Les vaccins nous sauveront-ils des reconfinements et des restrictions ?

Injection BY Dr Case (CC BY-NC 2.0) — Dr Case, CC-BY

Les retards et les difficultés à se procurer les vaccins ne feront-ils pas perdurer les confinements et autres couvre-feux ?

Par Nathalie MP Meyer.

La presse allemande n’est pas tendre avec la chancelière Angela Merkel. Elle serait directement responsable d’un « désastre de la vaccination » tant le déploiement du vaccin anti-Covid des laboratoires Pfizer et BioNTech est poussif en Allemagne : au 5 janvier 2021, seulement 317 000 doses y ont été administrées, contre presque 5 millions aux États-Unis, 1,4 million en Israël et 950 000 au Royaume-Uni (voir graphiques ci-dessous). Un comble alors que ce vaccin a été développé par une biotech allemande.

Situation vaccinale anti-Covid au 5 janvier 2021
Nombre de doses administrées

Source : Our World in Data.

 

Doses administrées pour 100 habitants

La performance allemande n’est peut-être pas fabuleuse, mais que devrions-nous dire, nous autres Français qui apparaissons à peine sur ces schémas malgré les fanfaronades répétées du ministre de la Santé Olivier Véran sur l’excellence inégalée et la préparation minutieuse de notre système de santé face au Coronavirus ?

Fin novembre, ledit ministre expliquait doctement dans le journal Le Parisien qu’il était « hors de question de dire aux Français : nous pourrions démarrer la vaccination, mais nous ne sommes pas prêts ! » Et il ajoutait : « Nos communications, la semaine prochaine, vous montreront que nous sommes prêts. »

Eh bien, il s’avère maintenant de façon assez criante que la vaccination a bel et bien commencé en France mais que l’organisation et la logistique ne sont pas, mais alors pas du tout au rendez-vous : depuis la première injection réalisée sur Mauricette le 27 décembre 2020, seulement 5000 vaccinations ont eu lieu. Autant dire rien.

On pouvait s’y attendre. La France, c’est quand même ce pays qui, tout en ayant plus d’élus, plus de fonctionnaires, plus de dépenses publiques et plus de prélèvements obligatoires que tout le monde, sans compter son sens de la justice et de la solidarité plus aigus que partout ailleurs, accumule les échecs étatiques (voir, par exemple, ici, ici et ici) avec une régularité qui tient, j’allais dire du prodige.

En réalité, aucun prodige là-dedans, juste les conséquences inéluctables d’un système hyper-bureaucratique, hyper-centralisé, hyper-collectivisé et hyper-étatisé qui favorise l’inefficacité et l’incompétence, comme l’ont très bien expliqué en leurs temps Bastiat, l’École du choix public, Hayek, Friedman et d’autres. « Tout ce qui est tombé dans le domaine du fonctionnarisme est à peu près stationnaire » disait le premier dans Services privés, services publics en 1850. Propos fort modéré, finalement, mais Bastiat n’a pas eu la chance de vivre à notre époque…

Quant à Véran, il continue de prétendre que tout se déroule comme prévu mais promet quand même d’accélérer le mouvement. Bref.

Toujours est-il que si, avant les vacances de Noël, alors que la campagne de vaccination n’avait pas encore commencé en France, d’aucuns s’inquiétaient des aspects possiblement liberticides d’une « injonction vaccinale » autoritaire et en prenaient argument pour refuser la vaccination, force est de constater maintenant que l’enjeu serait plutôt d’avoir effectivement accès à ces fameux vaccins dans des délais pas trop éloignés.

Car plus les retards et les difficultés à se faire vacciner s’accumuleront, plus les confinements et autres couvre-feux perdureront – même les plus réticents à l’égard des campagnes vaccinales anti-Covid en conviennent.

Et plus toutes les destructions dont j’ai déjà eu l’occasion de parler dans un précédent article s’accentueront : destruction de l’économie, destruction de pans entiers de l’État de droit et des libertés individuelles, et cohortes de « gueules cassées » par la maladie et/ou la faillite, la pauvreté et le chômage.

