Commission Bronner : le ministère de la Vérité lutte contre le complotisme

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Avec la mise en place de la Commission Bronner, c’est un véritable ministère de la Vérité qui s’érige en France.

Par h16.

Grande surprise ces derniers jours : on découvre que Le Point, magazine jadis propre sur lui et bien comme il faut, vient de sombrer dans le plus pur complotisme de bas étage en sortant un récent article sur les tribulations d’un virus en Chine. Pour le magazine, la thèse d’un vilain coronavirus échappé du P4 de Wuhan n’est plus une théorie complotiste, mais bien l’hypothèse la plus solide permettant d’expliquer ce qui s’est passé.

Sapristi ! Pourtant, tout le monde avait été bien clair en mars puis en avril 2020 : d’une part, caractériser le virus comme provenant de Chine était clairement xénophobe, et d’autre part, imaginer voire – pire encore ! – qu’il puisse s’être échappé d’un laboratoire sur place, par exemple celui classé P4 à Wuhan où l’épidémie semble avoir débuté, c’était immédiatement être taxé de complotiste…

Et puis finalement, d’éléments d’enquêtes en coïncidences difficilement évacuables d’un revers de la main, de faits avérés en témoignages troublants, ce qui avait été frappé du sceau de l’infâmie dans tous les médias bien comme il faut est progressivement passé au rang d’hypothèse crédible pour atteindre maintenant le stade de principale explication plausible.

Ce changement de perspective – où finalement les complotistes trouvent leurs thèses progressivement confirmées par l’implacable réalité – est bigrement intéressant au moment même où, avec la finesse d’esprit qui le caractérise, le Président de la République française est en train de pousser un nouveau bricolage-maison afin de lutter contre le complotisme : tout tristounet de constater que le conspirationnisme serait en pleine expansion dans le pays, Emmanuel Macron vient de lancer une nouvelle Hautotorité pardon une petite Commission chargée de lutter contre le complotisme.

Sobrement nommée Commission Bronner du nom de son président, elle sera chargée de « mesurer les dangers du numérique sur la cohésion nationale et nos institutions afin de mieux y faire face ».

En somme, ce nouveau machin va émettre un étalon de vérité, et à l’aune de celui-ci seront mesurées les hypothèses en vogue du moment afin de leur attribuer l’onction officielle ou, au contraire, les frapper du sceau complotiste. Tout ceci ressemble un peu au formidable travail déjà abattu par les Fact Checkers, Décodeurs et autres cellules anti-intox qui se sont récemment multipliées dans les journaux et sur les réseaux sociaux.

Au passage, c’est assez troublant, cette multiplication de Lutteurs de La Vérité un peu partout sur les plateformes comme Facebook, Youtube, Twitter – qui ont tous, d’une façon ou d’une autre, des intérêts propres à orienter les débats scientifiques et politiques – et dans tous les journaux dont l’essentiel des revenus ne dépend plus du tout de leur lectorat mais des subventions étatiques. On aura du mal à se débarrasser de l’idée que l’apparition de ces Cellules de Certification de la Vérité du MiniVer est très concomitante à la perte de plus en plus rapide de toute crédibilité de la presse et de la visibilité de plus en plus obscène des agendas très spécifiques des plateformes médiatiques et autres réseaux sociaux.

L’apparition d’une Commission ainsi chargée de trier les bonnes des mauvaises nouvelles au niveau gouvernemental s’inscrit très bien dans cette tendance, alors même que jamais les élections n’ont flirté avec autant d’abstention, et le corps politique autant désavoué.

Tout se passe comme si gouvernement, médias et plateformes sociales frétillaient de plus en plus fort pour hurler ce qu’il nous est impératif de croire et surtout les informations que nous devons absolument rejeter.

Attitude un peu étonnante : si par exemple, le gouvernement se montre digne de confiance en évitant la multiplication de messages contradictoires et infantilisants voire de gros bobards éhontés, quelle est la nécessité d’une telle commission ? Si les médias sont solidement posés sur des bases journalistiques saines, ils seront dispensés de ce fact-checking ridicule régulièrement erroné ou allègrement baratineur. Quant aux réseaux sociaux, leurs objectifs commerciaux sont de toute façon assez peu compatibles avec la liberté d’expression. Dans ce cadre, utiliser des petites bannières d’avertissement ou la suppression pure et simple de contenus ne leur permet pas de se placer en détenteur d’une vérité quelconque, où et quand que ce soit…

En pratique, tout le monde comprend que cette Commission vient s’ajouter aux nombreuses occurrences de ces distributeurs automatiques de Vérité Officielle dont la crédibilité est maintenant strictement nulle. À part ceux qui bénéficient directement (via la notoriété ou la finance et les réseaux qu’elles procurent) de l’onction de ces dispensateurs de bien-pensance et les indécrottables normies, rares sont ceux qui ont réellement besoin d’un guide pour savoir quoi penser, quand et comment.

En fait, le développement de l’intelligence et du sens critique passent par un doute raisonnable de ce qui est prêché avec ferveur urbi et orbi, d’autant plus lorsque des actions de plus en plus drastiques sont menées contre toute dissidence. La mise en place de cet énième bidule ne sera qu’une nouvelle tentative grossière, coûteuse et contre-productive de censure par la pression sociale.

Car non seulement, cette Commission ne va servir à rien, mais de plus, dès sa conception, elle montre qu’elle plonge avec délices dans tous les biais possibles.

Ainsi, Bronner n’a pas encore commencé sa « mission » que déjà il évoque la possibilité de mettre en place un Conseil scientifique qui, à l’instar du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel mesurant le temps de parole des politiciens, se chargerait de faire de même avec les scientifiques en fonction de leur renommée. Formidable moyen pour écrabouiller toute dissidence de la pensée et imposer un « consensus scientifique » qui ne devrait jamais exister.

Ainsi, au sein de cette Commission, on retrouve Roland Cayrol, ce politologue qui fricote tout à fait officiellement à côté de Macron, dont on peut déjà garantir une indispensable partialité.

Ainsi, on y découvre le docteur Guy Vallancien, pourtant condamné en juin 2021 par l’Ordre des Médecins, directement impliqué dans le scandale du charnier de l’Université Paris-Descartes, et dont les prises de position vis-à-vis du médiator, ce « médicament » qui a entrainé entre 1500 et 2000 décès, sont pour le moins particulièrement complaisantes…

On le comprend : cette Commission n’aurait absolument aucune légitimité dans une République sereine et démocratique. Sa création montre surtout le niveau de corruption et de pourriture de nos institutions, qu’elle va accompagner en écrasant sous la pression sociale (voire la pression pénale, tout est possible) tous les sujets, tous les débats qui déplairont au pouvoir.

En réalité, elle ne doit son existence qu’à l’objectif transparent de Macron d’incarner pour sa campagne électorale une espèce de voix médiane, celle de la raison, de la pondération et de la réconciliation civile dans un débat public qui sera aussi apaisé que le pays, par opposition à tous ses adversaires qui ne seront alors que l’engeance complotiste ou ainsi facilement qualifiable.

Et on peut juger de l’affaissement total de la classe politique et journalistique du pays par son incroyable paresse (pour ne pas dire absence) à dénoncer cette fumisterie honteuse en plus de la mise en place de tout le reste, à commencer par le pass-sanitaire-temporaire-mais-définitif, d’un ministère officiel de la vérité.

Ce pays est foutu. Et ça se voit.



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