La victoire de l’initiative privée contre le Covid-19

Syringe 5 with drops BY Zaldylmg (CC BY 2.0) — Zaldylmg , CC-BY

Malgré les nombreux déboires des plans à la française, nombreux sont nos compatriotes à croire encore aux vertus de l’État stratège et surtout à se méfier des entreprises privées.

Par Michel Albouy.

Où est passé l’État stratège cher aux nostalgiques de l’interventionnisme public et de la planification à la française ? Certes, le Commissariat général au plan a été vaillamment relancé par le président Macron avec la nomination en septembre 2020 de François Bayrou comme haut-commissaire au plan.

Mais qui compte encore sur cet organisme pour insuffler de quelconques innovations à l’ère du numérique et de la pandémie du Covid-19 ?

Malgré les nombreux déboires des plans à la française, nombreux sont nos compatriotes à croire encore aux vertus de l’État stratège et surtout à se méfier des entreprises privées, quand ce n’est pas le rejet pur et simple du capitalisme censé se gaver sur le dos des citoyens.

Retour sur quelques échecs du volontarisme d’État en matière de nouvelles technologies

Le plan Calcul

Ce plan gouvernemental a été lancé en 1966 par le président Charles de Gaulle sur l’impulsion de Michel Debré et d’un groupe de hauts fonctionnaires. Il était destiné à assurer l’autonomie de la France dans les techniques de l’information et de l’informatique. Ce fut un échec retentissant.

Neuf ans plus tard, en 1975, le président Valéry Giscard d’Estaing mis fin à ce grand programme et supprima la Délégation générale à l’informatique.

Le Minitel

Ce projet est l’œuvre de la Direction Générale des Télécommunications et a été utilisé entre 1980 et 2000.

Si le Minitel a hissé la France au premier plan de la télématique mondiale grâce au premier service au monde de fourniture gratuite ou payante d’informations télématiques, le réseau Télétel a été fermé en juin 2012 du fait de la baisse des usages au profit d’Internet. Pour certains observateurs, le Minitel fortement encouragé par les pouvoirs publics a été un facteur de retard dans l’utilisation d’Internet par les Français.

Le plan informatique pour tous 

Ce plan remonte à janvier 1985. Porté par Laurent Fabius, Premier ministre de l’époque il visait à mettre en place plus de 120 000 machines dans 50 000 établissements scolaires et à assurer la formation, à la même échéance de 110 000 enseignants.

Considéré comme un échec par l’inspection générale il a été abandonné en 1989. Il a été le dernier projet ambitieux d’un gouvernement français en informatique.

Nous pourrions malheureusement citer bien d’autres échecs de l’État stratège dans d’autres domaines industriels. Mais malgré cette dure réalité il est frappant de constater qu’une grande partie des Français souhaitent toujours encore plus d’interventions gouvernementales dans la conduite des affaires industrielles.

L’apport des entreprises privées dans la lutte contre la pandémie

La crise sanitaire liées au Covid-19 a mis en exergue les dysfonctionnements de la gestion de l’État. Inutile de revenir sur ces derniers qui sont bien connus. Par contre, ce qui est moins commenté est l’apport des entreprises privées à la lutte effective contre cette pandémie.

Deux exemples : la mise au point des vaccins et la création de sites de réservation comme Doctolib.

Les vaccins contre le Covid-19

Dommage pour les tenants de l’interventionnisme d’État, ce sont des entreprises privées et non publiques qui ont trouvé les vaccins contre le Covid-19. Ce sont Pfizer-BioNTech, Moderna, AstraZeneca et Johnson & Johnson qui ont mis au point les véritables armes pour vaincre cette pandémie.

Malheureusement, nos champions nationaux – Sanofi et l’Institut Pasteur – ne figurent pas dans la liste, actant ainsi notre déclassement. Ainsi, ce sont des entreprises privées étrangères, financées par des actionnaires capitalistes, qui vont sauver la population mondiale : un comble !

Loin de les remercier, un concert international de revendications provenant principalement des rangs de la gauche des pays occidentaux, des pays pauvres comme l’Inde et l’Afrique du Sud et même du pape François s’est levé pour réclamer la levée des brevets sur les vaccins anti-Covid.