Sauf que les réticents pensent ensuite que même si le rythme des vaccinations – dont la lenteur leur a arraché de bruyantes indignations – tenait ses promesses de rapidité, ce serait néanmoins pour les gouvernements, le français au premier chef, l’occasion d’accroître la pression autoritaire sur les citoyens (passeport vaccinal, notamment), ce qui disqualifierait selon eux l’idée que la vaccination permettrait un retour à la vie d’avant-Covid et donc la vaccination elle-même.

Merci pour la mise en garde, mais les vaccins en tant que tels n’ont rigoureusement aucune responsabilité dans cette situation.

Autant je suis parfaitement d’accord avec ce qui précède s’agissant du tropisme liberticide amplement démontré d’Emmanuel Macron et autant il y a en effet fort à parier qu’il ne ratera pas l’occasion du Coronavirus pour faire un pas de plus dans la vie privée des citoyens – il l’a d’ailleurs déjà tenté avec le projet de loi « instituant un régime pérenne de gestion des urgences sanitaires » – autant j’ai du mal à voir en quoi rejeter la vaccination en bloc pour ne pas faire le jeu liberticide du macronisme déboucherait sur une situation plus appréciable, aussi bien du point de vue sanitaire que du point de vue des libertés.

Ce serait au contraire, comme les réticents le disent eux-mêmes en toute contradiction, la garantie de confinements sans fin tant qu’on n’aurait pas trouvé un traitement effectif, traitement qui ne mettrait d’ailleurs nullement à l’abri d’avoir à présenter un test négatif en telle ou telle occasion pendant un certain temps.

Indépendamment des questionnements légitimes sur l’efficacité et la sécurité vaccinale qui n’entrent pas dans mon propos aujourd’hui, l’idée que je voudrais défendre ici est la suivante : je pense que la probabilité de voir les mesures de confinement et les restrictions afférentes reculer est plus élevée dans le cas où une parade médicale efficace d’ampleur est mise en place face à la pandémie que dans le cas contraire.

Or aujourd’hui, en fait de parade, on a les vaccins. Ils constituent à ce jour la seule méthode suffisamment vaste et valide qui pourrait permettre de se sortir assez rapidement de la maladie donc des causes initiales ayant motivé confinements et fermetures administratives des activités.

Ce qu’il faut bien voir, c’est que ces vaccins sont des produits médicaux qui ont été développés pour apporter une solution médicale à un problème médical, indépendamment d’Emmanuel Macron, de sa nullité et de son autoritarisme. Les chercheurs de Pfizer, BioNtech ou Moderna n’avaient pas Emmanuel Macron ou tout autre responsable politique en tête quand ils planchaient sur leurs dosages. Ils ne se sont pas dit : tiens, on va mettre à la disposition des dirigeants des vaccins qui vont leur permettre de contrôler leurs citoyens. Si la liberté vaccinale est garantie, les vaccins en eux-mêmes ne sont ni pour ni contre les libertés publiques.

Ce contre quoi il faut se dresser avec véhémence, ce ne sont pas les vaccins, qui représentent à ce jour notre meilleure chance de voir la situation pandémique s’améliorer médicalement et favoriser une sortie des confinements – je persiste à l’écrire – mais ce sont les possibles tentatives d’utilisation politique de ces vaccins pour réduire les libertés et plus généralement toute « pérennisation » de l’état d’urgence sanitaire.

Exactement comme il a fallu se dresser contre le projet de loi Avia contre la haine en ligne, mais pas contre internet, et exactement comme il faut encore et toujours se dresser contre la loi contre les fake news ou contre l’article 24 du projet de loi de sécurité globale ou contre le durcissement des conditions de l’école à domicile, mais pas contre les médias, l’information, la police ou l’école.

Pour moi, la seule raison sérieuse de rejeter la vaccination telle qu’elle se présente actuellement serait que les vaccins se révèlent inefficaces et/ou dangereux pour la santé. Mais inutile de s’imaginer qu’on a la moindre chance de mettre fin aux états d’urgence sanitaires sans réduire drastiquement la pandémie d’abord.

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