Déconfinement : avons-nous raison de crier « victoire » ?

Emergenza Coronavirus By: Dipartimento Protezione Civile - CC BY 2.0

Confiner est une mesure moyenâgeuse qui ne repose sur aucune étude scientifique. Alors que sont exigées des études scientifiques critiquables pour la chloroquine, on fait le contraire à côté.

Par Gérard Maudrux.

Dans le monde le confinement fait débat, et chez nous, nos « élites » crient victoire grâce à leur « stratégie » ayant conduit à un confinement « réussi ». Qui a tort, qui a raison ? On assiste à des batailles de chiffres, de statistiques, et de résultats le plus souvent difficiles à comparer.

Il y a des confinements plus ou moins précoces ou tardifs, plus ou moins stricts, plus ou moins respectés, d’autres mesures d’accompagnement, et surtout d’autres facteurs qui nous échappent, comme le facteur ethnique que j’avais évoqué au début sans certitude, et qui avec le recul semble de plus en plus à prendre en compte.

Il est aussi toujours plus facile après coup de dire qu’il ne fallait pas le faire que de prendre une décision difficile le jour où il fallait en prendre une. Quelle décision auriez-vous pris, vous, en fonction de l’époque et des éléments dont vous disposiez ? Avions-nous d’autres choix, compte tenu de la pénurie de lits de réanimation, de masques, de tests, de tout ?

Premier point : la courbe de l’épidémie

Avec le recul, avec son ascension rapide, son plateau, sa descente à deux pentes, une moyenne, puis une lente, sa durée, on constate que la courbe de l’épidémie a la même allure dans tous les pays, confinés ou non. Cela permet de penser que les pays confinés n’ont pas de meilleurs résultats que les autres, les autres facteurs étant plus importants que le confinement.

Plusieurs articles tentent de démontrer cet échec, chiffres à l’appui.

Ceux qui ne sont pas d’accord rétorquent par exemple avec la Suède non confinée, avec 448 décès par million d’habitants, et comparent avec la Norvège, qui en a 10 fois moins ou la Finlande, 7 fois moins. Oui mais alors la France, qui a aussi confiné comme ces deux derniers pays, en a à ce jour autant que la Suède qui n’a pas confiné, soit 442 décès par million d’habitants, et 10 fois plus que la Norvège.

Ces calculs et comparaisons ont tous des défauts. Tous les pays ne décomptent pas les morts de la même manière, ne testant pas toujours tous les décès ce qui en diminue le nombre, d’autres comptabilisent à domicile ou pas, en Ehpad ou pas, etc.

Le moyen le plus fiable pour savoir si le confinement est efficace ou non est de suivre, à conditions égales, dans un même pays, la situation avant et après confinement, avant et après déconfinement, ce qui n’est possible qu’posteriori.

Second point : quel résultat objectif chez nous ?

Toujours avec le recul, voyons la courbe des nouveaux cas journaliers, avant et après confinement (17 mars), avant et après déconfinement (11 mai) :

Nouveaux cas journaliers (courbe agrandie sur Wiki)

Si le confinement est efficace pour une maladie contaminante les 15 premiers jours, on devrait obtenir le résultat suivant : de nouveaux malades les 15 premiers jours, car contaminés avant confinement, puis plus rien après 15 jours, la population isolée ne pouvant se contaminer. Cette situation idéale correspond à un confinement théorique de 100 %, impossible en pratique.

Qu’est-ce que cela donne ici, avec un confinement maximum possible, comme en France ?

La semaine avant confinement, 5221 cas. Dans les 15 jours qui suivent, 37 927 cas, soit 19 000 par semaine en moyenne, correspondant aux contaminations d’avant confinement qui se déclarent.

Donnons-nous un peu de marge, le confinement n’étant pas de 100 %, et voyons le résultat la quatrième semaine : 25 185 cas ! cinq fois plus qu’avant confinement, aucune cassure de la courbe. Cinquième semaine : 18 033 cas, comme pendant la première période, quatre fois plus qu’avant confinement.

Alors efficace ? Cela ne se voit pas dans la période où cela devrait se voir. Ensuite, il y a baisse, mais la courbe générale est aussi celle des pays qui ne confinent pas, et qui est sans doute celle de l’évolution naturelle de la maladie.

Signalons au passage que nous sommes dans des conditions de publication de chiffres stables avec peu de tests durant toute la période. Ce n’est que récemment que l’on a davantage testé, pouvant modifier ces chiffres journaliers à la hausse.

Troisième point : le déconfinement

Début mai, on estimait que 6-7 % de la population étaient immunisés. La semaine avant déconfinement, il y a eu 7875 cas, soit davantage que la semaine avant confinement. On déconfine, et rien ne se passe.

Quand on ouvre les portes, avec 62 millions de candidats potentiels pouvant être contaminés par 7800 personnes contaminées, ne sommes-nous pas dans des conditions plus défavorables qu’au moment du confinement, avec 5221 contaminés pouvant en contaminer 67 millions ?

Ouvrir ces portes n’a eu aucun effet, montrant que confiner ou déconfiner n’a pas ou peu d’effet sur l’évolution naturelle de l’épidémie. Depuis le déconfinement, aucun rebond même minime. C’est même l’inverse, nous avons une décroissance lente alors que nous devrions avoir une remontée due à la montée en puissance des tests.

Les pays qui n’ont pas confiné, et les résultats de notre pays qui l’a pratiqué, semblent montrer que cette mesure n’a que peu d’effet sur le développement de l’épidémie. Même notre ministre de la Santé l’avait pourtant dit il y a trois mois avant de faire le contraire : « c’est le confinement qui provoque la circulation du virus ».

Confiner est une mesure moyenâgeuse qui ne repose sur aucune étude scientifique. Alors que sont exigées des études scientifiques critiquables pour la chloroquine, on fait le contraire à côté. Quand je dis moyenâgeuse, ou presque, vous trouverez ci-dessous une autorisation de sortie en période d’épidémie, la même que celle que nous avons connue il y a deux mois. Elle a 300 ans. La méthode est bien très ancienne, rien n’aurait changé depuis ?

Autorisation de circulation en période d’épidémie

Le confinement a été un échec sur le plan médical, et une catastrophe sur le plan économique. Maintenant je le répète, je ne fais qu’un constat, négatif, mais sans juger de la décision prise, critique trop facile posteriori. Par contre, je critiquerai vertement le fait de faire croire aux Français que cela a été une grande victoire qui a triomphé du virus, en occultant la très grande carence des mesures d’accompagnement gérées en dépit du bon sens et qui n’ont fait qu’aggraver les choses. Cette erreur s’est ajoutée à beaucoup trop d’autres. Résultat : un confinement « réussi », nous mettant dans le peloton de queue du classement mondial des résultats face au Covid.

Mais dans le gigantesque cafouillage politico-médical, au milieu des multiples mensonges d’État indignes de notre Nation et de ses valeurs, il semble qu’il y ait quand même un bon résultat, bien caché. Ces dernières semaines la maladie est quatre fois moins grave que les premières semaines. Explications au prochain numéro, avec les mêmes courbes.

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