66 millions de procureurs ? Non, une demande de démocratie insatisfaite

Emmanuel Macron aurait dû penser, avant de s’exprimer, qu’il n’était pas seulement comptable devant ses pairs et ses experts, mais aussi devant les électeurs et les citoyens qui l’ont mandaté.

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66 millions de procureurs ? Non, une demande de démocratie insatisfaite

Publié le 22 janvier 2021
- A +

Par Frédéric Mas.

Ce jeudi 21 janvier, Emmanuel Macron en déplacement à Saclay a fait état de son exaspération devant les critiques permanentes adressées à l’action publique concernant la gestion de la crise sanitaire. Réclamant un peu d’indulgence face aux tâtonnements d’un gouvernement confronté à une situation sans précédent, il a déploré que la France soit devenue une nation de « procureurs ».

Plutôt que de traquer de manière incessante l’erreur, la France, selon les mots du président, aurait besoin d’hommes et de femmes qui apprennent de leurs erreurs.

Célébrer la méthode rationnelle devant un parterre de scientifiques réunis à l’occasion du lancement d’un plan quantique à 1,8 milliard d’euros paraissait acceptable sur le plan de la stratégie rhétorique.

Seulement, Emmanuel Macron aurait dû penser, avant de s’exprimer, qu’il n’était pas seulement comptable devant ses pairs et ses experts, mais aussi devant les électeurs et les citoyens qui l’ont mandaté. Malheureusement pour lui, la critique des gouvernés aux gouvernants est non seulement légitime, mais nécessaire au bon fonctionnement du gouvernement démocratique.

Les gouvernés en démocratie sont constamment sous surveillance

Que le citoyen demande des comptes aux gouvernants en démocratie est normal. Il existe comme un paradoxe dans le fonctionnement de la démocratie moderne : il y a égalité politique entre gouvernants et gouvernés, ce qui suppose le contrôle des seconds sur les premiers, et la possibilité pour les premiers d’être remplacés par les seconds1.

Seulement pour que la démocratie fonctionne de manière raisonnable, ses élites politiques sont élues, et doublées d’un personnel de bureaucrates dédiés au « service public » : la sélection des plus compétents, que ça soit par la compétition électorale ou le concours, est un principe aristocratique de sélection plus que de cooptation entre citoyens égaux, qui lui suppose le tirage au sort2.

De ce fait, les « plus compétents » sont jugés par l’ensemble d’un corps politique majoritairement pas constitué de « non compétents ». Ces « plus compétents » tendent toutefois à oublier une fois aux manettes qu’il n’y a pas de citoyenneté passive, et que la surveillance de l’action publique tout comme la dénonciation des travers politiques des gouvernants fait partie du travail de citoyen tant qu’il est gouverné.

Les « plus compétents » ne font pas face à de purs administrés formatés à obéir, mais à des individus compétents pour juger d’une politique qu’ils doivent adouber en termes acceptables.

Juger des erreurs politiques des gouvernants

Juger les gouvernants est donc normal. Ce qui n’est pas normal par contre, et qui provoque la défiance, c’est le décalage entre le discours public, qui crée certaines attentes, et les résultats sur le terrain.

Depuis l’annonce de la création des vaccins contre la covid-19, les pouvoirs publics n’ont eu de cesse d’en faire en parole une priorité nationale. Olivier Véran a même conditionné ce jeudi le retour à l’état de droit à la vaccination des personnes les plus vulnérables, ce qui devrait nous maintenir en état d’exception encore un bon moment.

En plus de se faire changeante semaine après semaine, la communication au sommet de l’État s’est appuyée sur la peur pour asseoir son autoritarisme bureaucratique et ses restrictions aux libertés publiques.

Suscitant la panique à la base, elle a créé une attente extrêmement forte des gouvernés en termes de campagne vaccinale. Sa réalisation s’est révélée à la fois catastrophique et humiliante comparée aux performances de nos voisins allemands et britanniques.

Il fallait s’y attendre.

