Retraites : en marche vers une faillite très rapide

Le rapport annuel du Conseil d’Orientation des Retraites montre que les prochaines années seront difficiles : les retraites seront déficitaires de 10 milliards d’euros dès 2020.

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Retraites : en marche vers une faillite très rapide

Publié le 26 juin 2017
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 Par Eric Verhaeghe.

Le rapport annuel du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) a pris des allures d’audit complémentaire à celui de la Cour des Comptes. Loin du triomphalisme affiché en son temps par Marisol Touraine (qui s’était vantée d’avoir terrassé les déficits sociaux), les prévisions montrent que les dix prochaines années seront très difficiles, même en cas de reprise économique.

Dans ce genre d’exercice (celui des prévisions à long terme sur les comptes sociaux), il existe un incontournable : la projection d’une série de scénarios où la croissance, le taux de chômage, la productivité, évoluent de façon différente. Personne n’est jamais véritablement convaincu par les hypothèses ou les combinaisons d’hypothèses retenues. Dans le cas du COR, celles-ci varient d’une croissance à 1% en moyenne pour pousser jusqu’à 1,8%.

L’intérêt des simulations est de montrer que, jusqu’en 2040, dans tous les cas, le régime par répartition, à réglementation inchangée, accusera un déficit important. En dehors de l’hypothèse à 1,8%, le besoin de financement sera d’au moins 10 milliards par an pour les vingt prochaines années. Si la croissance se maintient à 1%, il dépassera les 20 milliards à l’horizon 2025.

Les causes de ce phénomène sont bien connues : la durée de vie à la retraite augmente plus vite que les recettes naturelles du régime.

Une catastrophe pour les retraites à court terme

L’un des intérêts majeurs de l’étude du COR est surtout de montrer que, d’ici à la fin du quinquennat, les retraites seront forcément déficitaires, quel que soit le scénario de croissance qui se produise. Il n’y a donc pas à tortiller, ni à prendre un quelconque pari.

Dans tous les cas, Emmanuel Macron sera confronté à une dégradation des comptes sociaux qui l’obligera à réagir pour tenir l’objectif de 3% de déficit dans le cadre des traités.

La dégradation sera même très rapide. Selon le COR, la France se promet un déficit de 10 milliards d’euros en 2020 si des mesures d’urgence ne sont pas prises.

C’est une très mauvaise nouvelle pour Emmanuel Macron qui avait imaginé pouvoir compter sur un petit répit et n’engager sa réforme des retraites qu’à partir de 2018.

Des solutions difficiles pour le nouveau Président

Dans la pratique, la dégradation des régimes de retraite agit comme une véritable peste : une fois le virus diffusé, il est très difficile de le combattre. Les remèdes à court terme sont en effet peu nombreux, bien connus et pénibles à faire avaler au public.

De deux choses l’une en effet.

Soit Emmanuel Macron retarde l’âge de départ à la retraite… mais cette option sera compliquée à mettre en oeuvre pour un Président qui a annoncé une réforme systémique qui laisserait à chacun le soin de choisir son âge de départ1.

On voit mal comment d’une main, le Président pourrait promettre un système notionnel où chacun part quand il le souhaite, et d’une autre main expliquer doctement que la traduction immédiate de ce dispositif consiste à repousser l’âge des partants.

Soit le Président adopte la solution déjà discrètement pratiquée par Marisol Touraine : la baisse des pensions. En retardant les indexations d’un semestre, la précédente ministre a en effet pu glaner quelques précieux milliards au détriment du niveau réel des retraites.

Reste, bien entendu, le troisième levier : éponger le déficit par une énième augmentation des cotisations. Mais, dans ce cas, sauf à admettre publiquement qu’il ne renouvelle rien et qu’il déçoit collectivement son électorat, Macron devra trouver des économies sur d’autres sources de financement de la Sécurité sociale pour compenser ce sérieux coup de canif à ses promesses.

