Les avantages d’une société libre pendant une pandémie

Freedom by Josef Grunig(CC BY-SA 2.0) — Josef Grunig, CC-BY

Aucune des mesures pertinentes pendant une épidémie n’exige un commandement centralisé. La centralisation empire la situation et c’est elle qui nous a rendus vulnérables dès le départ.

Par Per Bylund.

En ces temps de crise, nombreux sont ceux qui se déclarent impressionnés par les mesures « rapides et décisives » mises en œuvre par le régime chinois. Au lieu d’admettre l’odieux manque de respect pour la vie humaine, la réponse chinoise est mise en avant comme exemplaire pour combattre une pandémie.

Ces groupies oublient opportunément les nombreuses semaines d’interdiction de parole et de censure qui ont précédé le confinement brutal de la ville de Wuhan et de la totalité de la province de Hubei. Ils ferment aussi les yeux sur la nature de l’autoritarisme et de la bureaucratie, en prétendant que ce qui est nécessaire pour décider une action appropriée est simplement le pouvoir et que l’accès à des informations précises et fiables importe peu.

Ces appels à la tyrannie sont pour le moins malavisés, mais ils ont été utilisés pour dépeindre la liberté comme impuissante. Selon le sophisme de l’autocrate, il manquerait au libéralisme précisément ce qui est nécessaire pour gérer une pandémie de façon « rapide et décisive » : le pouvoir centralisé.

Une société libre n’est pas une société permissive

Il ne fait aucun doute que le confinement (et même l’assignation à résidence) devrait limiter la propagation d’un virus contagieux, par rapport à une situation de liberté de déplacement répandant la maladie. De même, comparé au fait de continuer à prendre l’avion comme si de rien n’était, l’arrêt des vols aériens devrait limiter la propagation.

Mais il s’agit en fait de deux extrêmes, dont aucun ne s’applique à une société libérale. L’un des extrêmes est fondé sur un pouvoir autoritaire et centralisé sur la vie et les biens des individus, ce qui est évidemment incompatible avec la liberté. C’est bien sûr la critique que l’autocrate fait à la liberté : l’absence d’un tel pouvoir.

Mais on peut en dire autant de l’autre extrême, qui suppose que toute société possède des biens publics essentiels et pose des limites aux droits des propriétaires de biens privés. Aucun des deux ne peut avoir cours dans une société libérale. Dans le cadre de la propriété privée, vous n’avez pas automatiquement le droit d’entrer dans le magasin de quelqu’un ou de marcher sur son trottoir, tout comme vous n’avez pas le droit d’entrer chez lui comme bon vous semble. Bien que vous soyez a priori le bienvenu dans ce magasin – le propriétaire de la boutique souhaite que vous puissiez acheter ses marchandises – votre entrée est soumise à ses conditions.

Et comme c’est lui qui décide, il est aussi responsable de ce qu’il permet. C’est pourquoi même aujourd’hui les magasins et les centres commerciaux, tout comme les résidences privées, ont généralement leur propre sécurité (malgré le monopole de la police d’État). Leur responsabilité est engagée s’ils admettent tout le monde sans restriction et que cela expose des tiers à des dommages potentiels. Cela inclut le fait d’admettre sans restriction les porteurs d’un virus mortel.

Nous avons vu à l’œuvre ce fait souvent ignoré, dans une certaine mesure, puisque les compagnies aériennes ont suspendu leurs vols à destination des zones affectées avant d’être clouées au sol par décret de l’administration. Pourquoi ? Parce qu’elles ne veulent pas risquer la santé de leurs employés et de leurs clients – ce qui engagerait leur responsabilité.

Dans une société libérale, on n’a pas le droit d’user de la propriété d’autrui, mais il n’y a pas de limitation de la responsabilité du propriétaire concernant ce qui se produit avec son accord, explicite ou implicite.

Ce n’est bien entendu pas une solution parfaite qui évacue tous les problèmes, y compris le fait de contenir un virus avant qu’il se répande. Mais il n’existe pas de solution parfaite. L’important c’est qu’une société libérale n’est pas le statu quo avec un peu plus ou un peu moins de réglementation ou d’agence étatique. La situation libérale « normale » est très différente de ce dont nous avons l’habitude dans un régime étatique.

Le fait est qu’aucun des extrêmes supposés par les adeptes de l’autocratie ne s’applique à une société libre. Oui, il n’y aurait pas de pouvoir autoritaire, mais ce n’est pas non plus une société permissive où le désir de chacun prime sur les droits de propriété.

