Énergie : la guerre asymétrique entre le dogme et la raison

Chaque fois qu’un argument spécifique est présenté en faveur du nucléaire, ou contre un aspect de la transition énergétique, il lui est opposé une plus grande aspiration moraliste visionnaire et altruiste, par exemple celle du sauvetage de la planète.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Énergie : la guerre asymétrique entre le dogme et la raison

Publié le 19 juin 2018
- A +

Par Michel Gay et Michel de Rougemont.

Pour l’avenir de la production énergétique en Europe, il existe une guerre asymétrique entre des opinions de militants convaincus par leurs dogmes et des avis formés sur des bases rationnelles.

Une opinion se forme sur un a priori idéologique alors qu’un avis (de l’Académie des sciences par exemple) devrait être fondé sur la connaissance et des considérations bien pesées.

L’opinion anti-nucléaire l’a emporté en Suisse en mai 2017. En agglomérant une clause du non-renouvellement du nucléaire à une série de mesures dans une loi générale sur l’énergie, c’est une loi d’interdiction qui a été votée. L’analyse post-scrutin montre que, paradoxalement, le fatras nommé transition énergétique a été avalisé non pas tant par enthousiasme écologique mais avant tout grâce au sentiment anti-nucléaire, sans trop se soucier de la validité de la stratégie énergétique proposée. Grâce à ce « succès », le nucléaire en Suisse se trouve dès lors en soins palliatifs et mourra sans possibilité de reconstruire de nouvelles centrales.

Les pro-nucléaires ont échoué, même en présentant cette technologie comme étant rationnellement la meilleure pour faire de l’électricité sans utiliser de carburants fossiles.

La Suisse a ainsi non seulement programmé l’abandon du nucléaire, mais elle a aussi mis en place une stratégie énergétique qui ne tiendra pas la route. En effet, 35 à 40% de son approvisionnement en électricité ne se remplacera pas par un coup de baguette magique. L’hydraulique plafonne à 55% de la production (les principales vallées exploitables sont déjà utilisées), tandis que le vent et le soleil ne participent que pour moins de… 3%, et de manière irrégulière !

Plus grave : aucun physicien ou ingénieur nucléaire ne sera plus formé dans ce pays ce qui obérera ses futures capacités à changer d’avis.

Des arguments sur la sécurité et la sûreté inaudibles

Les arguments relatifs à la sécurité et à la sûreté ne sont pas audibles dans un environnement politique et médiatique totalement indisposé à les recevoir et à les présenter de manière équilibrée. Les batailles de chiffres et autres considérations économiques n’ont même pas lieu, ni en France, ni ailleurs, tant elles sont rébarbatives. Ce n’est pas suffisamment « sexy » et accrocheur.

De tout temps dans l’Histoire, l’argumentation rationnelle est rarement celle qui fait gagner une cause. Comment s’opposer au populisme écolo-climatique antinucléaire sous-jacent à toutes ces manœuvres alors que, justement, le nucléaire est une technologie éprouvée, en constante amélioration et qui n’émet pas de gaz à effet de serre ?

Les habituels opposants idéologiques et viscéraux aux avancées de la technologie (nucléaire dans ce cas mais il y en a bien d’autres), aux solutions existantes pour prévenir les accidents, éviter les pollutions et traiter les déchets, manœuvrent bruyamment pour attirer l’attention du public et le conditionner défavorablement.

Mais, il y a plus grave.

Dans les hautes sphères gouvernementales et même dans les entreprises du secteur énergétique une mouvance qui sait défendre ses propres intérêts (souvent financiers) chevauche sur cette transition énergétique avec le même enthousiasme irresponsable pour l’avenir de l’Europe. En cela nos gouvernants sont bien mal conseillés. Idem avec les médias conformistes, même s’il y a des poches de résistance refusant de décérébrer la population, ce qui est risqué pour la carrière de certains journalistes.

Le point de vue idéologique

Chaque fois qu’un argument spécifique est présenté en faveur du nucléaire, ou contre un aspect de cette transition énergétique, il lui est opposé une plus grande aspiration visionnaire et altruiste, par exemple celle du sauvetage de la planète.

