Idée reçue : « levons les brevets sur les vaccins »

President Joseph R. Biden by Peter Stevens (CC BY 2.0) — Peter Stevens, CC-BY

À quoi bon s’embêter à développer un produit complexe avec une probabilité importante d’échec si dès le lendemain de la preuve de son efficacité chacun peut lui prendre ?

Par Eddie Willers.

Dans sa grande bonté, Joe Biden a récemment annoncé mercredi dernier soutenir la levée des brevets sur les vaccins contre la Covid-19. Demandée par plusieurs politiques en France, notamment chez LFI, cette levée n’aura aucun effet sur la capacité du monde à sortir de cette crise et pourrait même avoir des effets délétères à moyen terme.

Il faut tout d’abord rappeler que la société Moderna a déjà annoncé en octobre dernier qu’elle ne comptait pas appliquer le brevet sur son vaccin. Force est de constater qu’en dépit de cette annonce, il n’y a pas eu d’accélération de la vaccination avec ce même produit. Pour une raison en réalité assez simple et nous le constatons chaque jour : l’enjeu ne se situe pas au niveau de la formule mais au niveau de la chaîne logistique.

Nous savons de quel produit nous avons besoin mais le goulot d’étranglement se trouve dans la complexité et les délais liés à la mise en place de chaînes de production suffisamment efficaces. Le savoir-faire logistique est tout aussi important que la R&D dans l’optique de pouvoir vacciner la population mondiale. Nous voyons même que Sanofi est disqualifiée alors même qu’elle pourrait utiliser le brevet sur la formule du vaccin Moderna, signe que la levée des brevets sur les formules n’est pas la panacée.

Impact sur les vaccins futurs

Loin de résoudre le problème à court terme de la politique de vaccination contre la Covid-19, cette nationalisation des brevets sur les vaccins pourrait également avoir un impact sur de futurs développements. Pour cela, il est intéressant d’écouter Stéphane Bancel, dirigeant de Moderna.

Dans une interview récente à Franceinfo, il expliquait que si sa société avait réussi à lever des capitaux par le passé c’est parce que ses investisseurs savaient que le groupe pourrait bénéficier d’une exclusivité sur les produits qu’il aurait développés.

À quoi bon s’embêter à développer un produit complexe avec une probabilité importante d’échec si dès le lendemain de la preuve de son efficacité chacun peut lui prendre ?

L’espoir d’un brevet et donc d’un retour sur investissement est ce qui a permis à Moderna de disposer des ressources suffisantes ces dernières années pour affiner sa technologie de vaccination via ARNm et donc de développer dans des délais extrêmement courts un vaccin contre la Covid.

Il faut d’ailleurs souligner que Moderna avait construit dès janvier 2020 la formule de son vaccin contre le virus et qu’un test sur des personnes volontaires aurait permis de s’épargner des mois de validation par les autorités de santé et donc des milliers de morts, mais passons.

La position des États-Unis a donc de quoi faire sourire. Alors même qu’ils ont refusé toute exportation de vaccins fabriqués sur son sol, ils se donnent aujourd’hui le beau rôle avec cette annonce à peu de frais qui ne changera rien à la vaccination mondiale.

Capitaliser sur l’ARNm

De mon point de vue l’enjeu devrait plutôt être de savoir comment capitaliser sur cette merveilleuse technologie qu’est l’ARNm pour lutter au plus vite contre une nouvelle pandémie ? Nous avons vu et cela a été répété par les laboratoires : en 15 jours, ceux-ci sont capables de concevoir un vaccin.

Dès lors comment faire en sorte que la validation par les autorités de santé et la production soient raccourcies pour faire face au plus vite à la prochaine pandémie ? Cela devrait être une priorité majeure pour les prochaines années en espérant qu’elle ne tombe pas dans l’oubli comme les stocks de masques après la grippe H1N1.

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