Le problème de la solution uniforme

Mais l’absence de pouvoir autoritaire doit certainement impliquer que la liberté est impuissante face aux menaces graves ? Non, c’est une autre illusion de l’autocratie qui se révèle infondée. Il n’est pas vrai que la centralisation soit une solution. Instaurer un pouvoir central signifie adopter une approche uniforme. Mais il y a plus grave avec la centralisation : elle nous rend plus vulnérables et nos réponses en deviennent moins pertinentes.

La plupart des gens s’accordent sur le fait qu’une approche uniforme convient en fait à très peu, de même qu’un pull taille unique sera mal ajusté à tous ceux qui le portent. Les situations sont partout différentes, ce qui veut dire que chaque situation appelle une réponse optimale personnalisée.

C’est ce que nous avons vu aux États-Unis pour l’épidémie de coronavirus, où les gouverneurs ont adopté des politiques différentes pour leur État. C’est logique qu’ils agissent comme cela, car chaque État est très différent et a été affecté différemment par le virus. Bien que ce soit loin d’être parfait, cela montre que même des politiciens professionnels admettent qu’une solution centralisée n’est pas appropriée. S’ils croyaient vraiment à une solution unique ils auraient adopté la même politique. Mais ils ne l’ont pas fait car les situations étaient variables.

L’information sur ce qui fonctionne ou pas et les particularités importantes des régions et des populations se perdent si l’information est agrégée et que des statistiques sont utilisées pour guider des décisions centralisées. C’est le fameux argument de Hayek sur la connaissance tacite et dispersée qui guide nos actions mais qui ne peut pas guider le planificateur central.

Décentralisation et flexibilité rendent le système plus résilient

Une solution centralisée nous rend aussi plus vulnérables. Un exemple permettra de l’illustrer. Regardez la différence entre une défense nationale structurée et centralisée et une population armée.

La Suisse est un exemple populaire de cette dernière, mais elle n’est pas un cas unique. Par exemple la défense de la Suède comprend à la fois une armée structurée de façon traditionnelle et la Garde nationale. Alors qu’on peut assez facilement paralyser l’armée en détruisant quelques unes de ses bases, les forces décentralisées et dispersées de la Garde nationale sont presque impossibles à éliminer.

Quel rapport avec une pandémie virale ? Cela illustre les fausses promesses de la centralisation, qui est une solution coûteuse et inadéquate rendant en fait la société plus vulnérable. Le même argument s’applique à la défense nationale, l’éducation centralisée ou le monopole du Centre de contrôle des maladies (CDC). Une structure de contrôle centralisée n’offre qu’un faux sentiment de sécurité.

La société libérale est précisément la structure décentralisée qui manque à notre société actuelle. Plutôt qu’une pyramide avec de l’information sélectionnée et reconditionnée à chaque étage et des ordres venus d’en haut, ce serait un réseau collaboratif d’individus et de secteurs.

Un secteur affecté par une épidémie pourrait rapidement et facilement choisir de contenir le virus, peut-être en collaboration avec les secteurs adjacents. D’autres pourraient choisir de se mettre temporairement en quarantaine pour ne pas être infectés.

Ils auraient aussi bien peu de raisons de ne pas partager l’information. Alors que les Chinois croyaient apparemment qu’ils n’avaient rien à faire d’autre que de faire taire les lanceurs d’alerte, une administration n’est généralement pas tenue pour responsable de ses échecs. C’est l’inverse : une agence d’État qui échoue dans sa mission n’est pas sanctionnée, au contraire on lui accorde davantage de budget et de pouvoirs.

En revanche, un secteur libéral qui choisit de faire disparaître des informations vitales au sujet d’une épidémie pourrait être (et serait) tenu pour responsable des dommages causés aux autres. Il fait face au même mécanisme que le propriétaire de magasin qui pourrait être tenu pour responsable s’il laisse en connaissance de cause des porteurs de virus entrer dans son local et infecter d’autres clients. Il est donc dans son intérêt de ne pas cacher les faits, comme l’administration le fait habituellement, mais de partager l’information et de s’attaquer au problème.

Aucune des mesures pertinentes pendant une épidémie n’exige un commandement centralisé. La centralisation empire la situation et c’est elle qui nous a rendus vulnérables dès le départ. Les nombreux appels à une centralisation accrue, ainsi que le rejet catégorique du libéralisme et de la liberté jugée « impuissante », sont totalement à côté de la plaque. Loin d’être raisonnables et rationnelles, ces revendications sont émotionnelles et contraires aux faits. Ce ne sont que les symptômes d’une idéologie réclamant l’autocratie.

Traduction Contrepoints.

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