Nucléaire national : les préconisations du rapport Pompili

Centrale nucléaire du Tricastin (Crédits : Sancio83, Image libre de droits)

Patient nucléaire, dites 33 ! Comme le nombre de préconisations de la Commission Pompili.

Par Gérard Petit.

« Rien ne va plus !, » ce n’est pas l’annonce d’un croupier de casino, mais bien l’expression qui pourrait résumer la teneur générale du rapport de la commission parlementaire restée cinq mois au chevet du nucléaire national.

Un ajout de poids à une campagne de dé-légitimation bien orchestrée pour dire à l’opinion que désormais « les jeux sont faits ! ».

Avant son retour au pouvoir, De Gaulle fustigeait les Partis « qui faisaient bouillir leur petite soupe sur leurs petits réchauds » sans intérêt aucun porté à la marche du pays.

Parallèle hardi sans doute, le rapport Pompili sur la sécurité nucléaire souligne (entre autres) l’entre-soi des exploitants nucléaires (dans une acception large), qui feraient bouillir leur brouet radioactif dans leurs grandes marmites, sans estimer devoir rendre de comptes à personne.

Il était donc grand temps qu’un aréopage de « chasseurs de failles », élus donc représentants du peuple et non des spécialistes du domaine, vienne regarder par-dessus l’épaule de ces neutrons libres que sont les acteurs de l’électronucléaire. Il ne faut donc pas s’étonner qu’une telle enquête n’ait pas été confiée à l’OPECST, choix qui n’aurait pas écarté le risque d’un huis-clos de techniciens compétents.

Par ailleurs, quelle belle « contextualisation » pour ledit rapport que les derniers exploits de Greenpeace, sur le site du Bugey cette fois. L’Organisation y est en effet brillamment passée du statut revendiqué de lanceur d’alerte à celui de lanceurs de drones ! Quoi de plus pédagogique qu’un propos théorique (celui de la commission) corroboré immédiatement par des travaux pratiques (ceux de Greenpeace) une conjonction si aboutie qu’elle ne manque pas  de susciter des interrogations.

D’une coïncidence l’autre, le rapport sort juste au moment de la forclusion de la consultation publique sur la PPE, beau tir groupé qui vient en coda de tout un ensemble de décisions prises récemment dans le domaine de l’énergie (plan solaire EDF, plan hydrogène du gouvernement, déblocage des projets d’éolien offshore…) alors même que la parole était donnée au bon peuple, dont manifestement on se fiche des avis comme d’une guigne . C’est d’autant plus dommageable qu’en l’occurrence, il avait été disert.

Que dit le rapport Pompili ?

Quand on veut noyer son chien, on le dit enragé, aussi  trouve t-on décrites à longueur de pages du rapport les pathologies dont souffriraient nos réacteurs, la plus évidente étant le vieillissement. Ce critère, parfaitement subjectif pour qui connaît un peu le sujet, devrait néanmoins servir d’étalon pour remplir une première charrette conduisant des réacteurs vers l’arrêt définitif, sur la route qu’aura ouverte Fessenheim.

Entre autres alertes, sont volontairement confondues des « non qualités » avérées de construction des nouveaux réacteurs avec des négligences dans l’exploitation qui sont loin d’être le quotidien d’opérateurs particulièrement légalistes, mais qu’importe.

Mieux, c’est aussi le corps médical dépêché de façon permanente au chevet de ces centrales malades (qui s’ignorent…) dont il faut repenser le positionnement et l’organisation avec l’entrée en lice d’experts dits indépendants (de qui ? de quoi ? la réponse n’est pas fournie dans le package).

Tout en maintenant un confinement radioactif efficace, il est urgent d’ouvrir grandes portes et fenêtres pour que l’activité nucléaire soit enfin sous le regard de tout un chacun, gage d’une sûreté et d’une sécurité nucléaires sans tabous, où toutes les questions seraient posées, sans que les fameux lobbies y fassent barrage.

Mais au final, explicitement ou en filigrane, ce qui transparait d’évidence dans ce rapport, c’est la volonté d’accompagner l’électronucléaire vers la sortie en l’encadrant strictement afin qu’il ne manque pas la porte. Dans l’intervalle, l’exploitation doit devenir irréprochable, et le nucléaire veillé comme le lait sur le feu.

Rapport Pompili : uniquement à charge

Dans cette veine, il s’agit de se préparer à cette désintégration radioactive et donc de prendre à bras-le-corps la question de la déconstruction des installations et du devenir des déchets ultimes, afin d’être prêts pour le grand remplacement souhaité et tant pis si c’est le gaz qui viendra massivement suppléer les carences intrinsèques de l’intermittence et l’absence du nucléaire remercié.

Aujourd’hui, l’électronucléaire national est pourtant un ensemble sous le contrôle de professionnels, d’abord au sein d’EDF par toute la structure de contrôle interne, puis par l’ASN (Autorité administrative indépendante), appuyée efficacement par l’IRSN (EPIC dédié).

Le nombre et la qualité des personnels engagés dans les dispositifs de contrôle, de même que le positionnement et le rôle respectif de ceux-ci, font que le système français (régulation et exploitation d’ailleurs) est très souvent pris comme référence par ses pairs étrangers ; en particulier, la voix de l’ASN, est très respectée.

Des inspections internationales régulières, dont celles menées par l’AIEA corroborent ces avis positifs.

Le rapport Pompili, exclusivement à charge et plaidoyer antinucléaire inexorable n’en comporte pas moins des constats justifiés et des recommandations qu’il faudrait suivre.

La nécessaire sous-traitance, entre autres parce qu’EDF, exploitant, ne possède pas toutes les compétences des constructeurs des matériels, pose dans d’autres domaines d’utilisation des problèmes mal résolus, auxquels la réponse n’est pas triviale.

De même,  les non qualités des fabrications constituent une préoccupation majeure, dont l’EPR de Flamanville fait encore actuellement les frais, fruits amers d’une trop longue traversée du désert.

Au final, même si la France aime à s’auto-fustiger, parfois à raison, il ne faut pas séparer les critiques acerbes de ce rapport, des finalités politico-économiques sous jacentes et bien souvent même émergentes.