Haro sur ce qui reste de bon dans notre système de soins : un peu de liberté

Tout le système universitaire, hospitalier et organisationnel doit être simplifié avec moins de personnels administratifs et moins d’agences.

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Haro sur ce qui reste de bon dans notre système de soins : un peu de liberté

Publié le 29 mars 2023
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La Loi ma santé 2022 et les décisions prises avec la Loi Rist et le Projet de loi de financement de la sécurité sociale 2023 risquent d’avoir un effet négatif sur la crise de la santé et vont aggraver les déserts médicaux.

J’ai analysé à travers une trentaine d’articles et lors d’émissions radio diffusées les raisons de cette crise également abordées dans Blouses Blanches colère noire qui en a tiré les mêmes conclusions : « Elles sont politiques et pèseront négativement sur l’accès aux soins. »

Nos élus et les hauts fonctionnaires affolés par les déficits qu’ils ont eux-mêmes creusés ont multiplié les administrations et les lois pour mieux contrôler la santé.

On pensait que moins de médecins entraînerait moins de dépenses. Cette erreur avec le numerus clausus n’a jamais pu être rattrapée. Il en fut de même pour les personnels paramédicaux avec les 35 heures pendant la période Jospin/Aubry, faute d’augmenter leur nombre dans les écoles et avec les ordonnances Juppé destructrices des cliniques indépendantes.

L’université noyautée par l’administration a détruit le mandarinat des grands patrons vite remplacés par des petits fonctionnaires hospitaliers. Les CHU ne peuvent plus accomplir la triple tâche, soins enseignements recherche avec le poids administratif qui multiplie les réunions.

La haute administration et ses serviteurs poursuivent ce travail de sape. La Haute école de santé publique (HESP) et l’ENA forment sur le même moule des hauts fonctionnaires avec la même vision opposée à la médecine libérale.

Les conséquences sont désastreuses tant sur la formation et le nombre de soignants que sur l’organisation générale du système de soins et sur les déficits.

Leur pensée unique « moins de prescripteurs pour avoir moins de dépenses » a montré son échec et a multiplié les doublons des agences ! Sans changer les orientations politiques qui ont amené cette crise et sans simplifier l’organisation des soins, le système va continuer de s’effondrer.

 

Libérer les soignants de l’administration est la seule solution

En ville la surcharge est telle que les anciens médecins ne veulent plus prendre de nouveaux patients ni prendre de gardes. Plus de six millions de Français n’ont plus de médecin traitant. Il faut six mois d’attente pour un rendez-vous chez de nombreux spécialistes et 20 % de femmes n’ont plus de gynécologue ou de pédiatre.

À l’hôpital, faute de personnels soignants, de nombreux services d’urgences ferment ou sont à la peine. Des dizaines de milliers de lits ont été supprimés pour appliquer la politique de la T2A, l’hôpital à flux tendu. 20% des lits restants et de nombreux blocs opératoires sont encore fermés dans certains hôpitaux par manque d’infirmières.

Aux urgences on meurt encore sur un brancard faute de lits et de personnels. Le tri par le 15 n’a fait que déplacer les problèmes entraînant d’autres morts par retard de réponse aux appels sans compter les pannes comme celles du 17 janvier. Ni le 15 ni le 18, ni le 112 ne répondaient.

Pour que la maison ne s’écroule pas il faut commencer par rebâtir ses fondations, c’est-à dire les études et la formation des soignants. Malheureusement, pour protéger leur pré carré certains doyens des universités ne veulent pas réformer le cycle des études de médecine qui reste prisonnier du LMD.

Tout le système universitaire, hospitalier et organisationnel doit être simplifié avec moins de personnels administratifs et moins d’agences. Avec la lutte contre les fraudes, cela donnerait les budgets nécessaires pour revaloriser les soins et motiver ses acteurs.

 

La réforme des études de médecine et de l’université est la mère de toutes les batailles

Malheureusement chaque réforme a amené le pire. La plus grave à mon sens est d’avoir détruit l’élitisme lors de la sélection des étudiants en supprimant les concours. Les concours de l’externat et de l’internat des hôpitaux donnaient accès à une très bonne formation tout en sélectionnant les meilleurs et les plus motivés.