Une approche raisonnée et ouverte, non dirigée par des a priori idéologiques, est systématiquement opposée aux souffrances du monde et à une série de cas particuliers allant du cancer à la disparition de la biodiversité. Il est ainsi quasiment impossible de débattre, tant les dés sont pipés.

Voilà le contexte dans lequel se trouve notre monde industrialisé européen devenu postmoderne. Chinois, Indiens et Russes peuvent s’en réjouir, l’avenir leur appartiendra.

La tactique efficace pour empêcher ce rouleau compresseur d’écraser toute approche rationnelle est encore à trouver et à mettre sur pied. Jusqu’à présent, il faut bien constater qu’elle a échoué. Il ne s’agit plus de mettre des rustines à une loi de transition énergétique inapplicable en l’état, mais, sans trop d’illusions, de faire émerger un peu de raison face à une utopie énergétique fondée sur des éoliennes et des panneaux photovoltaïques.

Voir les commentaires (21)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (21)
  • Bah , on est dans le domaine de l’affectif et de la domination commerciale des uns par le en autres..pas de nucléaire égal une bonne dose de milliards dans la poche de quelques milliardaires..il n’y a pas de milliardaires dans le nucléaire donc on n’a pas besoin du nucleaire même si c’est la façon la plus rentable..pour qui ?….de produire de l’énergie électrique.

  • C’est ce que j’écrivais dans un commentaire d’un article de Valeurs actuelles ayant pour titre « Bac de philo : pourquoi la dissertation ne sert (plus) à rien » :
    On pourrait dire la même chose pour les mathématiques. On apprend plus aux élèves qu’à appliquer des formules, la géométrie a pratiquement disparu. Et quand ils arrivent en classe prépa, math sup, ils s’aperçoivent qu’ils ne savent rien, ne savent pas raisonner. Les profs de prépa disent que les élèves ont un niveau minable et doivent passer une bonne partie de l’année à relever la remise à niveau des élèves.
    Même chose pour la physique. Quand on voit les articles et les théories des écologistes qui relèvent de l’idéologie mais sûrement pas des sciences. Par exemple :
    – les voitures électriques quand on sait que tout moteur a un rendement inférieur à un, il y a intérêt à diminuer le nombre de moteurs entre la source initiale d’énergie et le moteur de la voiture et donc les voiture à essence ou diesel sont les plus économiques.
    – remplacer les centrales nucléaires par l’éolien ou le solaire sauf qu’il y a des jours sans vent ou sans soleil, comment fait on?
    – on va manquer d’eau dans le futur FAUX l’eau ne peut pas disparaître, c’est un cycle et donc il y a toujours la même quantité d’eau à l’échelle de la planète
    – le réchauffement climatique une « vraie tarte à la crème » comme argument pour vendre et reéquiper des gens déjà équipés
    – etc.

    • « – on va manquer d’eau dans le futur FAUX l’eau ne peut pas disparaître, c’est un cycle et donc il y a toujours la même quantité d’eau à l’échelle de la planète »
      D’eau douce, potable, facilement disponible, voyons.
      « – le réchauffement climatique une « vraie tarte à la crème… » »
      https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/videos/10157158004262281/
      « – les voitures électriques quand on sait que tout moteur a un rendement inférieur à un, il y a intérêt à diminuer le nombre de moteurs entre la source initiale d’énergie et le moteur de la voiture et donc les voiture à essence ou diesel sont les plus économiques. »
      Ce serait plutôt le temps de recharge et l’autonomie, le problème de l’électrique, non ?
      Et le coût à l’achat, vu la faible diffusion.
      .
      « Les profs de prépa disent que les élèves ont un niveau minable » Tous les profs disent cela depuis la nuit des temps, recommencer à zéro avec une nouvelle promo est sans doute démoralisant…
      .
      Sinon je suis pour le nucléaire propre et sécurisé, pas le choix pour le moment, vu l’état de la science et vu notre addiction énergétique.
      Et pour relativiser, « science sans conscience n’est que ruine de l’homme », l’idéologie à sa place dans tout debat, ce n’est pas à la science de décider quoi faire, ce n’est pas son rôle, ça ne retire pas qu’il y a bien des idéologies foireuses. 🙂

      • La science n’a jamais rien décidé. Ce sont toujours les être humains qui décident.