La difficulté, pour le Président, c’est que le temps va manquer pour finasser. Dès 2019, le déficit devrait repartir en sérieuse hausse.

Sur le web

  1. Ce que promettait le programme En Marche

    Après plus de vingt ans de réformes successives, le problème des retraites n’est plus un problème financier. Les travaux du Conseil d’Orientation des Retraites, qui font référence, le montrent : pour la première fois depuis des décennies, les perspectives financières permettent d’envisager l’avenir avec « une sérénité raisonnable » selon le Comité de Suivi des Retraites. L’enjeu aujourd’hui n’est donc pas de repousser l’âge ou d’augmenter la durée de cotisation.

    Pourtant, les Français ne savent plus s’ils peuvent se fier à leur système de retraites. Beaucoup, parmi les jeunes notamment, ont perdu confiance. L’opacité des règles conduit à ce que notre système de retraite par répartition, qui est l’expression de la solidarité entre générations, ne fournisse pas à chacun la sécurité qu’il est en droit d’attendre. Ceux dont les carrières sont heurtées ou les font passer par différents statuts – salarié, indépendant, agent public – sont facilement pénalisés. On ne sait si des nouveaux efforts vont être demandés. Chacun a l’impression d’être moins bien traité que d’autres.

    Notre projet, ce n’est pas de changer encore une fois tel ou tel paramètre du système de retraites. Il n’est pas de sortir de la répartition. Il est de rétablir la confiance et de construire un système adapté aux parcours professionnels et de vie d’aujourd’hui et de demain. Il est de clarifier et de stabiliser les règles du jeu, une fois pour toutes, en mettant en place un système universel, juste, transparent et fiable, dans lequel chacun bénéficie exactement des mêmes droits.

    Notre système restera fondé sur la répartition, qui est l’autre nom de la solidarité entre les générations. Il restera collectif et solidaire. Il continuera à tenir compte de la diversité des carrières, dont certaines sont plus longues ou plus pénibles. Il préservera les avantages sociaux, par exemple ceux qui sont liés à la maternité. Mais il le fera de manière plus transparente et plus juste.

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  • La retraite par points est justement un moyen de passer progressivement vers un système de retraite par capitalisation, en choisissant soi-même son niveau de prise en charge par le régime « général » tout en permettant de compenser ses baisses inévitables des pensions.

    • On va vers un système similaire à la sécurité sociale: remboursement par la SS qui diminuent régulièrement en % et compensation de la différence par les mutuelles… avec augmentation des honoraires des mutuelles.

      • J’avais calculé, il y a quelques années que, par rapport à une professeur des écoles, ma retraite de libéral était 8 fois moins intéressante ! C’est à dire moitié moins élevée pour des cotisations 4 fois plus élevée! En plus je partirai beaucoup plus tard en ayant travaille beaucoup plus! C’est beau la répartition…

        • Donc si vous êtes resté en libéral alors que vous le saviez c’est que vous êtes stupide , vous voudriez que je pleure ?

    • Pour capitaliser il faut d’abord avoir même des micro-capitaux.

      Combien de Français ne le peuvent pas ?

      Ensuite il faut bien placer ce plus ou moins gros capital.

      Et ça c’est devenu, sauf à être très riche, totalement impossible vu l’endettement des états, les USA inclus.

      Mais ne le répétez surtout pas. Ça risquerait de créer la panique. Et de vous faire réaliser que votre sympathique conseiller bancaire ne veut pas regarder la réalité en face.

      Contentez-vous d’aller tous les jours sur les quelques sites de vendeurs/stockeurs de métaux précieux, l’or surtout.

