Municipales : abstention record, effondrement de LREM, vague écolo

La crise de confiance qui ronge les institutions ne pourra être résolue que par une vraie décentralisation qui place l’autonomie des communes au cœur de son projet.

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Vote élections urne (Crédits JaHoVil, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

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Municipales : abstention record, effondrement de LREM, vague écolo

Publié le 29 juin 2020
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Par Frédéric Mas.

Le second tour des élections municipales s’achève sur fond d’abstention record, de disparition de LREM et de vague écolo sans précédents. Après une coupure de plusieurs mois due à la crise sanitaire et au confinement, l’électeur a repris le chemin des urnes sans enthousiasme ni conviction.

Avec près de 60 % d’abstention, c’est à la fois la légitimité des nouveaux élus qui interroge et la prime à la polarisation politique qu’elle encourage. S’il fallait illustrer l’adage comme quoi nos démocraties sont aujourd’hui pilotées par des minorités d’élus, eux-mêmes désignés par des minorités d’électeurs, cette campagne serait assez symptomatique.

Comme le rappelle Gérard-Michel Thermeau, jusqu’à présent les municipales suscitaient encore l’intérêt des citoyens. Aujourd’hui, même la démocratie locale est en crise.

Peu d’offre politique

Sans doute, la crise du Covid-19 et la peur de la seconde vague y sont pour quelque chose, mais ce n’est pas tout. L’offre politique se restreint d’année en année, et avec elle la possibilité de réformer le pays.

Comment ne pas comprendre le peu d’investissement des citoyens ? Ceux qui se sont déplacés étaient sans doute les plus motivés, ce qui peut aussi expliquer la forte présence des plateformes politiques très marquées à gauche comme celles proposées par les formations écologistes.

Le parti d’Emmanuel Macron, LREM, s’effondre un peu partout à l’exception notable du Havre, ce qui n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour le président de la République. Toute l’attention médiatique était dirigée sur Paris, où Agnès Buzyn, parachutée à la dernière minute dans la campagne par l’Élysée, s’est prise une raclée monumentale, arrivant loin derrière le maire sortant Anne Hidalgo et la candidate LR Rachida Dati.

Disparition de LREM

Au Havre, Édouard Philippe est réélu très honorablement, consolidant indirectement ainsi sa place au sein de l’exécutif. Il est l’un des seuls à s’en tirer auprès de l’opinion publique après la crise du coronavirus, et cette élection confirme l’image de sérieux qu’il a pu incarner face à un Macron fuyant, pour ne pas dire absent.

Le Premier ministre est en passe de devenir un rival sérieux de l’actuel locataire de l’Élysée.

Plus généralement, le parti de l’exécutif est inexistant, et n’a pas renversé la table comme il l’avait fait à la présentielle et aux législatives. Malgré toute l’énergie dépensée à tenter de polir son image de « centrisme autoritaire », en jouant en particulier sur la fibre écolo et socialisante, LREM a fini par faire la campagne de ses adversaires. Les électeurs ont préféré l’original à la copie et voté pour les Verts qui s’imposent dans sept des plus grandes villes de France.

Le triomphe écolo

Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Annecy… et presque Lille. La victoire des écologistes dans plusieurs métropoles témoigne du divorce idéologique grandissant entre la France des centres-villes et celle de la périphérie.

La première se fait plus sensible aux discours apocalyptiques des prophètes verts, la seconde fut le foyer de départ des manifestations de Gilets jaunes.

La première réclame davantage de fiscalité verte et éventuellement une restriction des libertés publiques au nom de l’urgence climatique, l’autre n’est pas prête à payer pour le mode de vie privilégié des premiers et se révolte contre leur invisibilisation politique.

Réconcilier ces deux France est sans doute l’un des principaux casse-têtes des années à venir. Les convaincre de ne pas détruire la liberté individuelle au passage en est un autre.

Réinvestir l’échelon local

La désaffection de l’électeur n’a pas pour seule cause les effets de la crise sanitaire. La recentralisation politique discrète qui s’est opérée en France depuis le début des années 2000 a largement limité l’autonomie des villes, en particulier en matière fiscale.

Le déplacement des pouvoirs locaux vers l’État central a donc aussi dépossédé le citoyen de la possibilité de mieux contrôler ses édiles et accélérer la dépolitisation. L’élection d’Emmanuel Macron n’a fait qu’accélérer le mouvement en portant au pouvoir l’élite bureaucratique du pays et ses clientèles privilégiées.

La crise de confiance qui ronge les institutions ne pourra donc être résolue que par une vraie décentralisation qui place l’autonomie des communes au cœur de son projet.

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  • Supprimer les départements et diminuer le nombre de communes en les agrandissant serait un bon début.

