des lois flatte dans les législateurs deux penchants naturels, le besoin d’agir et le plaisir de se croire nécessaires. » (Principes de politique).

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