La peur du risque : le vrai suicide français

Nos sociétés sont désormais pétrifiées par la peur du risque et de l’inconnu. Au lieu de chercher à relever des défis et prendre des initiatives, elles paniquent et se bloquent.

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La peur du risque : le vrai suicide français

Publié le 29 octobre 2021
- A +

Par Alexandre Massaux.

La peur du risque est devenue une arme de destruction massive de nos sociétés. Il suffit de s’intéresser aux médias ou d’écouter le personnel politique pour entendre, lire ou voir du catastrophisme. Qu’il s’agisse de la crise sanitaire, de la crise environnementale, des problèmes sociétaux ou de la place de la France ou des pays occidentaux dans le monde, on nous répète à longueur de temps que tout s’effondre.

L’optimisme semble avoir disparu pour laisser place à un pessimisme et un catastrophisme ambiant et permanent. Mais cette situation n’est pas une fatalité, elle est le produit d’une perte de confiance en soi des individus et de nos sociétés. La perte de nos valeurs fondatrices basées sur la rationalité est de fait le vrai danger.

La prise de risque contre le principe de précaution

Plusieurs éléments ont contribué au rejet de la prise de risque et à la paralysie. L’un des principaux est le principe de précaution. Contrairement à certaines idées reçues, il n’est pas né aux États-Unis, mais en Allemagne. Comme le rappelle le Parlement européen :

« Le principe de précaution est apparu en droit allemand, sous le terme de Vorsorgeprinzip (qui peut également se traduire par principe de prévoyance), au cours de l’élaboration de la législation sur la pollution atmosphérique durant les années 1970. »

Mis en avant lors du Sommet international de Rio de 1992, ce concept a depuis pris une grande importance dans nos sociétés. On considère qu’il entre en œuvre quand deux conditions sont réunies :

  • une incertitude scientifique sur un sujet,
  • des enjeux ou des dommages potentiellement de grande ampleur.

Ce principe de précaution peut donc s’appliquer dans de nombreux cas, la science présentant des incertitudes car elle est par définition en évolution. Ses effets néfastes sont d’ailleurs bien documentés.

Dans L’inquiétant principe de précaution (2010), les sociologues Gérard Bronner (actuellement président de la commission éponyme) et Étienne Géhin pointent ses dérives dès l’introduction :

« Si nous nous sommes intéressés à ce que nous appellerons le précautionnisme, c’est-à-dire la doctrine qui sous-tend la volonté d’appliquer partout le principe de précaution, c’est qu’au cours des quinze dernières années ses manifestations sont devenues si envahissantes dans notre vie quotidienne que nous ne craignons pas de le considérer comme le fait idéologique majeur de ce début de millénaire. Le but de cet essai sera de dévoiler les implications juridiques, économiques et sociologiques du précautionnisme, ses non-dits et même les éléments parfois impensés qui en font un danger redoutable pour nos sociétés. »

Ces arguments de bon sens situent bien plus tôt le problème des excès de ce concept, et ce depuis plus d’une décennie. La crise du covid illustre parfaitement ce « fait idéologique majeur de ce début de millénaire ».  Souvenons-nous de l’ancien Premier ministre Édouard Philippe qui évoque le risque pénal justifiant le manque d’initiative pour la gestion de crise :

« Si vous voulez que les échelons politiques ou administratifs soient moins réactifs, faites en sorte d’ajouter un risque pénal à chaque décision, a-t-il martelé. Si vous ne réfléchissez pas à cela, vous passez à côté d’un sacré bout du sujet ».

Cette situation n’est pas seulement particulière à la France, mais à l’ensemble des pays occidentaux qui ont laissé ce principe s’emparer de leur vie.

L’incertitude, y compris scientifique, fait partie de la vie. Chercher à la supprimer revient à nier l’initiative et l’innovation. Pire, ce principe pousse à la paranoïa : pour bloquer une innovation ou une initiative, il suffit d’agiter le drapeau rouge des catastrophes générant de la peur au sein de la population, laquelle fera pression pour bloquer toute prise de risque. C’est un cercle vicieux extrêmement malsain qui s’est mis en place.