  • L’abstention record est encore pire que les chiffres affichés. Il y a 52,6 millions de personnes en âge de voter en France. Le corps électoral ne compte que 47,7 millions d’inscrits. C’est la première source d’abstention, avec une perte de 4,9 millions. Ensuite, parmi les inscrits, certain s’abstiennent, votent blanc ou nul. Avec un taux d’abstention, de votes blancs et nuls de 62% des inscrits environ, un élu comptera en moyenne sur le soutien de 17% des personnes en âge de voter (9/52.6). Souvent, beaucoup moins suffit pour être élu. Elu, mais parfaitement minoritaire et non représentatif dans la vraie vie. La démocratie peut aller se rhabiller, en pleurs.

    Pour se constituer une clientèle captive d’électeurs, un maire peut décider d’embaucher une masse critique de personnels dans les effectifs territoriaux ou hospitaliers au sein de la population de sa commune, en comptant sur la fidélité de l’embauché mais également de son conjoint et ses éventuels enfants en âge de voter. L’opération électorale est confortable pour lui puisque c’est la majorité silencieuse qui paye. Une fois l’opération consolidée, le maire peut espérer se faire réélire pratiquement indéfiniment et influencer significativement le résultat des autres élections, lui ouvrant la perspective d’une juteuse carrière. Sans effort. Payé par l’argent public. C’est gratuit, paraît-il !

    Depuis 2000, les effectifs de la FP territoriale ont augmenté de 1,3 millions à 1,9 million et ceux de la FP hospitalière de 0,9 à 1,2 million, pour environ 2 millions d’électeurs captifs supplémentaires. Désormais en France, plus de 20% des emplois sont des emplois publics. Un tel niveau de dépendance (sans oublier les associations subventionnées, les bénéficiaires des logements sociaux et des multiples aides sociales, inépuisables sources d’électeurs captifs) permet de faire basculer favorablement toute élection et d’orienter systématiquement la politique vers toujours plus d’Etat obèse. A titre d’illustration, il suffit d’observer les listes des candidatures pour observer que les revenus de plus des deux-tiers des candidats, tous partis confondus, dépendent directement de financements publics. Face à une telle force de frappe, la majorité silencieuse est découragée et ne prend plus la peine de participer à un jeu qu’elle sait d’avance truqué. Elle peut se faire spolier sans bruit puisqu’on ne l’entend plus, du moins jusqu’à ce qu’un début de révolte s’agrège sur les ronds-points, révolte sévèrement réprimée comme il se doit pour toute mafia qui se respecte. Le pouvoir à tout prix, même s’il s’agit de régner sur un champ de ruine. Qu’on se le dise : la vile plèbe des non-fonctionnaires n’a pas son mot à dire dans ce pays et l’impossible sera fait pour qu’elle se taise définitivement, pour qu’elle paye en silence quoi qu’il en coûte, comme dirait Macron.

    • bien résumé.
      Les mandats exécutifs devraient être limités à 2 dans les grandes villes.
      les subventions aux associations interdites également (premier moyen de corruption clientéliste).

      On voit également qu’on peut se faire élire maire d’une grande ville sans y résider : autre scandale !

  • LREM n’existe pas, c’est du socialisme soft !

  • Bechu à ANGERS est encarté LREM ? 1ere nouvelle..

  • L’absolutisme d’Etat est en place et le centralisme est son socle. Au sommet un « prince », a son service une bureaucratie pléthorique, fidélisée par des statuts dont la générosité est sans limite, allant de l’inamovibilité à la distribution de « hochets ». L’état distribue ou il veut, quand il veut en prenant soin de s’agréger selon les circonstances ou les causes, idéologues ou « Représentants du peuples » pour relayer l’attachement ou l’attention qu’il porte au bien-être du peuple.
    Quelques miettes d’apaisement, médailles, menue monnaie, similis libertés parcimonieusement et judicieusement distribuées par le « prince ou ses pairs » rassure le peuple qui finit par les remercier de tant de générosité et d’attentions.
    Tout est en place pour permettre à l’Etat de faire ce qu’il veut, quand il veut, ou il veut et pour qui il veut, sans grands risques d’être désavouer par une majorité populaire même si quelques empêcheurs de tourner en rond se réveillent de temps en temps. Il dispose de tous les moyens pour les ramener à la « raisons ».

  • Edouard Philippe n’est pas au parti LReM ! Il est sans étiquette. Ce qu’il a fait de la ville portuaire du Havre, à la suite d’Antoine Rufenacht, lui permet de ne pas avoir à s’agenouiller devant des verts plutôt staliniens à l’intérieur. A bien y réfléchir, les succès écolos ne représentent qu’une vaguelette dans certaines métropoles, le reste de la France ayant plus de jugeote. M. Macron aurait peut-être intérêt à arrêter ses conventions formatées et ses grands rassemblements qui ne servent à rien!

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