        • La science ne décide rien en effet, mais les humains croient décider. Ce qui structure les sociétés, c’est leur technologie. Elles évoluent beaucoup plus inconsciemment que consciemment, en fonction des avancées technologiques, permises par les esprits curieux et les scientifiques: le feu, la roue, l’agriculture, la métallurgie, l’écriture, l’imprimerie, le télescope, le microscope, la machine à vapeur, le moteur à explosion, l’énergie nucléaire, le transistor, la télévision, la structure de l’ADN, internet, le téléphone mobile etc… tout cela impose complexité, spécialisation, éducation etc…
          Les politiques croient diriger le monde, mais ce ne sont que des hommes de théâtre, des médiateurs qui ne comprennent pas grand chose de tout çà , mais font de la « sociologie »

      • « Ce serait plutôt le temps de recharge »
        Il diminue à vue d’oeil.
        Quasiment divisé par deux en 3/4 ans. Et ça continue.

        « et l’autonomie »
        Le prochain roadster tesla aura une autonomie de 1.000 Km.
        Plus que bien des voitures essence.

        « le problème de l’électrique, non ? »
        C’est une nouvelle technologie.
        Elle prend ses marques, innove, se développe et se déploie.
        Rome ne s’est pas faite en un jour.
        Les problèmes se règlent…. un par un.

        « Et le coût à l’achat, vu la faible diffusion. »
        Tesla modèle 3, 35.000$
        Coût quasiment divisé par deux.
        Encore une fois, laissez à cette technologie le temps de se développer.
        Vous nous rappelez le prix de vente d’une « automobile » en 1900 qu’on rigole ?
        SI on avait eu les mêmes réflexions que vous, on circulerait encore en voiture à chevaux.

        • Je trouve « amusante » votre conclusion … vu que je suis exactement du même avis que vous . Qu’est ce qui vous a laissé penser le contraire ?

        • Le temps de recharge « quasiment divisé par deux en 3/4 ans » : il n’y a pas de miracle et les lois physiques ne sont pas divisées par deux. A autonomie et puissance égales, les temps de recharge sont strictement identiques.

          L’électricité n’est pas une énergie mais un vecteur énergétique. La question de la production/stockage de l’énergie reste non résolue avec la voiture électrique. A moins d’une rupture technologique pour l’instant inaccessible (par exemple un moteur nucléaire miniaturisé tenant sous le capot), il n’y a rien à en espérer. L’électricité n’est pas une nouvelle technologie et si elle a été abandonnée dès le début de l’ère automobile, ce n’était pas un malencontreux hasard mais une nécessité objective.

          On roulera grâce au pétrole naturel ou artificiel encore de longues décennies (pour ne pas dire siècles).

        • @laurent75005
          Vous auriez voulu donner raison par votre exemple personnel à l’article que vous n’auriez pu mieux faire : à tout argument concret vous répondez par une promesse moyennant subvention. Si on avait eu les mêmes réflexions que vous, depuis trois siècles le pays aurait fait faillite chaque année.

        • Quand vous parlez d’une automobile de 1900, vous faites sans doute référence à, par exemple, la « Jamais Contente » de Zénobe Gramme, qui était un modèle ayant visiblement 110 ans d’avance sur son temps vu qu’en 2018 la voiture électrique est encore une « nouvelle technologie »…

      • @bienavous: Vous êtes un peu hors sujet 😉

        Eau : Les plus gros consommateurs d’eau sont les industries et l’agriculture. Quand les 2 se retrouvent dans un pays habituellement sec, avec un régime politique favorisant la production autarcique, l’eau tout court manque fatalement. Mais c’est un manque dans le périmètre du pays, parfois temporairement le temps de la saison sèche, pour ses besoins exagérés.
        La qualité potable de l’eau est par contre du fait principalement d’une mauvaise gestion.

        Voiture électrique : le contexte de l’article est l’usage efficient de l’énergie, pas des contraintes d’usages des véhicules électriques. Or les conversions nécessaires pour arriver à charger en électricité la batterie sont bien plus dispendieuses que l’utilisation directe des sources d’énergie (pétrole, et surtout gaz).