Ajoutons que le décalage entre le coût enduré par les citoyens pour surmonter la crise et les résultats promis par l’équipe dirigeante n’est pas anecdotique, c’est une faute politique majeure.

Que le citoyen, même le plus ordinaire, le relève, n’est pas une preuve de défiance mais plutôt de bon sens. Aujourd’hui, selon un sondage BVA-Orange-RTL, deux tiers des Français jugent mauvaise la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement ; 31 % la jugent même très mauvaise ; 70% considèrent par ailleurs que le gouvernement explique mal les choses.

La faute des gouvernants

Si les citoyens français se font critiques de Macron, c’est aussi que les gouvernants ont systématisé les stratégies d’évitement concernant leur responsabilité démocratique. Et que ça commence à se voir. Plutôt que de reconnaître ses erreurs, et particulièrement cette erreur d’appréciation, le gouvernement s’est employé à délégitimer toutes les critiques qui lui ont été adressées jusqu’à présent, entretenant par là la défiance qu’il prétend voir dans les comportements des gouvernés.

Face à la crise des Gilets jaunes, le gouvernement, après avoir tenté de réduire le mouvement à des émeutiers d’extrême droite, a finalement créé une consultation dont les résultats se sont perdus dans la nature.

Plutôt que de s’appuyer sur les organes élus et les administrations déjà en place, le gouvernement Macron a préféré créer des entités pseudo-démocratiques pour légiférer en matière climatique et énergétique, s’est attaché à appliquer les mesures autoritaires d’un « conseil scientifique » non élu et à tenter de bâillonner l’opinion publique via la loi Avia (qu’il est en train de défendre au niveau européen, malgré son inconstitutionnalité).

Plutôt que de faire vivre les lieux de critiques légitimes de l’action de l’exécutif, à savoir les contre-pouvoirs, le gouvernement a fait le choix de suspendre l’État de droit, et de prolonger l’état d’urgence sanitaire pour avoir les coudées franches afin d’appliquer ses solutions qui malgré tout ne marchent pas.

Pourtant, les « 66 millions de procureurs » dont se plaint le président de la République sont étonnamment dociles. Ils se plaignent mais endurent toutes les restrictions liberticides défendues par le gouvernement, toutes les stupidités de sa bureaucratie autoritaire, toutes les erreurs d’appréciation tragique de son État stratège à la fois myope et incompétent.

L’État est en train d’achever le secteur indépendant, de socialiser l’ensemble de l’économie et de placer l’ensemble de sa société sous la tutelle politico-administrative d’experts qui ont démontré leur nullité. Et Emmanuel Macron se plaint que les Français soient un peu défiants ?

  1. La vertu du citoyen, on le sait depuis la Politique d’Aristote, se forme à partir de l’alternance entre commandement et obéissance.
  2. Bernard Manin, Les principes du gouvernement représentatif, Calmann Levy, 1995.
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  • Mais on est où, là ???
    L’exécutif enchaîne les mensonges, bloque des traitements, s’enferre dans une logistique catastrophique, piétine l’état de droit, ruine l’économie, instaure une authentique dictature – ET IL FAUDRAIT EN PLUS NE RIEN DIRE ?
    Quand le vent tournera, tout cela risque de très, très mal se terminer…