Plus inattendu a été le soutien du président démocrate américain Joe Biden à la campagne de levées des brevets. On attendait que les États-Unis défendent la protection de la propriété intellectuelle d’autant plus que les principaux fabricants de vaccins contre le Covid (Pfizer, Moderna et Johnson & Johnson) sont tous américains.

Mais pour certains observateurs politiques cette prise de position du président Biden n’est qu’un effet d’annonce lui permettant de montrer sa solidarité avec les plus faibles et d’améliorer son image de marque à peu de frais.

Seul le gouvernement allemand a accueilli froidement la proposition américaine de lever temporairement les brevets sur les vaccins contre le Covid-19 : pour Berlin, la pénurie provient des capacités de production, pas des brevets.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la protection de la propriété intellectuelle est nécessaire pour pouvoir financer de futures recherches. Elle est une source d’innovation et non de rente comme beaucoup le pensent.

Mais derrière cette bataille de la levée des brevets sur les vaccins anti-Covid se cache bien entendu la critique de l’économie capitaliste et des profits réalisés sur le dos des malades. Bref, on veut bien que les entreprises privées trouvent des vaccins mais il ne faudrait pas que leurs actionnaires s’enrichissent.

Le site Doctolib

Doctolib est une des rares start-up française à être devenue une licorne (société valorisée plus de un milliard de dollars). Au lieu de se réjouir de cette réussite française les critiques vont bon train malgré sa réelle contribution à la lutte contre la pandémie.

Il est vrai que le site de réservation de rendez-vous médicaux est devenu incontournable avec le Covid-19. Une position de force que la start-up compte bien mettre à profit pour se développer. Selon Le Monde du 21 mai 2021, son hégémonie inquiète car « ses ambitions sont dévorantes et sa situation de quasi-monopole commencent à inquiéter une partie des professionnels du secteur ». Alors que la concurrence fait rage parmi les plateformes et que l’innovation est leur carburant, nos commentateurs ne voient qu’un monopole…

Un des principaux reproches adressés à la plate-forme est qu’elle stocke ses données chez AWS, filiale d’Amazon (une entreprise honnie par la classe politique française dont la ministre Roselyne Bachelot). Soumise aux lois extra-territoriales des États-Unis, cette société pourrait, à ce titre, être amenée à transmettre ces informations aux autorités américaines.

Même si le juge des référés a débouté les plaignants, estimant notamment que « des garanties ont été mises en place par Doctolib pour faire face à une éventuelle demande d’accès par les autorités américaines », la suspicion demeure.

Même si « les données recueillies dans le cadre des rendez-vous de vaccination ne comprennent pas de données de santé », la critique va bon train. Ainsi pour la Fédération des Médecins de France, « les données de rendez-vous sont des données de santé » même si Doctolib affirme ne pas revendre ses données.

Mais ne nous leurrons pas : derrière le procès fait à Doctolib apparaît aussi la critique de l’abandon progressif de l’État en matière de politique de santé. Ainsi pour cette professionnelle de la santé citée par Le Monde :

« La Caisse d’assurance-maladie aurait peut-être pu développer sa propre solution si on l’avait saisie beaucoup plus tôtL’État ne se pose pas ces questions, il est plutôt dans la promotion à outrance de Doctolib. »

On n’ose pas demander le temps qu’il aurait fallu à la caisse d’assurance maladie pour développer un tel site.

Pour conclure

Dans un article de Project Syndicate (publié dans Le Monde du 20 mai 2021), deux professeurs d’économie de Chicago et de Milan écrivaient en conclusion :

« Les prétendues conquêtes de la planification industrielle ne furent en réalité que des échecs. La clé de l’innovation réside dans le pragmatisme des entreprises privées. La politique industrielle et la direction de l’État n’ont que peu à voir avec cela. »

Nous ne pouvons que souscrire à cette conclusion. Si seulement nos compatriotes élevés dans la critique systématique, voire la haine, du capitalisme et de la libre entreprise, pouvaient en être convaincus !

 

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