Discours d’Édouard Philippe : les 5 occasions manquées

Le discours d’Édouard Philippe est une occasion manquée, celle de réformer en profondeur le pays pour qu’il puisse affronter les défis économiques, politiques et sociaux de demain.

Par Frédéric Mas.

Emmanuel Macron s’est exprimé lundi devant le Congrès, et son Premier ministre, Édouard Philippe, a eu pour tâche mardi de présenter les applications pratiques d’un programme général orienté vers l’« efficacité ». Malheureusement, les propositions phares du collaborateur du nouveau président sont très timides, voire carrément cosmétiques.

La dépense publique effleurée

Ainsi, Édouard Philippe propose 3 leviers pour réduire la dépense publique, consistant à : « stopper l’inflation de la masse salariale dans la fonction publique » ; « choisir et remettre en cause certaines missions » et « repenser les politiques publiques qui pèsent sur nos effectifs ».

Il n’est plus question de remettre en cause le statut exorbitant d’une partie de la fonction publique, qui creuse l’écart entre le public et le privé, et même au sein de la fonction publique l’écart entre le contractuel et le statutaire.

Les deux autres propositions restent vagues, suffisamment vagues pour ne pas compromettre l’autorité directoriale de la haute fonction publique sur la vie publique du pays.

La pression fiscale

Le Premier ministre a également insisté sur la nécessité de réduire la pression fiscale d’« un point de PIB sur 5 ans », sans pour autant expliquer comment cela se ferait sans avoir recours à la dette ou sans la cure d’« austérité » tant redoutée. Pour que la chose soit envisageable, il n’est malheureusement pas possible d’en appeler à un simple ralentissement des dépenses publiques.

La hausse de la CSG

« La suppression des cotisations des salariés financée par un transfert de la CSG redonnera du pouvoir d’achat, dès 2018, à plus de 20 millions d’actifs » pour Édouard Philippe. Ici, nous avons affaire à un classique tour de passe-passe technocratique, visant à faire peser le poids de la dépense publique sur une clientèle plutôt que sur une autre, les retraités plutôt que les actifs.

Il s’agit là d’une mise en application de l’idéologie anti-retraités portée par France Stratégie consistant à ne rien changer en termes de dépense publique, simplement à pénaliser les retraités au profit, très incertain, vus les coûts de transaction de l’appareil bureaucratique, des actifs.

La réforme du Code du travail

Sur le Code du travail, le discours tenu a été suffisamment flou pour satisfaire tout le monde et son chat. Les propos voilés contre l’économie de rente et l’accompagnement des entreprises les plus dynamiques seraient de bonnes choses, à condition d’en savoir un peu plus sur la méthode utilisée.

Seulement ces réformes cosmétiques ne remettent pas en cause le logiciel bureaucratique même du Code du travail, qui met au cœur de son bon fonctionnement le très lourd appareil syndical français.

État d’urgence et terrorisme

Sur le terrorisme, les propos du Premier ministre ont été particulièrement flous, et ont consisté à rappeler la nécessité de trouver un équilibre entre « dureté » et préservation de l’État de droit.

Rien n’a été dit sur la prochaine intégration des dispositifs principaux de l’État d’urgence dans le droit commun, ou la gestion étatique catastrophique de la crise des migrants.

Sur ce dernier point, le Premier ministre semblait plus prompt à chercher à convaincre nos partenaires européens que nos concitoyens. Il eut été sans doute préférable de tenir ici un discours de vérité sur les flux migratoires et leur mauvaise gestion par le politique.

Pour conclure, il est regrettable que le nouveau Premier ministre, et indirectement, le nouveau président, ne soit pas capable de proposer un programme d’action plus adapté à l’urgence de la situation, celle de la banqueroute de notre modèle social et politique.