Le progrès scientifique et la rationalité remplacés par les idéologies et la peur du risque

Ces dernières années, la science occupe de plus en plus les discours publics. On nous dit « d’écouter la science ». Mais doit-elle être médiatisée ? Les médias recherchent de plus en plus le sensationnalisme, incompatible avec la recherche de la vérité et de la rationalité de la science.

Cette situation est liée à la surproduction scientifique. La carrière d’un chercheur dépend de plus en plus du nombre de ses publications et la qualité de ces dernières est en baisse. Pire, le sensationnalisme pénètre aussi le milieu scientifique afin de gagner en visibilité. Cette situation offre une opportunité aux pires idéologues.

Les affaires Sokal et Sokal au carré illustrent ces dysfonctionnements : des articles au contenu très idéologique, voire même des canulars, parviennent à être publiés ou approuvés par des autorités scientifiques. Ce genre de recherche est ainsi publiable au même titre que de vraies innovations.

La rationalité et la tradition scientifique humaniste de la Renaissance puis des Lumières sont menacées. La recherche doit aider l’humanité dans sa quête du progrès et de l’innovation, elle ne doit pas être le terrain de jeu de démagogues. Ce phénomène est d’autant plus inquiétant que nos gouvernants fondent de plus en plus leurs décisions sur la production scientifique.

Rome et Constantinople ont chuté par leurs faiblesses internes

Cela doit nous alerter.

Historiquement, les grands empires ont plus souvent décliné du fait de leur faiblesse interne, et non à la suite d’invasions. Lorsque les empires romains ont chuté (à l’ouest Rome en 395 et à l’est Constantinople en 1453), leurs sociétés étaient en décomposition. L’image des débats sur le sexe des anges à Constantinople en reste un bel exemple. Et c’est le même phénomène pour l’Empire ottoman.

La situation actuelle est différente sur certains aspects. Il faut garder en tête que chercher une cause extérieure et étrangère à nos problèmes ne résoudra rien. Le rejet de l’humanisme et des valeurs des Lumières, de notre capacité à innover qui ont permis la Révolution industrielle et la prospérité est la vraie cause de nos problèmes actuels.

Plutôt que de privilégier le principe de précaution, il vaudrait mieux chérir la liberté, cette valeur qui existait déjà dans l’Antiquité et la Grèce antique.

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  • Ce que ne voulaient pas voir ceux qui acceptaient le principe de précaution, mais que comprenaient fort bien les écolos qui voulaient son inscription dans la constitution, c’est que son application a vite oublié qu’il visait à protéger la société « des dommages potentiellement de grande ampleur » pour la pusillanimité du « tout ce qui m’inquiète doit être interdit »

    • Le principe de précaution a été dévoyé en principe de rejet du risque. Or le profit est consubstantiel de la prise de risque. La vraie précaution lors d’une prise de risque est d’évaluer en permanence les impacts de celui-ci et de les mitiger. Avec le principe de précaution on condamne l’humanité à l’appauvrissement. Tout ce qui est possible n’est pas certain et tout ce qui est possible est évitable.

  • De Gaulle savait bien que les Français étaient des veaux. Depuis, la population française a vieilli. Un pays de vieux veaux, qui de surcroît vit dans l’illusion d’une prospérité et d’une grandeur passées…

    • c’est surtout la rançon de l’Etat Providence (dont le général était plutôt partisan).

      • C est plus lie au vieilissement de la population qu a l etat providence. sinon on aurait pas le meme probleme en GB voire aux USA.

        C est quand meme assez connu, quand on devient vieux, on accepte moins les risques (tout a fait logique d ailleurs car vous voyez bien ce que ca risaue d evous couter dans un avenir proche mais vous ne toucherez jamais les fruits car vous serez mort)

    • Veaux sous de Gaulle, vaches à lait sous Hollande, menés à l’abattoir sous Macron : douce France, cher pays de mon enfance

  • les précautions prises par une personnes dépendent non pas de son intelligence mais de son caractère…

    la trouille est devenue obligatoire…

    erreur énorme de la part de certains scientifiques… toutes les sciences expérimentales sont en péril..