      Ça déniaise sur la vraie situation économico-financières française

  • Seuls ceux qui ne sont pas concernés par le drame des retraites ont droit à proposer des solutions inaptes
    En 1974 l’intelligent mais pas vacciné à la pensée unique Antoine PINAY avait, lui, vu le changement de société et la nécessité de mettre en place une solution équitable : remplacer les charges sur salaires par une taxe sur le chiffre d’affaires (et non une TVA récupérable par certains) et une taxe sur les énergies produites et consommées. Mais voila cela impose la fin du statut public et des régimes spéciaux c’est-à-dire de tous les profiteurs qui bénéficient d’une retraite garantie sans participer à son coût

    • Ça n’est qu’une solution de taxation de plus : au final c’est toujours le consommateur ou le salarié qui paie !
      La question à se poser, si le financement est ainsi rendu « universel » est effectivement la suppression des régimes spéciaux.
      Mais c’est aussi le niveau de pension identique pour tous, quelle qu’ait été la carrière, le niveau de vie antérieure, quelle que soit la situation familiale ou économique.
      Sinon, c’est du communisme pur jus : de chacun selon ses moyens (taxation aveugle), à chacun selon ses besoins (le système finira donc par exploser)…

    • Suppimons le satut fonctionnaire des policiers , gendarmes er gardiens de prison et vous verrez si beaucoup continueront à postuler . Vous assurerez votre sécurité vous même .

  • C’est le principe de la retraite par répartition, décidée par les communistes du CNR qui est viciée dès lors que le nombre d’actifs sur retraités dépasse un certain seuil. Or nous sommes bien au delà, aidé par notre choix collectif du chômage de masse.
    Tant qu’on s’arcboutera sur ce système, la faillite sera toujours au bout, quelles que soient les modifications à la marge.

    • Non, ne n’ai pas le CNR, c’est Pétain, car la loi date du 15 mars 1941. Cette loi préparée par René Belin, qui n’était autre que l’ancien secrétaire général de la CGT. Cette loi mettait fin à un certain régime par capitalisation, datant de 1930 et qui a permis entre ces dates d’accumuler 11 milliards de francs. Qui se sont dispersés entre 41 et 44 dans les ministères. CQFD.

    • le probleme n est pas repartition/capitalisation mais le fait qu il y a de plus en plus de retraités, qui vivent de plus en plus vieux et en plus avec des pensions de plus en plus elevées (en 45 un retraité etait un misereux, pas le genre a aller faire des croisieres)
      a partir du moment ou vous devez payer plus, il faut ponctionner plus le secteur productif. que ca soit par repartition (ou c ets les actifs qui paient) ou par capitalisation (ou la ponction est indirecte puisqu elle se fait via les dividendes ou les interets)
      L avantage de la capitalisation, c est qu on ponctionne sur le monde entier (repartition se fait en taxant que les actifs francais) et qu on peut plus facilement baisser les pensions (si votre fond degage 2% de rendement, vous allez pas pouvoir payer autant que 5%).

      PS: en 1945 les retraites ont ete instaures pour que les gens qui ne POUVAIENT plus travailler car trop vieux ne meurent pas de faim. Pas pour payer du bon temps pendant 25 ans aux baby boomers

      • Analyse vraie et fausse à la fois, Nous vivons plus vieux oui… mais l’exemple des croisières est un peu faux, ce sont plutôt les croisières qui sont devenues plus abordables comme la TV ou les voitures.
        Après avoir cotisé toute ma vie, je reçois en retraite un peu plus de 50% de mes derniers salaires. Ça ne me permet pas de faire des croisières même si elles sont devenues plus abordable et je ne pense pas être seul dans ce cas.
        Ce que je trouve aberrant par exemple c’est un vieux (moi par exemple), j’ai le droit de me faire vacciner tous les ans contre la grippe alors qu’un actif, qui potentiellement risque un arrêt de travail, n’a que le droit de se le payer ; ça n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

  • la Suède a mis en place un système par points tel que préconisé par Macron, mais elle disposait pour ce faire d’une cagnotte de plus de 30% du PIB. malgré cela en raison du déséquilibre grandissant actifs/retraités, le système est en train d’exploser …

  • « On voit mal comment d’une main, le Président pourrait promettre un système notionnel où chacun part quand il le souhaite, et d’une autre main expliquer doctement que la traduction immédiate de ce dispositif consiste à repousser l’âge des partants. »
    En gesticulant tout en scandant : « Car c’est notre BROCHET ! »

    « Ce que promettait le programme En Marche »
    Tout le texte transpire le socialisme dégoulinant.