        L’article reproche bien une conscience absolument arrogante, qui veut se couvrir de l’apparence d’une justification scientifique : Consensus, alarmisme, solution imposée, négligence et occultation des risques (pour tous) et des gains (pour certains). Discuter de cet usage faussé de la science n’est pas n’avoir pas de conscience.

        • « Vous êtes un peu hors sujet  »
          lolons en effet, je ne fais que commenter le commentaire de lapaladine manquant de justesse sur certains points.
          tout le monde me répond ! lol
          répondez plutôt à lapaladine.
          lisez bien mes propos ils n’excluent pas les vôtres…re lol

  • L’article n’échappe pas à la l’asymétrie qu’ il dénonce (la poutre et la poutre)…
    Les anti-nucléaires y sont des militants dogmatiques et populistes qui ont des opinions… Les pro-nucléaires sont des gens doués de raison qui formulent des avis raisonnables…

    • « Les pro-nucléaires sont des gens doués de raison qui formulent des avis raisonnables »
      oui, mais être « pro nucléaire » implique forcément d’avoir réfléchi à la question. Instinctivement, l’homme sera anti nuke mettant dans la balance uniquement les risques.
      J’en parle car ma première voiture était tapissée d’autocollants antinucléaires. J’en ris encore.

      • Moi, jadis, j’étais pro-nucléaire. Aujourd’hui, je suis agnostique. Du coup, les délires idéologiques des deux camps m’amusent.

  • Le problème est d’opposer la raison à la raison car l’idéologie s’appuient également sur du raisonnement. On peut bien citer quelques inepties pour les décridibilser mais on ne fait que tourner en rond. En revanche seul les faits, la réalité des échanges font bougés les lignes. Cela fait 20 ans que l’on parle de transition énergétique et pourtant on est loin des objectifs affichés. La recherche sur les réacteurs à sels fondus est assez dynamique me semble t-il ? De petits réacteurs voient le jour ici ou là. Pourquoi le nucléaire échapperait à l’ubérisation ?

  • Comme diraient les idéologues de tout poil : « Les faits sont violemment démentis par mon opinion »…

  • C’est plutôt l’écologie qui tue l’avenir! Pas le nucléaire qui fait fonctionner notre soleil, source de vie!
    Ce qui confirme que les écolos sont des ignares imbéciles.

  • C’est la récession généralisée et la faillite inéluctable de l’Obèse qui remettront les esprits à l’endroit, quand la douleur consécutive à la maigreur du porte-monnaie surpassera la prétention aussi ridicule que stupide de sauver une planète qui n’en a évidemment nul besoin.

  • Vous avez raison mais que c’est difficile de se faire entendre!

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Quand il a prononcé devant quelques rares partisans son discours de Marseille, on pouvait supposer qu’Emmanuel Macron se laissait aller à une « grosse blague », comme on dit précisément à Marseille. La démesure de son propos était excusable car il devait infléchir son discours vers la gauche puisque la cité phocéenne était entièrement acquise à Mélenchon. D’ailleurs les critiques ont relevé que l’expression « planification écologique » était de Mélenchon lui-même !

Mais les choses se sont aggravées et il semblerait que le grand projet ... Poursuivre la lecture

L’échec d’une institution – entreprise, État, organisation, parti politique – a généralement de nombreuses causes, mais la principale d’entre elles est souvent l’enfermement dans des modèles mentaux contre-productifs. Le récent échec des écologistes à l’élection présidentielle en est un bon exemple, dont d’utiles leçons peuvent être tirées au-delà du seul champ politique.

Même s’il était finalement attendu, le score de 4,63 % obtenu par son candidat Yannick Jadot représente une cruelle déception pour le camp écologiste. Mais il est sur... Poursuivre la lecture

Ah les seventies ! L’ORTF, Le Petit Rapporteur, les reportages de Daniel Prévost dans le village de Montcuq et les batailles de boudin blanc ! Ce ne sont sans doute que des ouï-dire pour les plus jeunes, mais le parfum de l’impertinence ne s’est pas totalement évaporé.

Peut-être que quelques-uns se souviennent encore de cette interview d’un grand chef étoilé qui, à la question posée par un des joyeux compères de l'émission de Jacques Martin et Stéphane Collaro : « pourquoi les grands chefs sont tous des hommes, alors qu’à la maison, ce... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles