Eureka ! Le régime idéal pour l’Humanité aurait été trouvé !

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Suggérer un régime à l’ensemble de l’humanité pose déjà quelques questions, vouloir l’imposer sans fondement autre qu’idéologique serait une grave erreur.

Par Brice Gloux.

Le 16 janvier, est paru un rapport réalisé par la revue The Lancet et la fondation EAT dans lequel les auteurs ont cherché à savoir comment nourrir sainement 10 milliards d’êtres humains d’ici 2050 tout en préservant la planète. Le rapport ayant eu grand écho dans la presse, il sera question ici d’un regard critique d’un point de vue santé.

« Une pomme par jour éloigne le médecin… Si on vise bien » – Winston Churchill

Des macronutriments…

Alors que l’un des auteurs de l’étude explique que « la façon dont nous mangeons est l’une des causes principales […] des maladies non-transmissibles », on observe que le régime est principalement axé sur les glucides, à 51 %, ce qui amène déjà à s’interroger sur la pertinence de vouloir conserver l’exclusivité d’une pyramide nutritionnelle basée sur ces macronutriments.

En effet, l’alternative d’une pyramide nutritionnelle axée principalement autour du gras est une piste sérieuse. Il en avait déjà été question ici cet été à propos des maladies cardio-vasculaires, il en va de même pour le diabète, où après le Royaume-uni et l’Australie, l’association américaine sur le diabète a reconnu dans ses nouvelles normes le rôle que pouvait avoir un régime low-carb sur la prise en charge des patients atteints de cette maladie, ainsi que sur la perte de poids.

Les données probantes suggèrent qu’il n’y a pas un pourcentage idéal de calories provenant des glucides, des protéines et des lipides pour toutes les personnes atteintes de diabète. Par conséquent, la distribution des macronutriments devrait être basée sur une évaluation individualisée des habitudes alimentaires, des préférences et des objectifs métaboliques actuels. Tenir compte des préférences personnelles (par ex : la tradition, culture, religion, croyances et objectifs en matière de santé, économie) ainsi que des objectifs métaboliques pour déterminer avec les individus le meilleur modèle d’alimentation pour eux.

Un mot aussi sur la maladie d’Alzheimer, dont la piste métabolique n’est pas exclue. Les différents travaux sur le rôle de l’insuline (et de la résistance à cette hormone : voir ici, ici ou ), ainsi que les différentes expériences personnelles concluantes qui se multiplient autour du globe tendent à suggérer que le maintien du monopole de la pyramide nutritionnelle axée sur les glucides est préjudiciable pour un bon nombre de personnes.

Il est souvent répondu qu’il s’agit ici de régime pour personnes malades, et que si nous sommes en bonne santé, il n’y a pas lieu de faire changer les choses. Néanmoins, la prévention primaire a son importance et si mettre un casque n’est pas nécessaire pour faire du vélo, il n’est pas déraisonnable d’éviter d’attendre un accident pour en mettre un.

… aux micronutriments

Surtout, pour en revenir à l’étude EAT-Lancet, en regardant de plus près le « le régime alimentaire santé de référence » comme il est modestement nommé par les auteurs, on note différentes déficiences au niveau des micro-nutriments, et pas uniquement au niveau de la vitamine B12. Zoë Harcombe a ainsi entré les différentes données proposées dans un tableau et observé les déficiences suivantes : en rétinol/vit A (17 % seulement), Vitamine D (5 %), Vitamine K, Sodium (22 %), potassium (67 %), calcium (55 %), et fer (88 %, d’autant que celui-ci est mieux absorbé par le corps quand il provient de source animale). Par ailleurs, en ce qui concerne les acides gras essentiels, elle note que :

ce régime est probablement déficient en oméga-3 et a très certainement un mauvais rapport oméga-6/oméga-3. Le poisson est la meilleure source d’oméga-3 et les 28 g de poisson dans le régime alimentaire EAT fournissent 284 mg d’acides gras oméga-3 alors qu’un AJR de 1,6 g pour les hommes adultes est recommandé.

Il est souvent rétorqué à ceux qui mettent en avant les régimes low-carb qu’il manque d’études à long terme sur les effets de ce régime. Mais qu’en est-il du régime alimentaire de référence ? Vu les déficiences journalières, ça n’augure rien de bon, non ?

Enfin, outre le fait de faire la part belle aux fruits et aux légumes (le cinq par jour, vous oubliez, c’était juste une collation), l’étude ne se prive pas de diaboliser la viande une nouvelle fois. Ils ne sont pas vaches pour autant, ils en ont laissé un peu : 7 grammes par jour. Heureusement qu’avec le lundi vert, on pourra peut-être généreusement doubler notre part un autre jour de la semaine. Bref ! Si encore cela reposait sur des preuves indiscutables et rigoureuses ; mais il n’en est rien. Cette page rapporte différentes études sur lesquelles la croyance « viande = mauvais pour la santé » repose :

L’Organisation mondiale de la santé en est un exemple frappant quand elle désigne en 2015 la viande rouge comme cancérigène (pour le cancer colorectal). Mais cette décision dépendait entièrement de données épidémiologiques qui montraient que le “risque relatif ”de contracter ce cancer chez les consommateurs de viande rouge, comparativement à ceux qui ne consomment pas de viande, n’était que de 1,17 à 1,18. Les risques relatifs inférieurs à 2 sont généralement considérés dans le domaine de l’épidémiologie comme étant trop faibles pour établir une corrélation fiable.

 « La philosophie nous enseigne à douter de ce qui nous paraît évident. La propagande, au contraire, nous enseigne à accepter pour évident ce dont il serait raisonnable de douter. » Aldous Huxley

Ce positionnement anti-viande est d’un point de vue santé, purement idéologique. Qu’une personne fasse le choix de manger plus ou moins de viande, plus ou moins de légumes pour X raison (santé, par principe, pour raison financière, etc.) relève, au niveau de la santé, d’un choix personnel : c’est elle qui décide en fin de compte ce qu’elle croit être le mieux pour sa santé. Mais non content de présenter un régime déficient nutritionnellement sous une base scientifiquement douteuse, ces chercheurs veulent l’imposer à l’ensemble de l’humanité, sous couvert évidemment d’être la référence :

Toutefois, il est peu probable que l’ampleur des changements apportés au système alimentaire soit couronnée de succès si elle est laissée à l’individu ou au libre choix du consommateur. Ce changement nécessite un recadrage au niveau de la population et au niveau systémique. En ce qui concerne les interventions politiques radicales, il s’agit en revanche de lois, de mesures fiscales, de subventions et de sanctions, de reconfiguration du commerce et d’autres mesures économiques et structurelles.

En novembre dernier, lors de la sortie d’une étude conduite par Marco Springmann (et également co-auteur du rapport de ce mois), celui-ci exprimait le fait que « personne ne veut que les gouvernements disent aux gens ce qu’ils doivent et ne doivent pas manger. » Pourtant, ce premier rapport n’est que le début d’une longue campagne de diabolisation de la viande, puisque pas moins de 35 évènements en rapport sont prévus tout autour du globe. Comme le souligne à juste titre Frédéric Leroy, professeur en microbiologie industrielle et biotechnologie alimentaire :

le danger est que la surestimation de certaines préoccupations se traduise par un discours anti-bétail, créant une fausse impression de consensus scientifique et fasse plus de mal que de bien dans un monde qui a besoin de repas riches en nutriments et de systèmes alimentaires durables.