Zemmour, facteur X de la présidentielle

Zemmour a-t-il autre chose à nous apporter qu’ériger l’immigration en bouc émissaire bien pratique et pour solution un État fort et souverainiste ?

Par Elie Blanc.

À un an de la présidentielle, il est encore hasardeux de faire des pronostics sur les chances des candidats en présence, les dernières élections et leur lot d’affaires survenues au moment opportun nous forçant à rester très prudents.

Il y a tout de même un point sur lequel tout le monde s’accorde : si les choses devaient rester en l’état (ce qui, encore une fois, est une hypothèse forte), on assistera sans doute à un nouveau duel entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. C’est probablement le scénario rêvé pour le Président : face à la candidate du RN, il sait qu’il pourra compter sur un vote de rejet d’une part considérable d’électeurs.

Pourtant, depuis quelques mois, circulent des rumeurs sur une possible candidature d’Éric Zemmour. Le polémiste n’a jamais affirmé publiquement être candidat, mais il se garde bien de démentir la nouvelle et certains disent même qu’il prépare déjà sa campagne.

Au sein du RN l’inquiétude grandit et Marine Le Pen a indiqué qu’une candidature d’Éric Zemmour « aiderait Macron », pendant que son père Jean-Marie Le Pen « déconseillait amicalement » au polémiste de se présenter. Le raisonnement est simple : le programme d’Éric Zemmour étant proche de celui de la candidate du RN, sa candidature diviserait l’électorat et ferait prendre le risque de n’avoir aucun candidat du camp national au second tour.

Une analyse diamétralement opposée est pourtant possible : une candidature de Zemmour pourrait bien être la meilleure alliée de Marine Le Pen. En effet, les sondages réalisés par le magazine Valeurs Actuelles semblent indiquer que Zemmour n’est pas capable de rassembler suffisamment pour menacer les chances de Marine Le Pen au second tour. Les conséquences d’une candidature du journaliste du Figaro seraient alors très positives pour la candidate du RN.

Elle permettrait de centrer les débats sur les thèmes de prédilection de son parti, à commencer par l’immigration, la sécurité, l’islam… Mais surtout, elle atténuerait son image de candidate d’extrême droite dans la mesure où même si son programme est proche de celui de Zemmour, elle est beaucoup plus modérée dans ses propos.

Sa stratégie de communication entamée depuis plusieurs années (la fameuse dédiabolisation) est à l’opposé de celle de Zemmour, qui, en polémiste, cherche précisément à être clivant et provoquant. De cette manière, Zemmour endosserait le statut de candidat d’extrême droite, et rendrait la candidature de Marine Le Pen socialement plus acceptable, puisqu’elle apparaîtrait par contraste comme plus modérée.

Il semble de toutes façons de plus en plus évident que la rhétorique de barrage à la haine ne fonctionnera pas éternellement.

Les mairies dirigées par des membres du RN n’ayant pas ouvert de camp de la mort, Trump n’ayant pas déclenché de guerre mondiale comme on nous l’avait prédit, les discours visant à assimiler le RN et toute personne qui ose se montrer un peu trop conservatrice au parti nazi trouvent logiquement de moins en moins d’écho chez les Français. Certains médias ont d’ailleurs déjà changé leur fusil d’épaule par rapport à 2017.

Présenter la candidature de Macron comme un rempart pour les libertés serait une farce : son gouvernement a pris tellement de mesures n’ayant rien à envier à certains régimes totalitaires qu’il serait trop long d’en faire la liste. Si l’on peut légitimement penser que le programme de Marine Le Pen constitue un danger potentiel pour nos libertés, le doute n’est plus permis pour le Président sortant.

Des débats sans profondeur

Une candidature de Zemmour serait également de mauvais augure pour la qualité des débats, qui se concentreront encore davantage sur l’immigration ou la sécurité.

Alors certes il est normal que ces thèmes soient abordés, et il faut arrêter de diaboliser tous ceux qui souhaitent une politique migratoire ou sécuritaire plus stricte. Mais faire de l’immigration un bouc émissaire ne permettra pas de discuter des problèmes structurels dont souffre la France et même sur ces questions la rhétorique de Zemmour est discutable.

En matière de sécurité, le problème de fond est-il l’immigration comme le soutient Zemmour, ou le fait que l’État préfère faire rouler des trains plutôt qu’avoir une justice efficace ?

Ne faut-il pas d’abord dénoncer la lenteur et l’inefficacité des procédures, les liens amicaux qui lient le parquet et la magistrature, la guerre absurde contre la drogue ou encore l’engagement politique des magistrats avant de chercher des liens entre immigration et insécurité ?

L’urgence est-elle de dénoncer la nomination d’une chanson du rappeur Youssoupha comme hymne de l’euro, comme il le fait chaque jour sur CNews, ou de parler du système scolaire qui s’effondre ?

Quelles solutions face au chômage, à la dette publique, et à l’instabilité économique qui suivra les mesures irresponsables prises pendant le covid ?

Comment simplifier les procédures et se débarrasser de la bureaucratie dans laquelle la France s’est embourbée ?

Face à ces problèmes, Zemmour a-t-il autre chose à nous apporter qu’ériger l’immigration en bouc émissaire bien pratique et en solution un État fort et souverainiste ?

La candidature de Zemmour ne se démarquerait ainsi pas de celles de ses opposants, tous convaincus d’être la personne providentielle qui sauvera le pays, chacun avec sa propre vision de la société qu’il entend imposer à tous et financer par l’argent magique des impôts. À défaut de voir un candidat aux idées libérales se présenter, peut-on au moins espérer qu’une seule fois dans le débat le rôle de l’État soit remis en question ?

 

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