  • On combat pourtant pour les libertés et tout près de chez nous mais assez étonnamment personne ne relaie l’info !
    Ou alors Il faut croire que boire en suisses ne leur suffit plus et que nos voisins helvètes ont décidé d’organiser un référendum national dans le plus grand secret!
    En effet, je n’ ai eu cette information qu’ hier grâce à une web TV…. italienne.
    Il ne s’agit pourtant pas d’ un référendum concernant la réintroduction de la cistude d’ Europe dans l’ espace alpin (quoique cette petite tortue et ses défenseurs aient droit à tout mon respect).
    L’ objectif est d’ obtenir l’ annulation de la Loi Covid 19.
    La loi Covid 19 prévoit , entre autres choses, que les pouvoirs d’ urgence du Conseil fédéral seront prolongés jusqu’ à fin 2021.
    Ça n’ est pas rien tout de même! Et puis le sujet est un petit peu d’actualité non?
    Et pourtant une rapide recherche sur Google m’ a confirmé que rien n’ en avait filtré dans les médias français!!!
    Nous suivons pourtant de près en principe ce qui se passe chez nos voisins suisses.
    Or, depuis des mois l’ association suisse  » les amis de la Constitution » recueillent des signatures pour l’ organisation d’ un référendum d’ initiative populaire. Sur les 50 000 requises ils en ont recueilli …90 000.
    Le référendum aura donc lieu en juin.
    Moi je trouve que les suisses nous donnent là un bel exemple de résistance citoyenne!
    Il faudrait que quelqu un en parle à M. Macron non? Cela lui rappellerait peut être que « Vox populi, vox dei »!!!
    Et puis diffuser l info pourrait aussi donner un petit coup de main à ceux, trop peu nombreux, de nos représentants, Martine Wonner et d autres, qui mènent la même lutte contre les prolongations , re-prolongations et re-re-prolongations de l’ état d’ urgence sanitaire!

    En attendant et pour pallier donc le silence de nos médias français sur le sujet, je vous mets ci-dessous quelques liens 100 % suisses.

    https://www.tdg.ch/le-referendum-contre-la-loi-covid-19-a-ete-depose-755875581702

    https://www.heidi.news/sante/les-suisses-voteront-sur-la-loi-covid-19

    Ça pourrait être intéressant comme idée pour nous français. Aïe! Pardon j avais oublié l enterrement sans funérailles du RIC demandé par les gilets jaunes.☹

    • Brillant sens du compromis helvétique : la loi COVID19 donne des pouvoirs au gouvernement pour douze mois, le réferendum se tiendra le sixième mois.

  • Dans son discours Macron ajoute : « celui qui ne fait pas d’erreur, c’est celui qui ne cherche pas, qui ne fait rien ou qui mécaniquement fait la même chose que la veille ».
    Mais c’est exactement ce qu’ils font au gouvernement, « mécaniquement la même chose que la veille », avec une constance dans l’erreur hallucinante.. Ce qui montre bien que notre président a une notion bien à lui de l’erreur, et une remise en question nulle…

  • Ce monsieur est malade, il croit que tout ce qu’il fait est bien et que pour cela on devrait le vénérer.. Il bosse 24h sur 24 7 jours sur 7 et prend toujours la bonne décision ce qui lui permet de ne pas demander l’avis des « représentants » du peuple.. Quand on est mal élu les représentants ne représentent personne, des types choisit sur CV bidonnés sur internet et sélectionnés par des moins que rien, on ne peut que lui donner raison.. Grave.

  • « errare humanum est perseverare diabolicum »

    la vérité est rarement amusante, sinon tout le monde la dirait.

    Qu’ils arrêtent déjà de mentir et que ceux qui ont menti démissionnent : cela sentira tout de suite meilleur !

    https://www.nicematin.com/sante/pourquoi-le-nombre-de-malades-entre-les-donnees-de-sante-publique-france-et-celles-des-hopitaux-est-si-different-notre-decryptage-630970

  • Non seulement ils nous mentent mais se mentent à eux même ce qui renforce leur déni.Ils sont dans une spirale sans fin.

    • est ce un mensonge?? je crois plutôt que c’est la conviction profonde de « mériter » , d’appartenir à une élite légitime à gouverner une plèbe incapable de comprendre son intérêt…

  • mieux que ça marcon, ils sont juges de leurs votes et opinions…

    Si tu te dis compétent..si tu affirmes que la science, donc la vérité est de ton coté, tu accueilles le procès avec joie, il va PROUVER ton incomparable splendeur..

    voyons je fais le procès de marcon , est il humble? non..prend il les français pour des cons ? oui. a t il raison peut être..les prend il pour des irresponsables? oui, a t il raison…

    Je n’ai JMAIS eu confiance en toi macron, mais je tolère les institutions car pire est possible..

