Anne Hidalgo renforce sa politique anti-voitures avec le Covid-19

anne hidalgo by Jacques Paquier (CC BY 2.0) — Jacques Paquier , CC-BY

Anne Hidalgo profite-t-elle de la crise sanitaire pour amplifier son programme anti-voitures ?

Par Johan Rivalland.

La politique n’est jamais bien loin. Chassez-la un temps et elle revient vite au galop. (Ah, tiens, voilà une idée : à quand le retour des chevaux dans Paris ?)

Déconfinement et lutte anti-pollution

On sait la persévérance de l’actuelle Maire de Paris à vouloir diminuer le flux de véhicules circulant dans la capitale, dans l’espoir de diminuer la pollution. Réelle préoccupation ou positionnement purement politique ? Chacun se fera ses propres convictions à ce sujet. En politique, rien n’est jamais très assuré, que ce soit sur ce sujet comme sur la plupart d’entre eux. Telle est l’une des perversités de la démocratie.

Mais le véritable sujet ici, est : est-ce bien judicieux de venir renforcer cette politique anti-voitures ou anti-pollution, à un moment où le pays subit une crise d’une ampleur inédite et aux conséquences terriblement dramatiques ? On peut à juste titre se poser un certain nombre de questions tout à fait légitimes à ce sujet. Car ce ne sont pas des décisions sans conséquences à courte échéance.

La pollution est-elle actuellement ce que nous avons le plus à craindre ?

Je laisse de côté volontairement ici les débats concernant le degré de dangerosité de la pollution, et plus particulièrement de celle provenant des véhicules routiers (je ne doute pas que les commentateurs s’empareront très probablement du sujet, car il a tout à fait lieu d’être).

Mais concentrons-nous sur la simple question suivante : l’heure est-elle vraiment à se saisir de l’opportunité du déconfinement pour imprimer un peu plus dans les décisions la lutte anti-voitures ? N’y a-t-il pas, autrement dit, un danger immédiat bien supérieur à la pollution en restreignant ces modes de déplacement, au moment où beaucoup craignent plus directement pour leur vie ou leur santé en devant se déplacer notamment dans le cadre de leur activité professionnelle ? Car voici ce que déclare Anne Hidalgo :

« Je m’opposerai à ce que Paris soit envahie de voitures, synonymes de pollution. La pollution conjuguée au Covid-19 est extrêmement dangereuse ».

La petite reine du déconfinement

Soit. Mais ce qui vient en tête à tous ceux qui envisagent de se déplacer en véhicule, notamment pour se rendre tout simplement sur leur lieu de travail, est : ai-je vraiment envie de prendre des risques en me déplaçant via des transports en commun bondés, avec des distances humaines que l’on sait très faibles, et ce malgré toutes les précautions qui pourront être prises ? N’est-il pas légitime d’aspirer – par peur ou par l’usage de la raison – à user de ses libertés pour pouvoir au moins momentanément se déplacer par des moyens que l’on peut juger plus sûr ?

Autres réactions que l’on voit déjà poindre : Anne Hidalgo elle-même, ainsi que ses conseillers et autres co-décideurs, prendraient-ils chaque jour les transports en commun aux heures de pointe parmi la foule des voyageurs pour se déplacer ?

Question aussi de la part des commerçants, parmi d’autres professions concernées, qui se demandent : n’allons-nous pas subir de nouveau, après le mouvement des Gilets jaunes et les grèves de décembre et janvier, puis la période du confinement, une désertion accentuée des commerces ? Certains s’interrogent par exemple sur la capacité des clients à pouvoir repartir avec leurs achats à vélo…

Et plus nombreux encore sont ceux qui ne peuvent s’empêcher de penser une nouvelle fois que ces projets semblent être très centrés sur des modes de raisonnement qui correspondent bien aux idéaux des « bobos parisiens », certaines réactions de provinciaux consistant déjà à suggérer de manière ironique à ces mêmes bobos de ne pas venir polluer les campagnes avec leurs véhicules.

En tout état de cause, on voit surtout que le moment paraît mal choisi pour mettre dans la balance les morts très éventuels (ou présumés) de la pollution et les dangers immédiats liés au Covid 19 et au déconfinement.

Une atteinte aux libertés

La question de la pollution peut tenir à cœur – sincèrement ou pas – à beaucoup de gens. Et on peut parfaitement le comprendre. Ce sont des choix de société et qui peuvent être débattus. Dans l’immédiat, il paraît cependant un peu précipité et potentiellement dangereux de prendre des décisions aussi rapides et susceptibles d’attenter aux libertés.

Mme Hidalgo envisage ainsi par exemple d’interdire aux voitures la circulation sur des axes majeurs tels que la rue de Rivoli :

« Je souhaite qu’il y ait un axe uniquement dédié au vélo et un autre réservé uniquement aux bus, taxis, véhicules d’urgence et véhicules des artisans, mais plus les voitures. Ainsi, on pourra circuler d’est en ouest à vélo (de la porte de Vincennes à la porte Maillot en passant Bastille, rue de Rivoli, la place de la Concorde et les Champs-Elysées). L’avenue Foch pourrait être aménagée et on filerait ensuite en obliquant jusqu’à la porte Maillot. Nous travaillons avec le maire de Neuilly-sur-Seine (Hauts de Seine), Jean-Christophe Fromantin, pour qu’il puisse y avoir aussi un prolongement vélo jusqu’à La Défense. »

Et elle dit réfléchir à des aménagements (parkings, pistes cyclables élargies, etc.) en vue de permettre la mise en application de ces projets. Mais est-ce réalisable en si peu de temps et les effets pervers qu’entraînent nécessairement toute prise de décision ont-ils bien été étudiés ?

C’est pourquoi nous pouvons légitimement nous interroger sur la précipitation avec laquelle les projets en cours semblent être enclenchés, ainsi que sur les conséquences loin d’être anodines qu’elles impliqueraient. L’affaire est loin d’être anecdotique…

 

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