Le LMD et la culture woke ont contaminé le début des études de médecine. Le but des oraux était de diversifier les recrutements mais en fait il s’agissait de sélectionner des futurs médecins aux ordres. En se diversifiant la sélection a multiplié le nombre d’étudiants qui attendent un vrai confort d’exercice. Les spécialités sans gardes et sans urgences sont choisies en priorité par les mieux classés à l’ECNi. La médecine générale et les spécialités lourdes sont boudées et de plus en plus d’étudiants veulent un travail à temps partiel ou le salariat. Le numerus clausus est donc inadapté d’autant que 20 à 30 % des étudiants envisagent de changer de voie face aux nouvelles contraintes.

En conséquence du salariat et du temps partiel, de plus en plus souhaités, le temps consacré aux soins est d’autant plus diminué, amputé de plus par les tâches administratives. À ce rythme il y aura de moins en moins de médecins libéraux accessibles malgré le renfort de nombreux médecins étrangers.

Si rien ne change, il faudra doubler le nombre d’admis lors du deuxième cycle. Ce serait possible avec les téléconférences, l’ouverture de facultés libres et davantage de stages formateurs en secteur libéral. Mais est-ce souhaitable ?

 

Le deuxième cycle et l’internat

Le deuxième cycle ne permet plus une bonne formation car il y a trop de cours théorique et pas assez de stages de qualité. Rien ne prépare les internes à leur fonction. Elle est d’ailleurs en train de disparaître avec le repos compensateur, les activités limitées à 48 heures par semaine et la fermeture des salles de gardes.

Le législateur a imposé une quatrième année d’internat dans les déserts médicaux pour les futurs médecins généralistes. C’est un tollé et 30 % des étudiants interrogés sur cette réforme envisagent de changer de voie.

Après le vote par l’Assemblée de cette quatrième année pour les internes en médecine générale c’est maintenant l’Académie de médecine qui s’en mêle. Elle propose une mesure qui a fait bondir la jeune génération déjà traumatisée par toutes les contraintes. Elle propose d’imposer « un service citoyen médical d’un an pour tout médecin nouvellement diplômé ».

Le revenu des internes est de 2000 euros en moyenne avec des temps de travail toujours dépassés avec les gardes. Ils ont déjà rendu ce service pendant 10 années à l’hôpital. Leur proposer un salaire de 3000 euros mensuels est inique.

La pénurie de médecins va s’aggraver car cette décision retardera les installations et les étudiants se détourneront de cette spécialité. Il est faux de prétendre que dix années sont néssaires pour former de bons généralistes.

L’internat de médecine générale devrait être avancé de un à deux ans, mettant près de 4000 médecins de plus sur le marché. En peu de temps les déserts médicaux seraient résorbés. La prise d’un poste d’assistant serait avancée d’un an ce qui permettra l’accès au secteur II et l’installation.

 

Les salles de gardes, un patrimoine de liberté menacé

Les directions des hôpitaux ne comprend pas l’aspect culturel et patrimonial pourtant reconnu par l’AP-HP. Tous les prétextes sont bons pour les fermer.

« Le futur est une porte, le passé en est la clef » disait Victor Hugo, alors inspirons-nous de ce passé pour reconstruire notre système de soins.

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  • Moins de médecins, moins de dépenses… Quelle idée à la MMLN !
    Comme si moins de stations-services, c’était moins de voitures ! Moins de stations, c’est juste plus d’emm.rdes pour les automobilistes.

  • Moins de médecins, 6 mois d’attente pour un rdv, mourir sur un brancard… Tout cela, c’est ce qui est recherché. On doit diminuer le temps moyen passé par un français devant un soignant pour que ce même soignant ait plus de temps pour remplir des formulaires justifiant qu’il fait bien son travail.
    Sachant que tout soin est gratuit en France, il faut bien quelque chose (autre que le prix) pour limiter la demande. Un mauvais service, de l’attente, des erreurs par exemple.

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