La bureaucratie est avant tout un problème de mentalité

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L’exemple le plus récent de la lourdeur de cette structure bureaucratique est celui de la gestion de la crise sanitaire du Covid-19.

Par Gabriel Giménez-Roche.

Le pays aux plus de 400 000 normes, le royaume des formulaires CERFA, où l’on crée 100 nouvelles lois et autres réglementations chaque année. La France est définitivement un Léviathan bureaucratique. Évidemment, cette pléthore réglementaire et documentaire ne peut pas exister sans son armée de fonctionnaires.

Ils sont presque 22 % de la force de travail en France, autrement dit, quelques six millions d’employés publics. Ces effectifs incluent bon nombre de fonctionnaires opérationnels, c’est-à-dire de terrain (personnel soignant, professeurs, policiers, militaires, entre autres). Néanmoins, on y trouvera aussi des administratifs chargés d’appliquer et faire respecter les procédures règlementaires et documentaires.

Or, ce personnel administratif comprend aussi des opérationnels convertis à l’administration pure – à titre d’exemple, 20 % du personnel soignant ne dispense plus des soins.

De multiples organes à plusieurs étages

Sans oublier que l’administration publique française est divisée en plusieurs organes à plusieurs étages, parfois redondants et qui communiquent mal entre eux. Ce sont 18 régions, 101 départements, 332 arrondissements, 4032 cantons, 12 159 intercommunalités, 35 357 communes et des centaines d’autorités et organismes publics ou privés chargés d’une mission publique, le tout sous la tutelle du gouvernement central.

L’exemple le plus récent de la lourdeur de cette structure bureaucratique est celui de la gestion de la crise sanitaire du Covid-19. Une vraie cacophonie s’est installée entre le ministère de la Santé, les Agences régionales de santé (ARS), les hôpitaux (publics et privés), les préfectures, les régions et autres collectivités territoriales.

La bureaucratie étatique française avait empêché la gestion rapide et efficace des lits d’hôpitaux, masques, tests et traitements. Les comparaisons internationales avec l’Allemagne ou la Corée du Sud le démontrent bien, ce n’était pas un problème de manque d’argent, mais de comment l’argent est mal utilisé compte tenu de la bureaucratie à respecter. Car en effet, il s’agit surtout d’un problème des priorités à respecter.

L’absence du calcul économique

La bureaucratie est une méthode d’organisation du travail qui cherche à obtenir un résultat autre que le profit par le biais de procédures hiérarchiquement déterminées. Tandis que dans une entreprise la méthode d’organisation est définie par le calcul économique – on déploie les ressources là où elles peuvent générer davantage de profits en coûtant moins – dans une administration publique ce calcul est absent.

Au lieu de faire référence aux revenus et coûts des activités administratives, on cherchera à obtenir le résultat déterminé par sa hiérarchie en respectant les procédures définies par cette même hiérarchie. Rien d’autre. Là où le calcul économique n’entre pas, la méthode bureaucratique se montre la plus rationnelle possible car elle est basée sur des procédures claires.

Il faut le reconnaitre, la bureaucratie est inévitable. Elle existe aussi dans les entreprises à but lucratif car certaines procédures administratives n’aboutissent pas directement à une gestion des ressources. Cependant, la bureaucratie d’entreprise reste encadrée par la méthode du calcul économique.

Autrement dit, dans l’entreprise, la bureaucratie est l’un des moyens disponibles pour atteindre le profit. Dans l’administration publique, où le profit ne joue pas un rôle de guide dans la coordination des ressources, la bureaucratie peut aussi être un moyen.

Principe de parcimonie

Pour ce faire, il faut adopter un principe de parcimonie : atteindre des objectifs non-économiques, mais en minimisant ses coûts. On accepte l’absence de profit, mais pas le gaspillage. Or, cela est une question de mentalité dans l’élaboration des procédures bureaucratiques. Le problème bureaucratique n’est donc pas l’appareil bureaucratique en soi, mais la mentalité des décideurs qui en font usage.

Le grand mal français reste donc l’ignorance du principe de parcimonie au sein de la hiérarchie étatique. Le pire advient quand cette ignorance détourne le principe de parcimonie, en créant des bureaucraties supplémentaires pour l’appliquer en détriment de l’objectif ciblé.

Ce qui est le cas pour les hôpitaux. Tant que le principe de parcimonie ne sera pas intégré à la formation-même des décideurs politiques et hauts-fonctionnaires, la bureaucratie continuera à être un problème, car mal organisée et donc mal déployée.

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