  • Imaginez si l’Homme de Cro Magnon avait inventé le principe de précaution. On en serait encore en 2021 à vivre dans les cavernes, car dehors, c’est peut être dangereux, sait-on jamais.

    • Le principe de précaution déclare que tout risque inconnu doit au plus vite être élucidé et ramené dans l’échelle des risques connus. Se cogner la tête contre la paroi et en garder des séquelles reste très haut dans cette échelle…

    • Dehors c’est dangereux. Il y a d’abord les catastrophes naturelles, puis les prédateurs qui veulent vous bouffer, et de plus les maladies qui par accident peuvent vous infecter!

    • C’est surtout qu’avec ce fameux Principe de Précaution, jamais l’homme n’aurait pu utiliser le feu… trop dangereux! 🙂

  • Pour moi le principe de précaution n’est une cause mais fait également parti des conséquences bien qu’il renforce le mouvement avec de nouvelles conséquences.
    C’est un mouvement beaucoup plus général, après les deux guerres, la division du monde en deux blocs, la dissolution de ces deux blocs, les puissances se réorganisent. La période de conquête occidentale dans une concurrence effrénée est terminée et assez logiquement on se regarde le nombril. Les données ne sont plus les mêmes alors évidemment il faut se réinventer d’une autre manière. Cela met du temps et on ne sait pas quel sera le résultat. Je pense que le temps des empires est terminé, le monde s’homogénéise rapidement.

  • Notre déclassement, suite logique de notre mentalité. Un peuple de petits fonctionnaires sans envergure, largué par le monde en marche….

  • Ce n’est pas pour rien que l’on apprend que le pays qui dépose le plus de brevets est la Chine de nos jours. L’avenir est en Asie car l’Occident démissionne, le trouillomètre à zéro! Le climat est la cerise sur le gâteau, Nous sortons du Petit âge glaciaire qui fut une terrible épreuve, ils devraient être ravis. Ben non, ils paniquent.

  • Bon article mais l’effondrement français date de la mise en application du socialisme.
    Le principe de précaution est une cerise sur le gâteau mais ça ne prenait pas une bonne direction même avant.

  • Nos syndicats doivent se réveiller (surtout la CGT, SUD,…) car ils ne défendent pas les salariés selon le principe de précaution. En effet le travail mène à un double risque contre lequel il faut prendre des précautions rapidement :
    – Si le salarié travaille trop, il risque le burn-out.
    – Si le salarié ne travaille pas assez, il risque le bore-out.
    Conclusion : nos syndicats devrait se battre pour interdire purement et simplement le travail. Tous au RSA et c’est moins risqué !!

  • Mais le principe de précaution est tout de meme à geometrie variable et mis en avant uniquement quand cela arrange les gouvernants!
    Pour les experiences de therapies géniques utilisées à echelle mondiale en ce moment il est où le principe de précaution?Meme les femmes enceintes ont droit à leur injection alors que l on a aucun recul sur ces nouvelles therapies(ce ne sont pas des vaccins un vaccin etant « une substance d origine microbienne qui assure l immunité »)et que pratiquement tous les medicaments du vidal leur sont interdits justement par precaution et parceque on n a pas pu faire d essais cliniques sur elles.Mais là avec les pseudos vaccins anticovid pas de principe de precaution qui vaille!

  • Ne parlons pas des limitations de vitesse au final dogmatiques ! 30 km/h partout à Bruxelles ! 25 km/h pour les engins électriques motorisés en France, 80 km/h sur les nationales, et la multiplication des radars tronçons sans tolérance. L’électeur a vraiment demandé ça ?

  • La fin de l’ empire romain d’ occident c’ est 476 après JC, pas 395

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