  • Donc le programme de Macron est de ne rien faire et tout laisser en l’état ! C’est bien un socialiste!

  • La France a le 2ième PIB d’Europe! Les Français ont le 11ième PIB d’Europe! Cherchons l’erreur?
    Cela veut dire que nous sommes dirigé par des incompétents depuis 30 à 40 ans et qui n’ont jamais réussi à faire profiter le peuple français de la richesse de leur pays…
    Le Luxembourg tant décrié par la bien-pensance française:
    -1er PIB d’Europe par habitant (à peu près 3x le niveau français)
    -un retraité de l’enseignement secondaire touche après 40 ans de carrière 6 500€ bruts par mois. La caisse de retraite luxembourgeoise a 30 ans de réserves pour assumer l’avenir de ses retraités.
    -Cotisation salariales: 13% employeur et 12% employé.
    Ces seuls chiffres devraient nous prouver combien la « grande Nation » n’a jamais œuvré pour ses citoyens mais bien pour le profit de quelques happy few surtout actif à 2km autour de la Tour Eiffel…
    Il serait peut-être temps de dire la vérité…..

    • @ tradition

      « La caisse de retraite luxembourgeoise a 30 ans de réserves pour assumer l’avenir de ses retraités. »

      Le plan à 50 ans est en préparation depuis un bon moment déjà! (Y compris pour les 88 800 frontaliers français).

  • Charentais et cdg+100000 : j’apprends que le 1er cocos n’était pas de Gaulle mais Pétain, de mieux en mieux nous avons vraiment la droite la plus bête du monde ! Par ailleurs effectivement, vu l’augmentation de l’espérance de vi, le principe memes d’un « système de retraite » collectif (repartition

  • Le principe memes de « système de retraite »( repartition ou fonds de pensions ) doit être remis en question pour un libéral.

    • Exactement, On ne comprend même pas pourquoi la question se pose. La retraite est un problème privé et individuel. L’Etat ne devrait rien avoir a faire la dedans.
      Je dois pouvoir épargner de la manière que je souhaite, m’arrêter de travailler quand je veux, et dépenser mon épargne comme je le veux.
      La seule loi qu’un libéral pourrait admettre en compromis serait juste une obligation d’épargner un minimum, afin de ne pas être a sec a la retraite, tout comme l’état oblige une assurance voiture au tiers au minimum.
      Il serait impensable que l’Etat prélève une taxe sur notre feuille de paie pour payer l’assurance voiture Étatique.

      • @ Melissa H
        Je comprends votre point de vue libéral que je partage.

        Cependant: épargner, à l’heure actuelle, grâce aux manipulations monétaires, ne vous rapportera que le taux d’inflation, laissant ainsi stagner votre capital, sans jeu boursier.

        De plus, la ponction fiscale et d’autres facteurs (perte d’emploi, conséquences familiales, divorce, alcool) conduisent vite au statut de « travailleur pauvre »! Épargne impossible!

        Enfin, après entrée dans le système « sécu » de retraite, il est évidemment impossible de récupérer vos billes!

        Alors, on fait quoi? On ne voit que trop bien que l’état tentera de sauver le système actuel le plus longtemps possibles.

        Les vrais libéraux sont loin d’être majoritaires en France et si E.Macron pourrait faire des réformes, il ne fera pas de miracle!

  • Plus exactement, ce qui permettra de vous donner une retraite de misère.
    Et si vous n’êtes pas content, on vous répondra que vous n’aviez qu’à partir plus tôt.

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