Les urgences en grève

Le nombre d’urgences hospitalières a doublé en l’espace de cinq ans, en partie à cause de la désertification médicale de la ville et de la politique de santé.

Par Bernard Kron.

L’hôpital est à bout, surchargé par l’afflux aux urgences et la pénurie de médecins bien formés. L’État est responsable de cette dérive en mettant de plus en plus de contraintes sur les médecins libéraux et hospitaliers.

Avec une petite équipe en libéral nous avons assuré plus de 130 000 urgences de toutes catégories en clinique privée, mais les normes ont conduit à sa fermeture.

Le nombre d’urgences hospitalières a doublé en l’espace de cinq ans, en partie à cause de la désertification médicale de la ville et de la politique de santé ; dans mon livre Chirurgie, chronique d’une mort programmée j’ai décrit les raisons de cette dérive :

 En voici des extraits :

«… Il a dépassé le chiffre de 20 millions de passages par an et atteindra plus de 25 millions en 2019. Le coût moyen par urgence est de plus de 250 euros selon la Cour des comptes. Les urgences sont devenues le monopole des… urgentistes, ce qui entraîne parfois de longs retards dans l’appel du chirurgien. Des catastrophes sont à la clef, tant en traumatologie qu’en chirurgie viscérale. Ces médecins urgentistes polyvalents sont parfois diplômés dans cette spécialité mais ils sont rarement qualifiés en traumatologie ou en pathologie abdominale.

Dans une autre vie, le chirurgien libéral formé dans les assistances publiques et dans les CHU prenait en charge directement ces urgences sur simple appel téléphonique. Les cliniques privées non agréées ne peuvent pas être rémunérées pour cette prise en charge.

Les patients s’adressent alors à l’hôpital où les soins sont gratuits avec le tiers-payant généralisé. Les praticiens libéraux, pour assurer les urgences dans le privé devront s’engager à pratiquer des tarifs sans complément d’honoraires pour tous les autres patients, ce qui n’est pas acceptable. Ils sont mis en grève pour protester.

Les internes sont devenus des Docteurs Juniors sans responsabilités. Qui dans ces conditions demain acceptera d’assurer les gardes de chirurgie ?

L’allègement des contraintes administratives des établissements privés permettrait de maintenir un réseau d’offres à larges mailles, ce qui soulagerait l’hôpital et permettrait de consacrer les chirurgiens hospitaliers à une véritable garde. La réorganisation de l’hôpital n’a rien prévu dans le domaine de l’urgence ».

 J’ajoute que l’Externat et l’Internat, compte tenu de la mauvaise réforme des second et troisième cycles, aggraveront encore ce drame car ils ne sont pas préparés à les prendre en charge.

Ce sera un des sujets de l’émission sur Sud Radio le 7 Mai à 12 h 30 dans le face à face avec André Bercoff.

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