Consommation en berne : les limites du « en même temps »

Fermé by Sylvain Naudin(CC BY-SA 2.0)

Si l’on veut conserver des industries et en relocaliser d’autres dans notre pays, il faut leur laisser une chance d’être compétitives, et mettre les impôts au même niveau que la concurrence.

Par Loïk Le Floch-Prigent.

À force de vouloir quelque chose et son contraire , le fameux « en même temps » revendiqué depuis trois ans, on finit par se casser la figure, pousser la croissance tout en plaidant pour la décroissance, vouloir vendre des voitures tout en les interdisant, sauver les compagnies aériennes et les fabricants d’avions et supprimer les vols… il faut choisir ! Révision déchirante. 

Pendant le confinement et grâce aux mesures coûteuses de chômage partiel compensées par l’État, les Français ont peu consommé et par conséquent épargné. Il est question de 55 à 70 milliards d’euros. Les commerces avaient déjà stocké et espéraient lors du déconfinement voir défiler une clientèle avide.

La prudence a prévalu

C’est la prudence, le port du masque, qui ont prévalu. Les soldes ont été engagées, et de nouveau ont déçu les professionnels. Les baisses de prix n’ont pas attiré les foules habituelles. Il est vrai que les annonces permanentes sur une deuxième vague du virus et les préconisations des médecins appelés depuis des mois à parler de leur métier n’encouragent pas à passer du temps dans des magasins bondés.

Mais cette absence de frénésie habituelle inquiète et interroge, les cabinets spécialisés nous disent que l’envie qui est passée. On peut imaginer que la priorité est de retrouver famille et amis, d’oublier cette période d’isolement grâce à des vacances accompagnées au grand air.

Mais cela ne conduit pas au redressement rapide de l’économie comme souhaité à la fois par nos dirigeants et le monde professionnel. 

Si l’on tient compte du dernier vote municipal, on peut avoir une lecture complémentaire : dans les métropoles, c’est-à-dire les secteurs à urbanisation concentrée, on a constaté une abstention importante, signe dépressif, et une poussée d’un vote écologiste qui, dans certains cas a conduit à un changement de majorité.

Ces nouveaux élus se sont précipités sur la nécessité impérieuse de changer la vie, de la voiture au vélo, des projets immobiliers vers la plantation d’arbres, de la consommation vers la frugalité…

Culpabiliser la consommation

Beaucoup de médias ont embrayé dans cette direction tandis que les porte-paroles politiques et non des moindres faisaient de même. Ainsi se propage lentement l’idée d’une culpabilité à vouloir consommer et donc gaspiller, à vouloir rouler en voiture, prendre l’avion, déambuler sans besoins dans les galeries marchandes et finalement acheter sans que ce soit indispensable.

Se faire plaisir devient un péché, il faut expier les péchés d’hier et ne plus être tentés d’en commettre de nouveaux ! C’est insidieux, ce n’est pas dit, mais suggéré, c’est une ambiance générale. 

Mais bien sûr les contradictions arrivent aussitôt et il faudra bien en sortir car le chômage qui guette notre pays si la reprise ne se réalise pas est mortifère. On a pu s’endetter encore pendant la période du printemps, mais à l’automne, après les fameuses vacances estivales, il va bien falloir se confronter aux réalités ; la planche à billets dont nous avons inauguré les avantages cet été va s’arrêter et tandis que nos voisins se sont remis au travail, il va falloir nous aussi nous y mettre ! Il est de bonne politique de reculer les échéances pour se donner le temps de réfléchir, mais nous sommes désormais confrontés à la mise à mort du « en même temps » :

Si l’usage de l’avion est restreint, il faut diminuer l’effectif de toute la filière aéronautique qui est un des points forts de notre économie.

Si l’usage de la voiture est restreint, il faut fermer des usines.

Si l’usage de la voiture électrique est encouragé, il nous faut acheter des batteries en Asie (40 % du coût du véhicule) et restreindre nos fabrications de moteurs thermiques

Si l’on veut développer éoliennes et panneaux solaires, il faut les acheter à l’étranger, diminuer nos effectifs de production et augmenter nos tarifs. 

Si notre production électrique d’origine nucléaire doit être diminuée, il faudra licencier le personnel correspondant 

Si l’on veut conserver un tissu industriel, il faudra laisser les entreprises payer des dividendes aux actionnaires car qui dit investissements dit capital et donc attraction d’actionnaires. 

Si l’on veut conserver des industries et en relocaliser d’autres dans notre pays, il faut leur laisser une chance d’être compétitives, mettre les impôts au même niveau que la concurrence c’est-à-dire supprimer les impôts de production (originalité hexagonale), et européaniser notre fiscalité ! 

 Dépasser le choc pour retrouver la confiance

Le choc que nous avons subi depuis le mois de mars est à la fois économique et psychologique. La solution pour s’en remettre est de prendre des décisions claires et de s’y tenir. Les valses-hésitations sur tous les sujets majeurs pour notre avenir ne sont plus de mise.

Oublions les réformes mal présentées et conflictuelles, revenons à l’essentiel, la confiance dans le renouveau de notre appareil productif.

Oublions la repentance pour nos soi-disant péchés antérieurs, nous avons le droit à l’épanouissement individuel et collectif, nous avons tout accepté pendant cette période de grande peur : les librairies étaient fermées car non essentielles, le livre était un superflu, et ceci au pays des Lumières !

Les faux prophètes de l’expiation obligatoire, ceux qui veulent chaque jour diminuer nos libertés et punir, toujours punir, doivent être combattus sans relâche, les contraintes trop facilement acceptées nous conduisent à un totalitarisme d’un type nouveau, mais c’en est un.  

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