  • Ceci dit, les gaulois râlent systématiquement surtout quand on leur propose de bonnes solutions.
    Le seul cas où ils ne râlent pas trop c’est quand il s’agit de harceler les autres (les riches par exemple).
    A la limite on pourrait penser que plus ils râlent plus c’est bon signe.

    • Plus ils râlent, plus on est sûr qu’ils sont en bonne santé. Merci le gouvernement de veiller sur notre santé en nous faisant râler

  • Eh bien, puisque nous sommes procureurs, plaidons en reprenant Montherlant qui, en passant, montre qu’être un grand auteur n’empêche pas d’être un personnage assez répugnant:
    « Allez, allez, en prison. En prison pour médiocrité »

    • « En prison pour médiocrité ».

      Oui, cela me semble la bonne approche.

      Nul part il n’est écrit quel doit être le destin du pays, quels sont les compromis acceptables et l’agenda. Chacun son opinion, son ressenti … ou sa tolérance en la matière.

      Il ne peut pas y avoir de « jugement » ou de « procureur » au sens législatif. Mais cela n’empêche pas chacun de se poser des questions sur les buts, l’efficacité, l’honnêteté, la pertinence, etc …

      Au final, ce qui gêne Macron, c’est que 66 millions de français ne respectent pas l’article 9 et donc l’article 1 de la Nouvelle Constitution Française : « Celui qui entre dans le bureau du chef avec ses propres opinions doit en ressortir avec celles du chef. »

      http://www.une-blague.com/blague-sur-le-travail-4270.html

  • Le dernier paragraphe de l’article résume bien la situation.
    Maintenant que faisons-nous ?

  • Faut quand même tenir compte du fait qu’il n’est pas en super forme notre président ..Il est bien pâlot…Il a eu une forme sévère avec perte du gôut , de l’odorat , et des douleurs musculaires++ et le tout rend irritable..!!!

  • si Macron n’est pas content des Français qu’il parte ont ne le regrettera pas.

  • le roitelet n’aime pas la critique , le souci c’est que depuis qu’il est au commandes il enchaîne connerie sur connerie et quand on lui me t le nez dans son caca il s’offusque ..il va être temps qu’il se casse parce qu’il nous les casse grave et ses leçons de moraline il peut se les mettre vous savez ou.

  • En réalité, une seule méthode a fonctionné, la dictature a la chinoise. Nos démocraties où le moindre imbécile a raison de la discipline, du civisme et de l’intérêt général ont toutes échouées. A méditer avant les futures pandémies….

  • Peut-on m’expliquer le pourquoi de ce qui se passe étrangement à la tête de l’Etat ? Si la totalité des Français ne plait plus à Absurdum, comment un vrai démocrate pourrait-il continuer à se maintenir sans raison au pouvoir contre la totalité de sa population, dans tous ses territoires, qui n’ont jamais été et ne seront jamais sa propriété, mais dont il est nécessairement le serviteur, et seulement tant qu’il est suffisamment approuvé.
    Il semble que ce soit l’alternance du pouvoir aux USA qui pourrait avoir gravement troublé son raisonnement.
    Dans l’état actuel d’évolution défavorable de la pandémie mondiale, il est temps d’examiner froidement et contradictoirement en France, le risque que peut courir le pays dans ce seul contre tous inattendu, bien que déjà révélé lors des élections municipales, où le parti présidentiel n’a même pas recueilli 1% des voix exprimées. Lesquelles n’ont- pour cette raison, curieusement jamais été publiées au JO. A mon avis la gravité de la situation nécessite une concertation urgente des sages de toutes tendances politiques avant qu’elle ne dégénère plus gravement en utilisant la pandémie comme moteur…

    • Se maintenir au pouvoir contre la totalité de sa population ? La cote de Macron a gagné 2 points aujourd’hui, c’est peut-être biaisé, mais ça n’est certainement pas « contre la totalité de sa population ».

  • Les commentaires sont fermés.

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